France : « Je vais te faire une Samuel Paty », la menace de décapitation qui se banalise
En France, un père est accusé d’avoir menacé de décapiter une institutrice, un mois après une affaire similaire. Depuis l’assassinat de Samuel Paty, son nom est devenu une formule de menace. La Suisse connaît aussi des intimidations contre les professeurs.
À Talence, près de Bordeaux, un père de 33 ans est soupçonné d’avoir menacé de « décapiter » l’institutrice de son enfant, le 5 octobre. Selon une source policière, il aurait proféré ces intimidations devant le directeur, en l’absence de l’enseignante.
Placé en garde à vue, l’homme conteste les faits. Il comparaîtra le 18 mars 2027, placé sous contrôle judiciaire avec interdiction de contacter la victime présumée ou de s’approcher de l’école.
Un mois plus tôt, au Fauga, près de Toulouse, un autre père avait promis de « couper la tête » d’une institutrice qui avait demandé à son fils de 9 ans de cesser de « jouer au caïd », le tout proféré devant l’enseignante. Le 10 septembre, la justice l’a condamné à six mois ferme, avec incarcération immédiate. Deux affaires distinctes à un mois d’intervalle, et la même référence glaçante aux pratiques des djihadistes.
Depuis l’assassinat de Samuel Paty, décapité par un terroriste islamiste en octobre 2020, le nom du professeur est même devenu une formule d’intimidation. En 2022, un enseignant juif d’Évry recevait une lettre anonyme annonçant : « On va lui faire une Samuel Paty ». En 2023, à Lormont, près de Bordeaux, un lycéen menaçait de revenir avec une cagoule et un couteau pour « faire une Samuel Paty » à son professeur. Le souvenir d’un enseignant assassiné par un djihadiste transformé en instrument de terreur contre ses collègues.
La Suisse n’est pas épargnée par les intimidations scolaires. En juin 2024, à Bellinzone, un élève de 15 ans menaçait sa professeure de français avec un faux Glock, alors qu’il risquait de redoubler. Une étude du syndicat LCH révélait en 2023 que deux enseignants sur trois interrogés en Suisse alémanique avaient subi une forme de violence en cinq ans. Aucun cas suisse comparable d’emploi de la formule « faire une Samuel Paty » n’a été identifié dans nos recherches.
À quelques jours du sixième anniversaire de l’attentat contre Samuel Paty, les menaces de décapitation du mois dernier et de ces derniers jours rappellent la croissance d’un vocabulaire de terreur islamiste dans les conflits scolaires. C’est ce que l’on doit appeler en France le « vivre-ensemble ».
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