Les Bastions, trois siècles de promenade et cinq siècles d’identité genevoise
À Genève, les Bastions célèbrent 300 ans d’histoire. Derrière la promenade et le Mur des Réformateurs, se lit celle d’une République qui a farouchement défendu son indépendance avant de rejoindre la Suisse et de s’ouvrir à la diplomatie mondiale.
Le parc des Bastions fête ses 300 ans. La RTS retrace les métamorphoses de cette promenade genevoise, de ses premiers arbres à son célèbre Mur des Réformateurs. On peut aussi y lire une autre histoire : celle d’une cité qui a longtemps dû protéger son indépendance avant d’accueillir la diplomatie du monde entier.
En 1726, les autorités aménagent la « Belle Promenade » entre les fortifications des XVIe et XVIIe siècles. Le nom de Bastions n’a rien de bucolique : il rappelle la défense d’une République qui n’était pas encore suisse. L’endroit où l’on flâne aujourd’hui jouxtait les remparts d’hier. À Genève, le patrimoine nous rappelle que la souveraineté est un combat de tous les jours.
L’année 2026 offre un rapprochement saisissant : le cinq-centième anniversaire du Grand Conseil. En 1526, Genève s’allie à Berne et à Fribourg par un traité de combourgeoisie et se dote du Conseil des Deux-Cents. Face aux ambitions savoyardes, la cité cherche l’appui de voisins pour préserver son autonomie. Bien avant 1815, son avenir se joue déjà dans le rapport entre alliances et indépendance.
L’épisode français rappelle combien cette liberté pouvait être fragile. Avec l’annexion française de 1798, Genève perd sa souveraineté et des écuries militaires occupent alors la promenade. Le 31 décembre 1813, après le départ des Français, la République proclame son indépendance retrouvée. Puis vient son entrée dans la Confédération le 19 mai 1815, comme vingt-deuxième canton. Elle apporte à la Suisse une histoire politique déjà longue de plusieurs siècles.
Le Mur des Réformateurs, inauguré en 1917, rappelle que l’influence genevoise s’est étendue bien au-delà de ses frontières. Ses figures, dont Calvin et de Bèze, incarnent un héritage religieux et intellectuel puissant. Inutile d’idéaliser l’ancienne République : le pouvoir y demeura longtemps l’affaire d’une minorité.
Comme nous le rappelions récemment, l’identité nationale s’enracine dans des héritages locaux. Avant d’être un centre diplomatique international, Genève fut une cité soucieuse de décider de son destin. Les Bastions racontent cette continuité : s’ouvrir au monde n’oblige pas à oublier d’où l’on vient.
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