Fiduciaire piratée à Yverdon : 100 000 dossiers sur le dark web, quinze communes et un conseiller d’État touchés
Le piratage d'une fiduciaire d'Yverdon-les-Bains a conduit à la publication de plus de 100 000 dossiers sur le dark web. Au-delà du risque de phishing, ce type de fuite peut servir à profiler des cibles, comme l'a montré le précédent français de la Fédération de tir.
Une cyberattaque a frappé une fiduciaire basée à Yverdon-les-Bains (VD), révèle Le Temps. Début juillet, le groupe d’extorsion BravoX, spécialisé dans les attaques par rançongiciel, revendiquait le piratage sur son site clandestin. Le 18 juillet, quelque 220 gigabits de données – plus de 100 000 dossiers – y ont été publiés ; le site affichait déjà près de 250 téléchargements en début de semaine, selon un spécialiste du dark web.
Les documents divulgués concernent des particuliers, des entreprises, des institutions et une quinzaine de communes vaudoises. Les pièces fiscales du conseiller d’État vaudois Vassilis Venizelos et de son épouse figurent parmi les données compromises. L’intéressé estime que les conséquences restent limitées dans son cas.
L’attaque, survenue le 30 juin, a conduit la fiduciaire à isoler les systèmes touchés et à restaurer ses données à partir d’une sauvegarde, sans verser de rançon. Une plainte pénale a été déposée, les autorités compétentes informées, et la société indique avoir renforcé son infrastructure avec l’aide d’une entreprise spécialisée.
Bien au-delà du phishing
Certaines communes redoutent que ces informations alimentent des tentatives de fraude ou de phishing. Mais le danger va plus loin : ce type de données permet aussi de profiler des cibles et de planifier des attaques bien réelles. La France en a fait l’expérience après le piratage de la Fédération française de tir (FFTir), fin octobre 2025. Les données personnelles d’environ un million d’adhérents actuels et passés – état civil, numéros de licence, adresses postales et électroniques, téléphones – avaient fui, puis été mises en vente sur le dark web.
Les suites ont dépassé la simple arnaque en ligne : des réseaux criminels ont exploité le fichier pour repérer les domiciles de détenteurs d’armes, donnant lieu à plusieurs dizaines de cambriolages. D’autres malfaiteurs se sont fait passer pour des policiers ou des gendarmes afin de « récupérer » des armes à domicile grâce aux informations dérobées. La fédération avait dû déconnecter temporairement ses serveurs, saisir la CNIL et l’ANSSI, et imposer à ses licenciés la réinitialisation de leurs mots de passe.
Transposé au cas vaudois, le risque est réel : des dossiers fiduciaires détaillent revenus, patrimoine et adresses – de quoi identifier des cibles fortunées ou usurper l’identité d’autorités communales auprès des administrés.