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À Manille, Lavrov accuse Washington de participer aux frappes ukrainiennes et met en garde Rubio contre de nouvelles livraisons d’armes

Le chef de la diplomatie russe a rencontré jeudi son homologue américain en marge du sommet de l'ASEAN. Après avoir accusé les États-Unis de participer au ciblage d'objectifs en territoire russe, il a jugé « inadmissible » la poursuite des livraisons d'armes à Kiev, au moment où Washington multiplie les contacts avec Moscou comme avec Volodymyr Zelensky pour tenter de relancer les négociations de paix.

Dimitri Fontana
23 juillet 2026
4 min de lecture

En marge des réunions minis­té­rielles de l’A­SEAN orga­ni­sées à Manille, le chef de la diplo­ma­tie russe Ser­gueï Lavrov a haus­sé le ton contre les États-Unis, qu’il accuse désor­mais d’être direc­te­ment impli­qués dans les frappes ukrai­niennes visant le ter­ri­toire russe. Selon lui, le rôle de Washing­ton ne se limite plus à un appui mili­taire clas­sique : il englo­be­rait la dési­gna­tion même des cibles frap­pées en Rus­sie, y com­pris des infra­struc­tures civiles. Le ministre a détaillé les trois piliers de ce qu’il pré­sente comme l’as­sis­tance occi­den­tale à Kiev – livrai­sons d’ar­me­ments, par­tage de ren­sei­gne­ments et mise à dis­po­si­tion de capa­ci­tés satel­li­taires.

Une rencontre d’une demi-heure avec Marco Rubio

Ces accu­sa­tions ont ser­vi de pré­lude à un tête-à-tête très atten­du avec le secré­taire d’É­tat amé­ri­cain Mar­co Rubio, hôte de la réunion. Les deux hommes se sont retrou­vés jeu­di autour d’une table, sans faire la moindre décla­ra­tion à la presse avant l’en­trée des jour­na­listes dans la salle, rap­porte Le Figa­ro. L’en­tre­tien, d’une tren­taine de minutes, a por­té sur « la rela­tion entre les États-Unis et la Rus­sie et le besoin de mettre fin à la guerre entre la Rus­sie et l’U­kraine », selon le dépar­te­ment d’É­tat amé­ri­cain, ain­si que sur le conflit au Moyen-Orient, Mos­cou ayant condam­né les récentes frappes amé­ri­caines contre son allié ira­nien.

Côté russe, le ton fut net­te­ment moins diplo­ma­tique. D’a­près le com­mu­ni­qué du minis­tère russe des Affaires étran­gères cité par Le Figa­ro, Ser­gueï Lavrov « a mis l’ac­cent sur le fait qu’il était inad­mis­sible de pour­suivre les livrai­sons d’armes au régime de Kiev ». Il a éga­le­ment fus­ti­gé « une poli­tique désta­bi­li­sa­trice des pays euro­péens qui cherchent tou­jours à infli­ger une “défaite stra­té­gique” à la Rus­sie ». Mos­cou enten­dait par ailleurs obte­nir des éclair­cis­se­ments sur les récents pro­pos de Donald Trump évo­quant une pos­sible reprise des dis­cus­sions des­ti­nées à mettre un terme au conflit.

Zelensky veut « redynamiser la diplomatie »

La ren­contre de Manille est inter­ve­nue quelques heures seule­ment après un entre­tien entre Volo­dy­myr Zelens­ky et des émis­saires amé­ri­cains. « Ce fut une conver­sa­tion fruc­tueuse et impor­tante sur la manière de redy­na­mi­ser la diplo­ma­tie et de faire avan­cer la paix. La paix est néces­saire – une paix dans la digni­té –, et l’U­kraine y est prête depuis long­temps », a écrit sur X le pré­sident ukrai­nien, qui vient de rem­pla­cer le com­man­dant en chef de son armée, Olek­san­dr Syrs­ky, sur fond de mani­fes­ta­tions.

Sur le ter­rain, la vio­lence ne fai­blit pas. Une attaque ukrai­nienne contre la pénin­sule de Cri­mée, contrô­lée par la Rus­sie, a fait un mort et quatre bles­sés, dont deux enfants. Plus à l’est, dans la région d’Ou­lia­novsk, des drones ukrai­niens ont visé une ins­tal­la­tion éner­gé­tique qui a pris feu, d’a­près les auto­ri­tés locales.

Céréales, ASEAN et tensions globales

Au-delà du dos­sier ukrai­nien, Ser­gueï Lavrov a esti­mé qu’au­cune pro­po­si­tion sérieuse n’é­tait sur la table pour res­sus­ci­ter l’ac­cord céréa­lier en mer Noire. Il a repro­ché aux Nations unies d’a­voir fait fonc­tion­ner le pré­cé­dent méca­nisme essen­tiel­le­ment au pro­fit de l’U­kraine, sans jamais satis­faire, à ses yeux, les demandes russes for­mu­lées lors des négo­cia­tions.

Le ministre a par ailleurs van­té l’ap­pro­fon­dis­se­ment des liens entre Mos­cou et les pays de l’A­SEAN, saluant la pro­gres­sion des échanges éco­no­miques et plai­dant pour l’es­sor des règle­ments en mon­naies natio­nales et de sys­tèmes finan­ciers alter­na­tifs – un moyen, selon lui, de s’af­fran­chir des cir­cuits domi­nés par les puis­sances occi­den­tales et d’a­mor­tir l’ef­fet des sanc­tions.

Il a enfin dres­sé le tableau d’un monde tra­ver­sé par des ten­sions mili­taires crois­santes, citant la mili­ta­ri­sa­tion de l’Eu­rope, les frappes amé­ri­caines et israé­liennes contre l’I­ran et la situa­tion dans la pénin­sule coréenne, autant de fac­teurs qui ali­men­te­raient le risque d’une nou­velle esca­lade inter­na­tio­nale. Mos­cou se dit tou­jours ouverte au dia­logue, mais pré­vient que toute négo­cia­tion devra désor­mais inté­grer ses exi­gences de sécu­ri­té et les réa­li­tés nées du conflit.

Dimitri Fontana
Dimitri Fontana

Dimitri Fontana est un observateur des grands enjeux contemporains. Il s’intéresse particulièrement aux questions de société, aux mutations politiques européennes et aux dynamiques géopolitiques à l’œuvre en Europe de l’Est. Ses travaux portent sur les rapports de force culturels, identitaires et stratégiques qui traversent le continent.

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