À Manille, Lavrov accuse Washington de participer aux frappes ukrainiennes et met en garde Rubio contre de nouvelles livraisons d’armes
Le chef de la diplomatie russe a rencontré jeudi son homologue américain en marge du sommet de l'ASEAN. Après avoir accusé les États-Unis de participer au ciblage d'objectifs en territoire russe, il a jugé « inadmissible » la poursuite des livraisons d'armes à Kiev, au moment où Washington multiplie les contacts avec Moscou comme avec Volodymyr Zelensky pour tenter de relancer les négociations de paix.
En marge des réunions ministérielles de l’ASEAN organisées à Manille, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a haussé le ton contre les États-Unis, qu’il accuse désormais d’être directement impliqués dans les frappes ukrainiennes visant le territoire russe. Selon lui, le rôle de Washington ne se limite plus à un appui militaire classique : il engloberait la désignation même des cibles frappées en Russie, y compris des infrastructures civiles. Le ministre a détaillé les trois piliers de ce qu’il présente comme l’assistance occidentale à Kiev – livraisons d’armements, partage de renseignements et mise à disposition de capacités satellitaires.
Une rencontre d’une demi-heure avec Marco Rubio
Ces accusations ont servi de prélude à un tête-à-tête très attendu avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio, hôte de la réunion. Les deux hommes se sont retrouvés jeudi autour d’une table, sans faire la moindre déclaration à la presse avant l’entrée des journalistes dans la salle, rapporte Le Figaro. L’entretien, d’une trentaine de minutes, a porté sur « la relation entre les États-Unis et la Russie et le besoin de mettre fin à la guerre entre la Russie et l’Ukraine », selon le département d’État américain, ainsi que sur le conflit au Moyen-Orient, Moscou ayant condamné les récentes frappes américaines contre son allié iranien.
Côté russe, le ton fut nettement moins diplomatique. D’après le communiqué du ministère russe des Affaires étrangères cité par Le Figaro, Sergueï Lavrov « a mis l’accent sur le fait qu’il était inadmissible de poursuivre les livraisons d’armes au régime de Kiev ». Il a également fustigé « une politique déstabilisatrice des pays européens qui cherchent toujours à infliger une “défaite stratégique” à la Russie ». Moscou entendait par ailleurs obtenir des éclaircissements sur les récents propos de Donald Trump évoquant une possible reprise des discussions destinées à mettre un terme au conflit.
Zelensky veut « redynamiser la diplomatie »
La rencontre de Manille est intervenue quelques heures seulement après un entretien entre Volodymyr Zelensky et des émissaires américains. « Ce fut une conversation fructueuse et importante sur la manière de redynamiser la diplomatie et de faire avancer la paix. La paix est nécessaire – une paix dans la dignité –, et l’Ukraine y est prête depuis longtemps », a écrit sur X le président ukrainien, qui vient de remplacer le commandant en chef de son armée, Oleksandr Syrsky, sur fond de manifestations.
Sur le terrain, la violence ne faiblit pas. Une attaque ukrainienne contre la péninsule de Crimée, contrôlée par la Russie, a fait un mort et quatre blessés, dont deux enfants. Plus à l’est, dans la région d’Oulianovsk, des drones ukrainiens ont visé une installation énergétique qui a pris feu, d’après les autorités locales.
Céréales, ASEAN et tensions globales
Au-delà du dossier ukrainien, Sergueï Lavrov a estimé qu’aucune proposition sérieuse n’était sur la table pour ressusciter l’accord céréalier en mer Noire. Il a reproché aux Nations unies d’avoir fait fonctionner le précédent mécanisme essentiellement au profit de l’Ukraine, sans jamais satisfaire, à ses yeux, les demandes russes formulées lors des négociations.
Le ministre a par ailleurs vanté l’approfondissement des liens entre Moscou et les pays de l’ASEAN, saluant la progression des échanges économiques et plaidant pour l’essor des règlements en monnaies nationales et de systèmes financiers alternatifs – un moyen, selon lui, de s’affranchir des circuits dominés par les puissances occidentales et d’amortir l’effet des sanctions.
Il a enfin dressé le tableau d’un monde traversé par des tensions militaires croissantes, citant la militarisation de l’Europe, les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran et la situation dans la péninsule coréenne, autant de facteurs qui alimenteraient le risque d’une nouvelle escalade internationale. Moscou se dit toujours ouverte au dialogue, mais prévient que toute négociation devra désormais intégrer ses exigences de sécurité et les réalités nées du conflit.