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Émeutes à Zurich et à Bâle : interdire l’antifa, déchoir et expulser les casseurs

Dans la nuit d’Halloween, plusieurs centaines d’émeutiers d’extrême gauche ont mis le feu au 4ᵉ arrondissement de Zurich, pendant qu’un autre cortège dressait des barricades à Bâle, sur le modèle des violences françaises. Nous avions sous-estimé leur capacité de nuisance : il est temps de classer ces mouvances comme terroristes et d’en tirer les conséquences, jusqu’au passeport.

Dimitri Fontana
1 novembre 2026 Modifié le 1 novembre 2026 à 8h30
6 min de lecture

Le 14 octobre, nous expliquions dans ces colonnes pourquoi la contestation lycéenne française ne prenait pas en Suisse : pas de grief réel à exploiter, vingt-six systèmes scolaires cantonaux au lieu d’un ministre à conspuer, des apprentis occupés chez leur patron plutôt que des lycéens massés devant un portail, et une mouvance antifa qui, écrivions-nous, n’avait « jamais mis un pied dans un gymnase ». Sur les gymnasiens, nous ne nous étions pas trompés ; sur le reste, nous avons péché par optimisme, car l’extrême gauche n’a besoin ni de lycéens ni de grief pour descendre dans la rue : une date, un modèle étranger et un déguisement lui suffisent, et la nuit d’Halloween lui a offert les trois.

Une nuit à la française, de Zurich à Bâle

Les mots d’ordre circulaient depuis des jours, prétextant la hausse des loyers et des primes d’assurance maladie, et les appels à manifester à Zurich et à Bâle, qui prenaient selon la NZZ la France pour modèle, demandaient de venir déguisé et muni de lunettes de protection. Le même soir, la mobilisation française contre la vie chère s’achevait en affrontements, avec cinq membres des forces de l’ordre blessés à Paris, dont trois par des cocktails Molotov.

À Zurich, plusieurs centaines de personnes, beaucoup masquées, se sont retrouvées samedi soir autour de la Langstrasse avant de marcher sur la Helvetiaplatz, et la nuit a suivi le scénario annoncé : barricades de conteneurs et de trottinettes en flammes, une voiture incendiée, des vitrines brisées, des dégâts qui se chiffraient déjà en dizaines de milliers de francs peu après minuit, et des policiers visés par des feux d’artifice, des bouteilles et des pierres jusque vers 1 h 30. Dans la Brauerstrasse, une patrouille appelée au secours d’un adolescent grièvement blessé aux jambes a même été prise à partie par la foule et a dû se replier avant de pouvoir lui venir en aide.

À Bâle, où l’appel circulait sous le slogan « La génération Z va régler ça », le défilé non autorisé de quelque 150 manifestants dans le centre-ville a paralysé les transports publics et s’est achevé par l’incendie de barricades. À Genève, sans revendication connue, les pompiers ont dû éteindre une série de feux de poubelles, de conteneurs et de matelas de Versoix à Thônex, où un conteneur en flammes a été poussé sur les voies du tram.

Une capacité de nuisance que nous avions sous-estimée

Il serait commode de ranger tout cela parmi les soirées d’Halloween qui tournent mal, si Zurich n’en était pas à sa deuxième nuit d’émeute en trois semaines. Dans la nuit du 10 au 11 octobre, une fête sauvage sur la Hardplatz s’était déjà terminée en bataille rangée, avec une voiture de police incendiée, un agent blessé et une préméditation que la police soupçonnait d’emblée, les engins pyrotechniques ayant été entreposés à l’avance ; notre article est paru trois jours plus tard, et nous aurions dû en tirer la leçon. Il y a un an, à Berne, une manifestation propalestinienne non autorisée avait déjà fait 18 blessés dans les rangs de la police, et les appels de cette semaine donnent rendez-vous le 20 novembre devant le Musée national de Zurich, pour une « grève de la jeunesse » contre l’austérité et la militarisation.

Paris et Milan avant nous, Francfort et Vienne le même soir : les mots d’ordre franchissent les frontières plus vite que n’importe quelle police, et c’est là que nous nous sommes trompés, car les trois raisons structurelles que nous avancions protègent nos gymnases, pas nos rues.

Interdire, puis déchoir

D’autres pays ont déjà tranché. Les États-Unis ont classé l’antifa comme « organisation terroriste intérieure » par un décret présidentiel du 22 septembre 2025, puis étendu la qualification à quatre groupes européens, dont l’Antifa Ost allemande que la Hongrie avait déjà inscrite sur sa liste antiterroriste, et aux Pays-Bas, une majorité de députés a voté une motion demandant l’interdiction de l’antifa et son classement comme organisation terroriste. En Suisse, le Grand Conseil bernois a demandé en juin, par 82 voix contre 64, que le canton plaide pour une interdiction auprès de la Confédération, et le directeur cantonal de la Sécurité, le PLR Philippe Müller, a prévenu qu’une telle interdiction ne devait pas échouer sur une conception trop exigeante de la notion d’organisation.

Le Conseil fédéral, lui, a proposé en mars de rejeter une motion semblable déposée au Conseil national et invoque l’absence de structure organisationnelle de la mouvance. Des appels diffusés des jours à l’avance, des consignes vestimentaires, des engins pyrotechniques déposés sur place avant l’émeute : si ce n’est pas de l’organisation, cela y ressemble beaucoup, et la Confédération sait légiférer quand elle le veut, puisqu’une loi spéciale interdit le Hamas et les organisations apparentées depuis le 15 mai 2025, un texte dont Berne vantait lui-même qu’il facilite les interdictions d’entrée et les expulsions.

Interdire ces mouvances aurait une conséquence que l’on se garde bien de nommer, puisque y participer relèverait alors du droit antiterroriste. Or la loi sur la nationalité permet déjà au Secrétariat d’État aux migrations de retirer la nationalité suisse à un binational dont la conduite porte gravement atteinte aux intérêts ou à la réputation du pays, et l’ordonnance d’application vise expressément les crimes graves commis dans le cadre d’activités terroristes ou d’extrémisme violent ; appliquée pour la première fois en 2019 à un djihadiste turco-suisse, la procédure n’attend que la volonté de traiter la violence d’extrême gauche avec la même sévérité que celle des djihadistes. Une fois déchu, l’émeutier redevient un étranger, et pour les étrangers, le juge peut d’ores et déjà prononcer une expulsion pour émeute ou violence contre les fonctionnaires (article 66a bis du Code pénal) : qu’il le fasse, et que ces apprentis insurgés retrouvent l’autre côté de la frontière.

Restent ceux qui n’ont que le passeport à croix blanche, et que la loi ne permet pas de déchoir puisqu’elle ne fabrique pas d’apatrides. À ceux-là, qui rêvent si fort d’imiter la France, nous rappelons que le Lyria pour Paris part plusieurs fois par jour de la gare centrale de Zurich, à quelques minutes à pied de la Langstrasse, et qu’il les déposera en quatre heures environ dans le paradis multiracial et néo-marxiste qu’ils appellent de leurs vœux. Nous sommes prêts à ouvrir une souscription pour l’aller simple.

Dimitri Fontana
Dimitri Fontana

Dimitri Fontana est un observateur des grands enjeux contemporains. Il s’intéresse particulièrement aux questions de société, aux mutations politiques européennes et aux dynamiques géopolitiques à l’œuvre en Europe de l’Est. Ses travaux portent sur les rapports de force culturels, identitaires et stratégiques qui traversent le continent.

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