Blocus de lycées : pourquoi la contestation française ne prend pas en Suisse
Les appels au blocus lancés depuis la banlieue parisienne ont franchi la frontière et visé des cycles d'orientation genevois et valaisans. Résultat : aucun élève ne s'est présenté. Pendant que la France ferme 200 lycées par jour et que Liège interdit aux mineurs de se rassembler, la Confédération est restée parfaitement calme, et ce n'est pas un hasard.
Depuis la mi-septembre, la France vit au rythme des « actes » lycéens, et le mouvement a gagné la Belgique francophone au début du mois d’octobre. Dans les deux pays, la contestation scolaire a vite débordé la question des moyens : feux de palettes, violences urbaines et jets de projectiles contre le personnel de direction à Rennes, au moins 200 lycées fermés pour le seul acte V du 13 octobre, et, côté belge, 194 arrestations recensées à Liège au 8 octobre, où le bourgmestre a fini par interdire tout rassemblement de plus de trois mineurs sur la voie publique.
Une étincelle arrivée jusqu’au Chablais
La Suisse romande n’a pas été épargnée par les appels, seulement par leurs effets. Selon la RTS, la police valaisanne a identifié plusieurs appels au blocus visant les cycles d’orientation de Collombey-Muraz, Monthey, Troistorrents, Saint-Maurice et Vouvry, avec un rendez-vous fixé un mardi matin à Saint-Maurice ; personne ne s’y est rendu et le Canton a parlé de « canular ». À Genève, les mêmes messages ciblaient le cycle du Marais, à Onex, dont la direction a préféré mobiliser la police de proximité et les travailleurs sociaux hors murs. La mise en garde publiée sur Facebook par la police cantonale valaisanne a certes divisé les internautes, mais au final, note Le Nouvelliste, aucun blocus n’a eu lieu.
Détail révélateur : les appels suisses s’adressaient à des élèves de 12 à 15 ans, c’est-à-dire à des collégiens, et non à des lycéens. Il s’agissait d’un mimétisme de réseaux sociaux chez les plus jeunes, pas d’un mouvement.
Trois raisons structurelles
La première tient aux conditions elles-mêmes. En Suisse romande, on compte 21,5 élèves par classe dans le post-obligatoire, contre 30,4 en France, et le seul canton du Valais a investi près de 900 millions de francs dans son enseignement secondaire en dix ans. Il n’y a pas de grief réel à exploiter.
La deuxième est le fédéralisme. En France, la colère vise un ministre et des suppressions de postes décidées à Paris ; en Belgique, elle vise la mesure de la ministre Valérie Glatigny qui porte de 20 à 22 heures le service hebdomadaire des professeurs des trois dernières années du secondaire. La Confédération n’a pas de ministère fédéral de l’éducation, mais vingt-six systèmes cantonaux ; aucune réforme ne tombe sur tout le monde en même temps, et il n’existe donc pas de cible nationale contre laquelle scander un mot d’ordre.
La troisième est l’apprentissage. Sur quelque 365 000 jeunes du secondaire II, environ deux tiers suivent une formation professionnelle en entreprise, et la proportion va de 15 % à Genève à 83 % à Glaris. Un apprenti de seize ans passe la semaine chez son patron ; la masse lycéenne que l’on bloque devant un portail n’existe tout simplement pas, et l’on comprend au passage que les seuls frémissements aient été observés dans les cantons romands, ceux dont la structure scolaire ressemble le plus à celle de la France.
Et pas d’appareil pour souffler sur les braises
Il manque enfin, en Suisse, ce qui fait durer le mouvement français : des syndicats lycéens d’extrême gauche structurés et un parti pour les porter. Le président de l’Union syndicale lycéenne, Ryad Rani, a été candidat aux municipales sur une liste conduite par La France insoumise, et il appelle désormais les lycéens à rejoindre les Gilets jaunes samedi pour « faire vivre la convergence des luttes », à l’approche d’une présidentielle où chacun a intérêt à ce que la rue chauffe. La Confédération ne connaît ni syndicat lycéen, ni parti tribunitien, ni campagne présidentielle ; sa mouvance antifa, bien réelle à Berne, Zurich ou Genève, n’a jamais mis un pied dans un gymnase. Sans grief, sans cible et sans relais, l’étincelle venue de Créteil est tombée sur une pierre.
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