Xenia Fedorova répond au Monde : « un cas d’école de journalisme biaisé »
Visée le 28 août par un article à charge du Monde signé Ariane Chemin et Ivanne Trippenbach, intitulée « Pour Xenia Fedorova, la chroniqueuse russe de CNews, une « cavale » très politique à l’étranger », l’ancienne directrice de RT France a publié sur X le droit de réponse qu’elle entend adresser au quotidien. Cinq pages dans lesquelles elle dénonce « fausses informations, affirmations non vérifiées présentées comme des faits, insinuations et vocabulaire à charge ».
Pour rappel, Xenia Fedorova s’est vu notifier fin juillet un arrêté d’expulsion signé par le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, qui l’accuse d’être « un relais des campagnes de désinformation pilotées par les autorités russes », assorti d’un gel de ses avoirs. Le ministre a assuré sur BFM TV qu’il ne s’agissait « pas d’une atteinte à la liberté d’expression ». Ses recours en référé ont été rejetés, le second le 14 août.
Premier point contesté : le mot « cavale ». La chroniqueuse affirme qu’elle se trouvait déjà à l’étranger, en vacances, au moment de la décision, et l’avait indiqué publiquement. Rentrer à Paris pour « se présenter aux autorités » aurait signifié enfreindre la mesure d’expulsion et s’exposer à une arrestation. Elle dément avoir séjourné à Rome, comme l’écrit le journal, ainsi qu’en Turquie, information attribuée à la direction de CNews, avec laquelle elle assure n’avoir jamais évoqué sa localisation.
Elle réfute ensuite toute candidature à la direction de la Maison russe de la culture à Berlin : le sujet n’aurait été abordé qu’une fois, lors d’une conversation téléphonique privée avec une amie sans fonction dans cette institution. Quant à l’absence de carte de presse, elle rappelle que celle-ci n’est pas une obligation légale pour exercer un métier qu’elle dit pratiquer depuis plus de vingt ans.
Sur l’interdiction d’entrée en Allemagne « depuis 2024 », présentée par Le Monde comme un fait établi, elle affirme n’en avoir jamais été informée ni en avoir reçu copie, et souligne la chronologie : elle a quitté l’Allemagne en 2017, soit sept ans avant cette mesure supposée. Son travail à la tête de l’agence Ruptly, de 2015 à 2017, qualifié d’« activités d’ingérence », consistait selon elle à produire des contenus audiovisuels vendus à des médias étrangers, libres d’en faire l’usage de leur choix. Elle relève aussi une erreur sur son livre Bannie, qui situe son adolescence en Autriche et non en Allemagne.
Sur le fond, elle conteste qu’un désaccord avec la politique dominante sur l’Ukraine – prôner des négociations plutôt que l’escalade militaire – puisse valoir preuve d’une « direction étrangère ». Elle précise enfin que les tribunaux administratifs ne se sont prononcés que sur l’urgence, jamais sur la légalité de l’expulsion, qui reste à examiner au fond.
Un passage de l’article retient particulièrement son attention : l’arrêté aurait été signé « avec l’aide du quai d’Orsay et de Bercy et en liaison directe mais discrète avec l’Élysée ». Une phrase qui, à ses yeux, confirme une affaire « suivie au plus haut niveau de l’État » et nourrit « le soupçon d’un règlement de comptes politique personnel ». L’OJIM avait déjà relevé l’intensité de la campagne médiatique visant la chroniqueuse depuis le printemps.