Pompiers cambriolés : ce que le précédent suisse dit du risque français
Une série de cambriolages de casernes de pompiers en Rhône-Alpes ravive une inquiétude très concrète : les outils de désincarcération volés peuvent aussi servir à ouvrir coffres et portes. En Suisse, c’est déjà arrivé.
Depuis le début d’août, les casernes de pompiers d’Auvergne-Rhône-Alpes attirent des visiteurs dont elles se passeraient volontiers. Sept centres ont été visés par des cambriolages : quatre dans le Rhône entre le 7 et le 18 août, celui de Bourgoin-Jallieu, en Isère, dans la nuit du 22 au 23, puis deux dans l’Ain. Les voleurs recherchent notamment des outils de désincarcération ou de forcement de portes. Pour les quatre cas rhodaniens, le parquet a ouvert une enquête pour vol en bande organisée et association de malfaiteurs ; le préjudice dépasse 42 000 euros.
L’inquiétude ne tient pas seulement au prix du matériel ni à son absence tragique lors d’une intervention. Une pince conçue pour arracher une portière après un accident sait aussi s’attaquer à une porte métallique ou à un coffre-fort. En France, cette utilisation criminelle reste à ce stade une hypothèse, en Suisse, elle n’est plus théorique.
Dans la nuit du 24 au 25 janvier 2021, à Soleure, des cambrioleurs ont forcé une halle des pompiers et de la protection civile et emporté pour 32 516,80 francs de matériel : écarteur hydraulique Holmatro, groupe électrogène, centrale hydraulique, flexibles et vérin en coin. Moins d’un mois plus tard, un commerce de boissons était cambriolé et son coffre forcé. L’enquête criminelle a établi que le vérin volé aux pompiers avait servi à ouvrir le coffre. Le matériel a été retrouvé lors d’une perquisition en mars 2021 et des condamnations ont suivi dans cette série de cambriolages.
La Suisse ne paraît pas connaître aujourd’hui une vague comparable. En novembre 2025, un dépôt de pompiers de Schänis, dans le canton de Saint-Gall, a toutefois été cambriolé : du matériel de pompiers et des appareils électroniques d’une valeur de plusieurs dizaines de milliers de francs ont disparu. La police n’a pas détaillé le butin. Le précédent soleurois suffit à rappeler le risque : voler les outils des secours peut aussi servir à préparer le coup d’après.