
Michel Garroté -- Le Dictateur National-Islamiste Erdogan a déclaré le 22 mars : « Je m’adresse une nouvelle fois aux Européens. La Turquie n’est pas un pays qu’on peut bousculer, dont on peut jouer avec l’honneur, dont on peut expulser les ministres », a grondé M. Erdogan lors d’un discours à Ankara. « Le monde entier suit ce qu’il se passe de très près. Si vous continuez de vous comporter de cette manière, demain, aucun Européen, aucun occidental ne pourra plus faire un pas en sécurité, avec sérénité dans la rue, nulle part dans le monde », a-t-il ajouté. Erdogan ne provoque pas virtuellement. Il menace très concrètement.
-
Le 16 mars, le ministre turc de l'Intérieur, Süleyman Soylu, avait déjà annoncé la couleur en déclarant : « Je le dis à l'Europe, êtes-vous à la hauteur ? Si vous le souhaitez, nous pouvons ouvrir le passage aux 15'000 réfugiés que nous ne vous envoyons pas chaque mois et vous couper le souffle ». Süleyman Soylu ne provoque pas virtuellement. Il menace très concrètement.
-
En contrepartie de l'accord, l'Union européenne doit accélérer le versement du montant de trois milliards d'euros destiné à la gestion des réfugiés en Turquie. L'UE doit également assurer le financement d'autres projets en faveur de personnes bénéficiant d'une protection temporaire en Turquie, pour trois milliards d'euros supplémentaires jusqu'à fin 2018. Le chantage du meilleur ennemi de l'Europe aux racines judéo-chrétiennes est clair. Mais les pontes de l'UE se couchent, et, payent, avec l'argent des contribuables des pays membres de l'UE. L'on trouvera ci-dessous, deux analyses, celle du géopoliticien Alexandre del Valle [analyse que j'ai intitulée "National-Islamisme"]. Et celle de l'auteur et analyste J.-G. Malliarakis [que j'ai intitulée "Islamo-gauchisme"].
-
National-Islamisme :
-
A ce propos, le géopoliticien Alexandre del Valle écrit notamment (voir liens vers sources en bas de page) : Sur fond de campagne référendaire en vue de réviser la constitution pour s’attribuer les pleins pouvoirs, le président turc traite les pays européens (Allemagne, Autriche, Hollande, etc) de "racistes" , "nazis" ou "islamophobes", mais depuis l’arrivée au pouvoir de l’AKP en 2002 et la dérive autoritaire de son président analysée dans le précédent article, la Turquie néo-ottomane et "national-islamiste" n’a jamais été aussi proche du modèle qu’il dénonce et n’a jamais autant stigmatisé les minorités (juifs, les chrétiens, les Arméniens, les Kurdes, etc) puis persécuté les forces démocratiques et progressistes.
-
Les Juifs sont aujourd’hui ouvertement et collectivement accusés dans les discours d’Erdogan et des islamistes turcs de soutenir - via leurs « lobbies sionistes » - le « génocide » des Palestiniens et « l’impérialisme occidental ». Jadis en très bons termes avec Israël et pays assez sûr pour les Juifs, la Turquie a été nettement gagnée ces dernières années par une recrudescence d’une judéophobie complotiste banalisée à la fois par la xénophobie nationaliste et la ré-islamisation sociétale. C’est ainsi que les journaux islamistes qui ont porté l’AKP au pouvoir, tout comme les ouvrages diffusés dans les grandes librairies et les médias ont recyclé ces dernières années les vieilles vulgates judéophobes et conspirationnistes, à commencer par les Protocoles des Sages de Sion et moult écrits anti-juifs européens et mêmes nazis, y compris Mein Kampf, vendus dans toutes les librairies dans de nombreuses éditions concurrentes.
-
Ce phénomène de banalisation-réhabilitation de l’antisémitisme complotiste est très populaire et il a été porté par Erdogan lui-même, bien avant sa soi-disant dérive radiale « récente ». Ainsi que l’a révélé le quotidien turc laïque Hürriyet, Recep Tayyip Erdogan a en effet écrit et mis en scène lui-même dans tout le pays, en 1974, dans le cadre des activités "culturelles" du parti islamiste MSP de Necmettin Erbakan, au sein duquel il était le responsable de la "Commission de la jeunesse du district de Beyoglu" (Istanbul), une pièce de théâtre antisémite intitulée Maskomya. Stigmatisant violemment les Juifs, les francs-maçons et les communistes - trois termes contenus dans la contraction Mas/com/ya (Mason, comunist ; Yahoudi) – cette vulgate complotiste haineuse est commune à l’idéologie islamiste classique et à l’extrême-droite turque séculaire des Loups Gris (et de son parti politique le MHP), actuellement alliée à l’AKP et principal soutien externe à sa dérive autoritaire « nationale-islamiste » d’Erdogan. En décembre 1996, alors qu’il était maire d’Istanbul, Erdogan déclara, au cours de conférences organisées par son parti, qu’un « complot mondial ourdi par les Juifs sionistes menaçait de prendre le contrôle de la planète ».
-
En Turquie, des best-sellers illustrant la théorie du « complot judéo-maçonnique » et décrivant le « pouvoir planétaire des Juifs », responsables de tous les maux des Musulmans, sont redevenus à la mode. On peut citer le polémiste islamiste Adnan Hoça (Harun Yahya), auteur d’Armagedon, qui prévoit une «troisième guerre mondiale» provoquée par Israël et le « judéo-maçonnisme »; Aydgan Vatandas, auteur de HAARP, qui dénonce « l’empire sioniste mondial des Rockfeller ». Ou encore, le best-seller de politique fiction le plus vendu des années 2000 : Métal Firtina (« Tempête de Métal »). Digne d‟une adaptation Hollywoodienne, il relate l'occupation de la Turquie à la faveur « d’une guerre totale livrée par les Etats-Unis » à l’aide de moyens technologiques extraordinaires, de sorte que la bravoure des Turcs ne peut rien, dans un premier temps. Mais le Satan américain est vaincu lors du happy end.
-
Depuis quelques années, dans la Turquie ré-islamisée d’Erdogan, les attentats à la bombe contre les églises ou écoles chrétiennes ou les saccages de cimetières et les menaces de mort proférées lors de manifestations de rue organisées par les islamistes, contribuent à instaurer chez les Chrétiens un climat de peur similaire à celui ressenti par les juifs et les chrétiens dans les pays arabes et musulmans (Pakistan, Malaisie, Soudan, etc). Principale menace terroriste pour les chrétiens et les juifs, le Front Islamique des Combattants du Grand Orient sème la terreur depuis plusieurs années en Turquie orientale, attaquant les églises (dont, en septembre 1997, la cathédrale patriarcale de Saint-Georges) et les restaurants servant de l’alcool ou fréquentés par des « infidèles ». Dans ce climat « national-islamiste » légitimé par la rhétorique de l’AKP, la situation des Syriaques-araméophones, « cousins de génocide » (1895-1915) des Arméniens, n’a cessé de se détériorer depuis les années 1990.
-
La conclusion qui s’impose consiste simplement à souligner l’incompatibilité de nature et de jure entre d’une part le projet européen fondé sur un partage de souverainetés et une renonciation au nationalisme exclusif, et, d’autre part, le projet national-islamiste de la Turquie d’Erdogan de plus en plus autoritaire, expansionniste et opposée aux valeurs européennes ouvertement condamnées par le président turc et ses ministres qui appellent même les communautés turques et musulmanes d’Europe soi-disant victimes de « l’islamophobie » à ne pas s’intégrer. Cette immixtion dans les affaires européenne et cet appel global à une forme de d’insurrection des communautés turques sommées de ne pas s’intégrer et dont l’intégration éventuelle réclamée par les Européens équivaudrait à un « crime contre l’Humanité » constitue une atteinte flagrante au principe de non-ingérence que la Turquie réclame pourtant sur son sol concernant ses propres minorités.
-
Selon nous, la promesse jamais prise au sérieux par les Eurocrates de Bruxelles et les chancelleries européennes visant à intégrer un jour la Turquie dans l’Union n’a pas contribué à améliorer les relations turco-européennes car elle a été perçue comme à la fois non sincère et comme une marque d’absence de courage et de franchise, donc comme une marque de faiblesse, faute majeure en diplomatie avec des personnalités politiques comme Erdogan passées maîtres en culpabilisation et diabolisation de l’autre. L’actuelle vulnérabilité de l’Union européenne insultée au plus haut niveau par le président turc puis soumise au chantage-racket sur les réfugiés syriens et autres qu’Ankara menace de laisser passer illégalement vers nos pays si les Européens ne se soumettent pas aux exigences turques sur l’adhésion, les visas, la main-mise sur les minorités turques d’Europe, est en partie le résultat prévisible de cette absence de franchise et de cohérence des dirigeants européens qui n’auraient jamais dû contribuer à déstabiliser le système militaro-kémaliste turc, certes imparfait, mais moindre mal par rapport à la situation de la Turquie national-islamiste actuelle qui se comporte désormais comme un ennemi civilisationnel et idéologique de l’Europe, conclut le géopoliticien Alexandre del Valle (voir liens vers sources en bas de page).
-
Islamo-gauchisme :
-
De son côté, l'auteur et analyste J.-G. Malliarakis écrit notamment (voir liens vers sources en bas de page) : Il faut hélas revenir, d'abord, sur la décision française d'autoriser l'organisation, à Metz le 12 mars, d'une importante réunion politique communautariste où le ministre turc des affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu est venu exhorter ses compatriotes résidant en France et dans les pays frontaliers de voter "evet" (oui) à la transformation autoritaire de la constitution. Examinons d'abord cette décision du point de vue de la politique intérieure française. En elle-même cette affaire révèle l'attitude capitularde de la gauche parisienne devant un électorat qu'elle entend rallier à tout prix. Ceci résulte de la stratégie imposée depuis plusieurs années par Terra Nova.
-
Ce prétendu laboratoire d'idées progressistes remonte à 2008. Il se coule sur le modèle du Parti Démocrate des États-Unis, que la loi autorise désormais à financer les partis de l'Internationale socialiste. Son propos, désormais bien connu et bien repérable, consiste à substituer aux anciens électorats ouvriers, qui constituaient historiquement le socle des partis socialistes, sociaux démocrates et communistes, les masses fédérées des minorités, toujours présentées comme opprimées. On réfute officiellement avec horreur la dénonciation du remplacement de peuple, thèse d'un Renaud Camus stigmatisée pour raciste. Mais les disciples de la gauche caviar la pratiquent allègrement. Le peuple de gauche, pour eux, ne se recrute plus chez les travailleurs, mais chez les étrangers, tous les étrangers.
-
L'Arlette Laguillier de demain devrait ainsi ouvrir ses discours non plus par son célèbre "travailleurs, travailleuses" mais par un "étrangers, étrangères". Or, parmi ceux-ci un certain nombre ne se sentent aucune vocation à rejoindre les rangs de la gauche. Les partisans d'Erdogan en Europe en donnent sans doute le plus éclatant exemple. Militant pour une renforcement des pouvoirs constitutionnels de leur président, ils se recrutent dans deux partis : d'une part, l'AKP créé par Erdogan lui-même sur la base d'un retour méthodique de la Turquie à l'islam, et à la tradition ottomane, et d'une répression plus intransigeante vis-à-vis des revendications kurdes, tout en mettent en œuvre une économie d'apparence plus libérale ; et d'autre part le MHP, parti des Loups-Gris nationalistes, dont le fondateur Alparslan Türkes considérait : "le corps de notre politique est le nationalisme turc, et son âme est l'Islam".
-
On se trouve ici en présence d'un cas d'école. L'objet de la campagne référendaire aurait de quoi faire réfléchir même un François Hollande, même un Ayrault qui parle "d'apaisement" et qui fait mine de considérer que rien ne justifierait l'interdiction de meetings où des ministres turcs viennent enflammer la diaspora et intimider au sein de celle-ci les représentants de l'opposition politique ou des minorités ethniques (notamment kurdes) et religieuses (notamment alévies). Toutes sont d'ores et déjà opprimées par le régime turc, caricature du jacobinisme français, et il est à craindre qu'elles le soient encore plus si le projet gouvernemental est adopté.
-
Le 16 avril en effet le referendum constitutionnel portera sur une réforme renforçant outrageusement les pouvoirs du président de la république Recep Tayyip Erdogan. Ceci remplacerait le système actuellement parlementaire par un régime présidentiel quasi dictatorial. Ceci déterminerait une inversion de toute l'évolution des institutions turques depuis la fondation de la République par Mustafa Kemal Atatürk. Le caractère répressif du projet, a été rappelé aux Européens, avec éloquence, par l'actuel premier ministre Binali Yildirim venu en Allemagne faire campagne pour le oui. Le 18 février en effet il a promis une traque impitoyable de tous les partisans qu'il dénonçait, en vrac, comme des putschistes et des terroristes, aux applaudissements de plusieurs milliers de sympathisants rassemblés. "L'époque où certains pouvaient donner des leçons à la Turquie est révolue.
-
La Turquie n'est pas un pays que l'on peut intimider", a-t-il lancé dans le grand stade d'Oberhausen, salué au cri de allahou akbar. Il se trouve que, sans le vote des 39 députés du MHP le projet de révision constitutionnelle proposé par Erdogan et les 317 députés de son parti n'aurait pas passé le cap des 330 voix sur 550 à l'Assemblée nationale nécessaire pour être soumis à referendum. Difficile dans ces conditions d'agréger à la gauche française les amis de cette coalition, d'autant que la gauche turque est clairement identifiée aux deux autres partis et que les adversaires du projet ne manquent pas de caractériser comme de nature à renforcer une situation d'oppression. Enfin, on doit regarder cette affaire du point de vue européen. Étant de ceux qui ont toujours mis en garde contre la candidature d'Ankara, je ne puis que me féliciter de voir que des gens qui, jusque-là semblaient indifférents à l'idée qu'un pays extra-européen puisse entrer dans ce qui s'appelle l'Union européenne aient largement pris conscience du danger.
-
Il est faux en effet de présenter cette affaire comme l'ont fait les médias hexagonaux lesquels n'ont guère mis l'accent que sur le contentieux avec les Pays-Bas. Ce faisant ils ont préemptés le résultat des élections néerlandaises du 15 mars : patatras les sondages se sont encore trompés. Ce n'est pas le parti de Wilders qui l'a emporté, mais le parti libéral. Or, l'affaire de la campagne intrusive du gouvernement turc en Europe avait entraîné la réaction de plusieurs pays: Hollande, certes, mais aussi Autriche, Suisse, Danemark et surtout en Allemagne où l'immigration turque est la plus forte. Depuis plusieurs semaines cette question faisait la Une des sites internet des plus sérieux parmi les journaux d'outre-Rhin. Les responsables politiques allemands se sont tous prononcés, s'indignant des provocations.
-
Et, une fois de plus, la presse parisienne ne s'en préoccupait pas. Il lui était beaucoup plus agréable de mettre en cause la xénophobie néerlandaise et de laisser entendre qu'il s'agit seulement d'une retombée du Brexit, dont se réclame Wilders. On est rarement déçu avec le mégalomane d'Ankara Recep Tayyip Erdogan. Ses injures déplacées en direction des Allemands et des Hollandais restent dans la droite ligne d'un discours récurrent plein de mépris et de rancœur envers les Européens. On ne doit donc plus accepter qu'en réponse, nos pays ne se situent pas sur une même ligne, celle de la fermeté. En choisissant, quand les autres européens font face, de singulariser en s'aplatissant, pour des raisons électorales internes, et de surcroît illusoires, Hollande et les socialistes ont délibérément choisi d'affaiblir et de discréditer la France, conclut l'auteur et analyste J.-G. Malliarakis (voir liens vers sources en bas de page).
-
Apostilles de J.-G. Malliarakis :
-
1 - Ce nom, trop beau pour être vrai s'agissant d'un nationaliste turc (un peu comme si un nationaliste français s'appelait Clovis Lefranc) est un pseudonyme. La véritable identité du personnage reste mystérieuse.
-
2 - L'un des exploits des Loups Gris peut être visionné avec les images de la mise à sac et du massacre de Sivas du 2 juillet 1993 à Sivas, une ville du centre de la Turquie. Il a entraîné la mort de 37 personnes, dont 33 intellectuels alévis.
-
3 - cf. mon livre "La Question turque et l'Europe".
-
Michel Garroté pour https://lesobservateurs.ch/
-
https://www.alexandredelvalle.com/single-post/2017/03/25/Accusations-miroirs-Erdogan
-
http://www.atlantico.fr/rdv/geopolitico-scanner/accusations-miroirs-erdogan-geopolitico-scanner-alexandre-del-valle-2999943.html
-
http://www.insolent.fr/2017/03/la-folle-semaine-euro-turque.html
-