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Soutien européen à Kiev, élections consulaires françaises : grand entretien avec Xavier Moreau

Xavier Moreau est aujourd’hui au cœur de plusieurs actualités : le conflit russo-ukrainien, les nouvelles annonces de soutien européen à Kiev, mais aussi sa propre situation personnelle après des sanctions de l’Union européenne, et son engagement dans les élections consulaires pour les Français de Russie et de Biélorussie.

Dimitri Fontana
20 mai 2026
13 min de lecture

Ins­tal­lé à Mos­cou depuis de nom­breuses années, Xavier Moreau s’est impo­sé comme l’un des ana­lystes fran­co­phones les plus iden­ti­fiés sur les ques­tions russes et ukrai­niennes. Fon­da­teur du site Strat­pol, inter­ve­nant régu­lier sur RT, il déve­loppe une lec­ture des rap­ports de force inter­na­tio­naux qui tranche avec les ana­lyses domi­nantes en Europe occi­den­tale. Très sui­vi, il s’est impo­sé comme une voix incon­tour­nable du débat. Il est aujourd’hui au cœur de plu­sieurs actua­li­tés : le conflit rus­so-ukrai­nien, les nou­velles annonces de sou­tien euro­péen à Kiev, mais aus­si sa propre situa­tion per­son­nelle après des sanc­tions de l’Union euro­péenne, et son enga­ge­ment dans les élec­tions consu­laires pour les Fran­çais de Rus­sie et de Bié­lo­rus­sie.

Dans cet entre­tien qu’il nous a accor­dé depuis Mos­cou, il revient sans détour sur ces dif­fé­rents fronts.

Entretien

Depuis plu­sieurs mois, le conflit entre la Rus­sie et l’U­kraine semble relé­gué au second plan dans l’actualité, notam­ment en rai­son des ten­sions au Moyen-Orient. Où en est réel­le­ment la situa­tion aujourd’­hui sur le ter­rain et sur le plan stra­té­gique ?

Il est tout à fait nor­mal que le conflit en Iran ait pris le pas sur celui en Ukraine. Les consé­quences, à l’échelle glo­bale, seront pro­ba­ble­ment bien plus impor­tantes, dans la mesure où les États-Unis sont direc­te­ment impli­qués. Il n’y a donc pas lieu de s’en éton­ner, même si la défaite de l’OTAN en Ukraine aura elle aus­si des effets signi­fi­ca­tifs, notam­ment sur la rela­tion trans­at­lan­tique.

Sur le ter­rain, on a obser­vé une pause rela­tive entre la fin de l’hiver et le début du prin­temps, ce qui est clas­sique en rai­son des sols détrem­pés. Un autre fac­teur est venu s’ajouter : pour lan­cer des assauts, il est essen­tiel de pou­voir s’appuyer sur la den­si­té du cou­vert végé­tal. Or, celui-ci est plei­ne­ment reve­nu depuis envi­ron trois semaines.

Depuis lors, les forces russes ont véri­ta­ble­ment enclen­ché leur offen­sive de prin­temps et pro­gressent de manière régu­lière, en s’emparant de loca­li­tés de por­tée tac­tique, mais à l’importance opé­ra­tion­nelle réelle.

D’un point de vue tac­tique, la situa­tion évo­lue donc. En revanche, sur le plan stra­té­gique, rien de fon­da­men­ta­le­ment nou­veau depuis octobre 2022. La Rus­sie s’est ins­crite dans une guerre d’usure qu’elle semble rem­por­ter pro­gres­si­ve­ment, en tirant par­ti de sa supé­rio­ri­té dans la plu­part des domaines, tant tac­tiques que stra­té­giques.

Le seul domaine où les forces ukrai­niennes, sou­te­nues par l’OTAN, conservent un avan­tage notable reste le sys­tème Star­link. À ce jour, les Russes ne sont pas par­ve­nus à le neu­tra­li­ser effi­ca­ce­ment, ce qui confère un atout déter­mi­nant, notam­ment pour les frappes en pro­fon­deur, comme à Mos­cou ces der­niers jours.

Beau­coup ont le sen­ti­ment de ne plus rien com­prendre à cette guerre, entre annonces contra­dic­toires, com­mu­ni­ca­tion mili­taire et brouillard infor­ma­tion­nel. Diriez-vous que nous sommes face à une guerre lar­ge­ment incom­prise en Europe occi­den­tale ?

On peut par­ler d’incompréhension, mais il s’agit presque d’une incom­pré­hen­sion entre­te­nue. Les ana­lyses issues de l’OTAN, sou­vent relayées par d’anciens géné­raux ou colo­nels invi­tés sur les pla­teaux, conti­nuent de lire l’armée russe à tra­vers un prisme héri­té de l’immédiat après-guerre.

À l’époque, les États-Unis, sou­cieux de com­prendre la puis­sance sovié­tique, s’étaient appuyés sur d’anciens géné­raux alle­mands. Il en est sor­ti une vision lar­ge­ment biai­sée, selon laquelle la vic­toire sovié­tique repo­sait avant tout sur la masse, un sol­dat sup­po­sé­ment peu auto­nome, et une absence d’initiative.

Or, nombre de cri­tiques actuelles à l’égard de l’armée russe ne sont, au fond, que la reprise de ces sché­mas anciens. Cette grille de lec­ture faus­sée contri­bue à des erreurs d’analyse, y com­pris sur la réa­li­té du ter­rain.

En pra­tique, l’armée russe appa­raît au contraire struc­tu­rée, avec un enca­dre­ment solide et, sur­tout, une coor­di­na­tion étroite entre les frappes en pro­fon­deur et les opé­ra­tions sur la ligne de front. Ces deux dimen­sions relèvent d’une même chaîne de com­man­de­ment, ce qui per­met une cohé­rence d’ensemble.

Du côté de Kiev, la situa­tion semble plus frag­men­tée. Les opé­ra­tions sur le front sont conduites par l’état-major, sous l’autorité du géné­ral Olek­san­dr Syrs­ky, tan­dis que les frappes en pro­fon­deur répondent à une logique en par­tie dis­tincte, sou­vent en lien avec les sou­tiens occi­den­taux. Cette dis­so­cia­tion limite la coor­di­na­tion glo­bale.

C’est en grande par­tie ce dif­fé­ren­tiel d’organisation qui explique la meilleure effi­ca­ci­té du dis­po­si­tif russe aujourd’hui, ain­si que les pro­grès obser­vés sur le ter­rain − et pro­ba­ble­ment ceux à venir dans les mois pro­chains.

Du point de vue russe, quels sont aujourd’hui les objec­tifs réels du conflit ? Ont-ils évo­lué depuis 2022, ou res­tent-ils fon­da­men­ta­le­ment les mêmes ?

Les objec­tifs russes ont, en effet, évo­lué au fil du conflit. Au départ, il s’agissait essen­tiel­le­ment de recon­naître aux répu­bliques auto­pro­cla­mées de Donetsk et de Lou­gansk leur ter­ri­toire admi­nis­tra­tif, avec, selon les cas, une indé­pen­dance ou une large auto­no­mie. D’après le témoi­gnage de Iou­lia Men­del, cette option aurait, un temps, été envi­sa­gée du côté de Kiev.

Un tour­nant inter­vient tou­te­fois après la contre-offen­sive ukrai­nienne et l’implication accrue des pays de l’OTAN à par­tir du prin­temps 2022. À par­tir de là, la logique change : il n’est plus ques­tion d’autonomie, mais d’intégration à la Fédé­ra­tion de Rus­sie. À ces ter­ri­toires s’ajoutent les régions de Kher­son et de Zapo­ro­jié.

Pour l’heure, Mos­cou semble s’en tenir à ces objec­tifs ter­ri­to­riaux. Mais une avan­cée signi­fi­ca­tive, par exemple dans la région de Khar­kov, pour­rait ouvrir la voie à de nou­velles évo­lu­tions, notam­ment via l’organisation de réfé­ren­dums.

Sur le plan mili­taire, l’objectif affi­ché est la démi­li­ta­ri­sa­tion de l’Ukraine. Cela implique, d’une part, l’exclusion for­melle et durable de toute adhé­sion à l’OTAN, assor­tie de garan­ties contrai­gnantes, et, d’autre part, une limi­ta­tion des capa­ci­tés mili­taires ukrai­niennes.

Sur le plan poli­tique, ce que Mos­cou désigne comme « déna­zi­fi­ca­tion » recouvre, dans ce dis­cours, la ques­tion des poli­tiques lin­guis­tiques et reli­gieuses. L’objectif serait d’imposer leur révi­sion, voire leur ins­crip­tion dans la Consti­tu­tion, ain­si que l’abrogation des lois jugées dis­cri­mi­na­toires.

Enfin, une décen­tra­li­sa­tion pous­sée figure par­mi les exi­gences récur­rentes. Elle s’inscrirait dans la conti­nui­té des dis­po­si­tions pré­vues par les accords de Minsk, avec une auto­no­mie sub­stan­tielle des régions. Dans cette pers­pec­tive, cer­taines grandes villes comme Odes­sa, Niko­laïev, Khar­kov ou Dnie­pro­pe­trovsk pour­raient voir leur poids poli­tique évo­luer.

Ce sont là, en résu­mé, les objec­tifs tels qu’ils sont aujourd’hui for­mu­lés ou sug­gé­rés par Mos­cou.

L’Union euro­péenne vient d’annoncer un nou­veau paquet de 90 mil­liards d’euros en faveur de l’Ukraine. Com­ment inter­pré­tez-vous cette déci­sion : sou­tien stra­té­gique assu­mé ou fuite en avant poli­tique ?

L’annonce des 90 mil­liards fait suite à un revers impor­tant pour l’Union euro­péenne, inter­ve­nu autour du 19 décembre 2025. Il s’agit de l’échec du pro­jet de sai­sie des avoirs russes, notam­ment ceux déte­nus par Euro­clear, ain­si que de la réti­cence des banques euro­péennes − en par­ti­cu­lier fran­çaises et alle­mandes − à s’engager dans ce type d’opération, au risque de fra­gi­li­ser leur cré­di­bi­li­té et leur répu­ta­tion.

Pour Bruxelles, le choc est réel. L’annonce de ce paquet finan­cier appa­raît dès lors comme une ten­ta­tive de com­pen­sa­tion.

Le méca­nisme envi­sa­gé repose sur un emprunt sur les mar­chés, ados­sé au bud­get euro­péen − autre­ment dit, in fine, aux prin­ci­pales éco­no­mies contri­bu­trices comme la France, l’Allemagne ou l’Italie. L’idée serait de lever des fonds à des taux de l’ordre de 3 à 4 %, puis de les prê­ter à l’Ukraine à des condi­tions très favo­rables, voire nulles, avec un rem­bour­se­ment incer­tain et dépen­dant de l’issue du conflit.

Dans les faits, ce mon­tage pose plu­sieurs pro­blèmes. D’abord, la capa­ci­té réelle de l’Union à lever de tels mon­tants dans de bonnes condi­tions reste incer­taine. Ensuite, les décais­se­ments seront néces­sai­re­ment pro­gres­sifs : les 90 mil­liards ne seront pas ver­sés en une seule fois. À court terme, les enga­ge­ments concrets appa­raissent plus limi­tés, avec une pre­mière tranche d’environ 9 mil­liards annon­cée pour la fin du mois de juin.

Par ailleurs, les besoins ukrai­niens sont désor­mais éva­lués à un niveau bien supé­rieur. Mark Rutte a ain­si évo­qué des mon­tants pou­vant atteindre envi­ron 143 mil­liards par an pour sou­te­nir l’Ukraine.

Dans cette confi­gu­ra­tion, les 90 mil­liards appa­raissent insuf­fi­sants au regard des besoins esti­més.

Dans le détail, une part signi­fi­ca­tive de ces fonds serait des­ti­née au finan­ce­ment du fonc­tion­ne­ment de l’État ukrai­nien − salaires publics, retraites, dépenses cou­rantes − tan­dis qu’une autre part impor­tante irait à l’achat d’équipements mili­taires.

Ce der­nier point a d’ailleurs déjà des effets en Europe, avec une accé­lé­ra­tion de l’activité dans le sec­teur de l’armement. Des groupes comme Rhein­me­tall se posi­tionnent pour cap­ter une par­tie de ces flux.

À ce stade, tant les moda­li­tés de finan­ce­ment que le calen­drier de dis­tri­bu­tion de ces 90 mil­liards res­tent flous et sou­lèvent de nom­breuses inter­ro­ga­tions.

Cette aide inter­vient alors que plu­sieurs affaires, notam­ment autour de Andriy Yer­mak, ali­mentent les cri­tiques sur la gou­ver­nance ukrai­nienne. La ques­tion de la cor­rup­tion est-elle, selon vous, sous-esti­mée en Europe ?

La ques­tion de la cor­rup­tion en Ukraine est docu­men­tée de longue date et ne date pas du conflit actuel. Elle consti­tue un pro­blème struc­tu­rel, régu­liè­re­ment sou­li­gné par les ins­ti­tu­tions inter­na­tio­nales bien avant 2014.

L’épisode de Maï­dan marque tou­te­fois un tour­nant poli­tique majeur. Dans les années qui suivent, cer­taines nomi­na­tions d’oligarques à des postes régio­naux − comme Kolo­moïs­ky ou Tarou­ta − illus­trent le poids per­sis­tant de ces réseaux dans l’appareil d’État.

Paral­lè­le­ment, l’affaire Buris­ma, au sein de laquelle Hun­ter Biden a sié­gé au conseil d’administration, a contri­bué à ali­men­ter les contro­verses sur les liens entre milieux poli­tiques, éco­no­miques et inté­rêts étran­gers. Tou­te­fois, les accu­sa­tions de cor­rup­tion directe liées à ce dos­sier res­tent débat­tues et n’ont pas don­né lieu à des conclu­sions judi­ciaires défi­ni­tives éta­blis­sant des res­pon­sa­bi­li­tés pénales.

Depuis 2022, les flux finan­ciers à des­ti­na­tion de l’Ukraine se sont consi­dé­ra­ble­ment accrus, ce qui ren­force méca­ni­que­ment les risques de détour­ne­ment ou de mau­vaise allo­ca­tion des fonds. Plu­sieurs méca­nismes de contrôle ont été mis en place, notam­ment sous l’impulsion des par­te­naires occi­den­taux.

Les États-Unis jouent à cet égard un rôle cen­tral, tant dans le finan­ce­ment que dans la super­vi­sion de cer­taines struc­tures anti­cor­rup­tion. Des orga­nismes comme le NABU (Bureau natio­nal anti­cor­rup­tion d’Ukraine) s’inscrivent dans ce cadre, avec un sou­tien inter­na­tio­nal impor­tant.

En revanche, cer­taines affir­ma­tions cir­cu­lant sur des arres­ta­tions, des menaces visant des proches de Volo­dy­myr Zelens­ky ou une reprise en main directe de ces struc­tures par l’administration de Donald Trump ne sont pas confir­mées à ce stade par des sources fiables.

Dans ce contexte, la ques­tion de la cor­rup­tion demeure un enjeu cen­tral, à la fois pour les auto­ri­tés ukrai­niennes et pour leurs par­te­naires, qui condi­tionnent en par­tie leur sou­tien à des pro­grès dans ce domaine.

Vous avez été per­son­nel­le­ment visé par des sanc­tions de l’Union euro­péenne, tout comme le colo­nel Jacques Baud. Quelle est la nature exacte de ces sanc­tions et leurs consé­quences concrètes sur votre vie pro­fes­sion­nelle et per­son­nelle ?

Ces sanc­tions portent essen­tiel­le­ment sur deux aspects. D’abord, la liber­té de cir­cu­la­tion : il m’est désor­mais inter­dit de me rendre dans l’Union euro­péenne. En pra­tique, cer­taines situa­tions res­tent à cla­ri­fier − notam­ment ma pos­si­bi­li­té de venir en France − mais le prin­cipe est posé.

Le point le plus lourd concerne tou­te­fois le gel des avoirs et des moyens de finan­ce­ment, en par­ti­cu­lier ceux liés à mon acti­vi­té autour du site Strat­pol. L’ensemble a été blo­qué, ce qui repré­sente éga­le­ment une part impor­tante de mes reve­nus per­son­nels.

Les consé­quences sont donc très concrètes. Avec une famille à charge − une épouse et cinq enfants − la situa­tion devient rapi­de­ment dif­fi­cile à gérer.

À l’origine, ce type de sanc­tions visait des oli­garques russes. Elles sont désor­mais éten­dues à des pro­fils comme des jour­na­listes ou des cher­cheurs, ce qui sou­lève, à mes yeux, une ques­tion de fond sur leur usage.

Est-ce que cela m’empêchera de conti­nuer mon tra­vail ? Sûre­ment pas.

Avec le recul, avez-vous enga­gé des recours ou des démarches pour contes­ter ces sanc­tions ? Existe-t-il des voies effec­tives pour se défendre face à ce type de déci­sion ?

Nous avons enga­gé une série de recours auprès des juri­dic­tions et des ins­tances admi­nis­tra­tives com­pé­tentes, tant au niveau de l’Union euro­péenne qu’au niveau fran­çais. Tou­te­fois, le dis­po­si­tif est conçu de telle sorte que, même en cas de levée des sanc­tions, celles-ci pour­raient être réta­blies rapi­de­ment, la déci­sion rele­vant d’une pro­cé­dure admi­nis­tra­tive et non d’un juge­ment au fond.

Le dos­sier à charge repose sur un docu­ment d’environ 70 pages, consti­tué essen­tiel­le­ment de cap­tures d’écran, sans véri­table note de syn­thèse ni argu­men­taire struc­tu­ré. Cette méthode pose, à mes yeux, un pro­blème sérieux quant à la soli­di­té juri­dique de l’ensemble.

La stra­té­gie consiste donc à épui­ser tous les recours dis­po­nibles, d’abord devant les juri­dic­tions de l’Union euro­péenne, puis devant les ins­tances fran­çaises, avant, le cas échéant, de sai­sir la Cour euro­péenne des droits de l’homme, où une issue plus favo­rable reste envi­sa­geable.

Paral­lè­le­ment, j’ai enga­gé une action pour injure et dif­fa­ma­tion à l’encontre du ministre des Affaires étran­gères, Jean-Noël Bar­rot, à la suite de pro­pos publics dans les­quels il m’a qua­li­fié d’« agent de désta­bi­li­sa­tion ».

Vous êtes aujourd’hui can­di­dat aux élec­tions consu­laires pour les Fran­çais de Rus­sie et de Bié­lo­rus­sie. De quoi s’agit-il pré­ci­sé­ment, et quel rôle jouent ces conseillers consu­laires et quels sont les enjeux pour cette cir­cons­crip­tion ?

Les élec­tions consu­laires sont, pour les Fran­çais éta­blis à l’étranger, l’équivalent des élec­tions muni­ci­pales. Le can­di­dat arri­vé en tête devient pré­sident du conseil consu­laire pour la cir­cons­crip­tion concer­née − ici, Rus­sie-Bié­lo­rus­sie − tan­dis que les sui­vants siègent en tant que conseillers consu­laires, avec des res­pon­sa­bi­li­tés locales.

Au-delà de ce rôle de proxi­mi­té, ces élus par­ti­cipent éga­le­ment au col­lège des grands élec­teurs char­gés de dési­gner les séna­teurs repré­sen­tant les Fran­çais de l’étranger. Ils prennent ain­si part à l’élection séna­to­riale, dont le pro­chain scru­tin est pré­vu en sep­tembre.

Votre can­di­da­ture s’inscrit dans un contexte de ten­sions avec une liste liée au Ras­sem­ble­ment natio­nal. Pour­quoi pré­sen­ter deux listes « patriotes » ?

Le Ras­sem­ble­ment natio­nal a pré­sen­té une liste, ce qui a sur­pris pas mal de monde. En effet, Marine Le Pen et Jor­dan Bar­del­la ont réser­vé des « stan­ding ova­tions » à Volo­dy­myr Zelens­ky, notam­ment lorsqu’il appe­lait au départ des entre­prises fran­çaises de Rus­sie. Ils ont éga­le­ment sou­te­nu les livrai­sons d’armes.

Par ailleurs, des pro­pos très élo­gieux ont été tenus, notam­ment par Marine Le Pen, à l’égard de Volo­dy­myr Zelens­ky, dont on relève la pré­sence dans les Pan­do­ra Papers avant même le début de l’opération mili­taire.

Si le RN a refu­sé l’emprunt de 90 mil­liards, les autres formes de finan­ce­ment ont, elles, été approu­vées. Par ailleurs, Jor­dan Bar­del­la a dési­gné la Rus­sie comme une menace, sans que l’on sache très bien contre qui, celle-ci n’ayant, selon lui, aucune pré­ten­tion vis-à-vis de la France.

Cela tra­duit un virage euro­péiste du Ras­sem­ble­ment natio­nal, qui tend à consi­dé­rer que les pro­blèmes des pays baltes sont aus­si ceux de la France.

Dans ce contexte, la pré­sence de cette liste, déjà exis­tante en 2021, peut sur­prendre. Pour les Fran­çais ins­tal­lés en Rus­sie ou en Bié­lo­rus­sie, les sanc­tions ont eu des consé­quences directes, sans même par­ler des livrai­sons d’armes et des finan­ce­ments de l’armée ukrai­nienne.

La poli­tique rus­so­phobe du RN a mis en dan­ger les Fran­çais de Rus­sie, la moindre des choses serait qu’il renonce à pré­sen­ter une liste dans ce pays, comme ont d’ailleurs fait les autres par­tis LR ou Renais­sance qui sont sur la même ligne.

Pro­pos recueillis par Dimi­tri Fon­ta­na

Dimitri Fontana
Dimitri Fontana

Dimitri Fontana est un observateur des grands enjeux contemporains. Il s’intéresse particulièrement aux questions de société, aux mutations politiques européennes et aux dynamiques géopolitiques à l’œuvre en Europe de l’Est. Ses travaux portent sur les rapports de force culturels, identitaires et stratégiques qui traversent le continent.

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