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Royaume-Uni : le Labour rouvre une filière d’asile dont l’ONU tient le guichet

Au congrès travailliste de Liverpool, la ministre de l’Intérieur Shabana Mahmood a relancé le programme britannique de réinstallation de réfugiés et lui a adjoint trois filières de parrainage. Le plafond promis n’est pas chiffré, la présélection revient à une agence onusienne et à une ONG américaine, et les bénéficiaires obtiendront en cinq ans ce que les autres réfugiés attendront vingt ans. Berne suit la même pente.

La rédaction
1 octobre 2026
6 min de lecture

Le gouvernement de Keir Starmer avait passé l’année à parler d’expulsions, de contrôles et de statuts provisoires, et c’est devant ses militants qu’il a choisi de faire le chemin inverse. Lundi 28 septembre, Shabana Mahmood a annoncé la réouverture immédiate du UK Resettlement Scheme, fermé aux nouvelles candidatures depuis décembre 2024, en invoquant les « obligations internationales » du pays, comme l’a rapporté ITV News. La ministre assure que ces entrées seront « plafonnées et contrôlées », et c’est cette formule qu’il faut confronter au dispositif, parce que ni le plafond ni le contrôle n’y ont la consistance qu’on leur prête.

Un plafond dont personne ne connaît le montant

Le ministère parle de quelques centaines d’arrivées dans un premier temps, puis de quelques milliers par an, sous une limite fixée chaque année, mais le chiffre de cette limite n’a pas été communiqué. Les Britanniques sont donc priés d’approuver un plafond qu’ils ne connaissent pas et que chaque gouvernement pourra relever d’une année sur l’autre, ce qui revient à leur demander un accord de principe sur un volume laissé en blanc.

À ce programme s’ajoutent trois voies de parrainage : dès octobre, les associations et les organisations locales pourront se porter candidates pour accueillir elles-mêmes des réfugiés, les universités pourront en faire autant pour des étudiants, et les entreprises suivront au printemps 2027, les premières arrivées étant attendues à l’automne prochain selon Eastern Eye. L’initiative de l’admission passe ainsi, pour partie, à des acteurs qui ont un intérêt militant ou économique à faire venir du monde, et dont aucun ne répond devant les électeurs du nombre de personnes qu’il aura fait entrer.

Une présélection confiée à d’autres

La plupart des réfugiés seront proposés à Londres par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), et les Palestiniens par l’International Refugee Assistance Project, une organisation américaine d’aide juridique aux réfugiés. Environ un quart des dossiers devraient concerner des femmes et des jeunes filles afghanes ainsi que des Palestiniens. Un pays qui a quitté l’Union européenne pour reprendre la maîtrise de ses frontières confie donc le premier tri à une agence onusienne et à une ONG étrangère, et se réserve seulement d’accepter ou de refuser les dossiers qu’on lui présente.

La mention des Afghans appelle un rappel chiffré. D’après la bibliothèque de la Chambre des communes, environ 39 100 personnes ont été réinstallées ou relocalisées au titre des programmes afghans entre 2021 et juin 2026. La filière afghane avait été fermée l’an dernier ; elle rouvre aujourd’hui sous un autre intitulé.

Cinq ans pour les uns, vingt ans pour les autres

Depuis le 2 mars, l’étranger qui obtient l’asile après l’avoir demandé sur le sol britannique ne reçoit plus qu’un titre de trente mois, réexaminé à chaque échéance, et il ne pourra prétendre à l’établissement définitif qu’au bout de vingt ans. Cette réforme reposait sur une idée simple, que nous partageons : la protection est provisoire et cesse lorsque le pays d’origine redevient sûr.

Or les personnes admises par la réinstallation et par le parrainage seront placées sur une voie d’établissement permanent en cinq ans. Le principe du caractère temporaire de l’asile est donc abandonné précisément pour la population que l’État fait venir lui-même, de sorte que le Labour crée une filière d’installation définitive au moment où il prétend avoir mis fin à l’installation automatique.

La dissuasion, un argument que les chiffres ne soutiennent pas

Le gouvernement fait valoir que des voies légales réduiront l’attrait des filières de passeurs. On voit mal par quel mécanisme : les personnes que le HCR oriente depuis les pays de premier accueil ne sont pas celles qui attendent sur le littoral français, et l’admission des premières n’enlève aux secondes aucune raison d’embarquer. Le calendrier officiel dit d’ailleurs le contraire de l’argument, puisque le contingent ne doit grossir qu’à mesure que l’immigration illégale reculera ; la voie légale y est présentée comme la récompense de la baisse, et non comme sa cause.

Les statistiques récentes vont dans le même sens. Au premier trimestre 2026, selon le Refugee Council, les arrivées par voies légales ont été divisées par deux alors que les traversées de la Manche reculaient d’un tiers. Sur l’année close en juin, la même association compte 3 840 réinstallés, soit 48 % de moins qu’un an plus tôt. Un trimestre ne fait pas une démonstration, mais il suffit à établir que la fermeture des voies légales n’a pas poussé davantage de monde vers les canots, et que le lien invoqué par la ministre reste à prouver.

Une concession à l’aile gauche

Le moment choisi éclaire la décision. À la veille du congrès, Angela Rayner avait renouvelé ses critiques contre les réformes de l’asile, et Shabana Mahmood a reconnu à la tribune que son projet de durcissement du droit de séjour permanent était jugé injuste dans son propre camp. Pour le conservateur Chris Philp, cité par la BBC, la ministre cherche à apaiser cette aile gauche, alors qu’aucune arrivée supplémentaire ne devrait être organisée tant que l’immigration illégale n’aura pas été ramenée près de zéro.

Reform UK va plus loin : Nigel Farage estime que le pays n’est nullement tenu d’accueillir davantage, et son porte-parole Zia Yusuf promet de retirer leur droit au séjour aux personnes entrées par ces filières. Les deux principaux adversaires du Labour annoncent donc qu’ils déferont ce dispositif, et le statut des personnes qu’il aura fait venir dépendra de la prochaine élection.

En Suisse, le même programme avec le même partenaire

La Confédération applique un programme du même type, avec le même interlocuteur. La Suisse accueille depuis 2013 des contingents de réfugiés désignés par le HCR, et le programme en cours, qui porte sur 1 600 personnes au maximum, a vu ses admissions suspendues lorsque le système d’asile s’est trouvé sous forte pression. Le Conseil fédéral l’a prolongé le 30 avril 2025 jusqu’à la fin de 2027, à raison d’environ 45 admissions au second semestre 2025, puis de 400 au maximum par an en 2026 et en 2027, selon le Secrétariat d’État aux migrations.

Le Département fédéral de justice et police doit encore, d’ici à la fin de cette année, compléter le plan de mise en œuvre par des critères destinés à pérenniser le programme. La décision revient au Conseil fédéral, qui consulte pour cela un groupe de suivi où siègent, à côté des cantons, des villes et des communes, le HCR lui-même et l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés.

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