Miloš Zeman : « la crise en Hongrie fera naître de nouveaux dirigeants »
L'ancien président tchèque, interrogé par Hungary Today à Prague, livre sa lecture de la Hongrie d'après Orbán : pain sec de l'opposition, médias versatiles, sponsors envolés – mais aussi promesse d'un retour. Et une pique à Bruxelles, soudain muette sur l'« État de droit ».
Le 12 avril dernier, le parti Tisza de Péter Magyar a mis fin à seize ans de pouvoir de Viktor Orbán, avec une majorité des deux tiers au Parlement. Cinq mois plus tard, en marge d’une conférence de l’association Svatopluk à Prague, Miloš Zeman – président tchèque de 2013 à 2023, Premier ministre avant cela – a répondu aux questions de Hungary Today sur l’après-défaite des patriotes hongrois. Sans langue de bois, selon son habitude.
Aux conservateurs hongrois qui cherchent la recette du retour, Zeman commence par citer Rudolf Bechyně, homme politique de la Première République tchécoslovaque :
« Le pain de l’opposition est sec, et il n’est même pas salé ».
Traduction : les anciens ministres devenus opposants perdront le soutien des médias, « souvent corruptibles », et celui de leurs sponsors, dont l’argent ne rapporte plus rien une fois le pouvoir perdu. C’est pourtant dans cette traversée du désert que se joue l’avenir :
« Les dirigeants naissent dans la crise, jamais dans les situations confortables ».
Sur Orbán lui-même, qu’il dit connaître « depuis très longtemps et très bien », Zeman est catégorique : il reviendra. Churchill l’a fait, Perón aussi – et Zeman lui-même, revenu de sa retraite politique pour conquérir la présidence. « Je souhaite à Viktor un retour réussi », conclut-il, jugeant que la Hongrie tout entière y gagnerait.
Le passage le plus mordant vise Bruxelles. Interrogé sur le silence de l’UE face aux premières mesures du gouvernement Magyar – Hungary Today évoque la destitution du président de la République et de celui de la Cour constitutionnelle, ainsi que des centaines de journalistes licenciés –, Zeman répond que l’explication est simple : Orbán était un adversaire coriace pour Ursula von der Leyen, et « l’UE s’est éprise de M. Magyar uniquement parce qu’il était l’opposant de Viktor Orbán ». Avant d’ajouter, en connaisseur : « mais tout amour finit un jour ». Au vu de ses premiers pas, estime-t-il, le nouveau gouvernement hongrois ne peut pas être qualifié sans réserve de gouvernement démocratique respectueux de l’État de droit – ces mêmes mots que Bruxelles brandissait hier contre Budapest.
La démonstration vaut avertissement. L’« État de droit » invoqué par la Commission n’est pas un principe, c’est une arme à géométrie variable : dégainée tant que la Hongrie résistait à Bruxelles, rangée dès que le pays est rentré dans le rang – quelles que soient les méthodes du nouveau pouvoir. Un pays qui entend rester souverain face à l’UE sait désormais exactement ce que pèsent les sermons bruxellois sur les « valeurs » : leur poids dépend de la docilité de celui à qui ils s’adressent.