Deux jours de travail en plus : Genève tente le coup, la France a déjà reculé
Genève veut récupérer deux jours de travail sur le pont de fin d’année de ses fonctionnaires. La France a tenté presque la même chose en 2025, avant d’abandonner sous la pression. Pourtant, les Suisses aussi savent faire grève… et les Français, parfois, trouver des accords.
Genève cherche à faire des économies sur le dos de ses fonctionnaires. Son projet de budget 2027 affiche 546,2 millions de francs de déficit et prévoit de réduire de trois à un les jours offerts pour le pont de fin d’année : deux jours travaillés de plus, pour un modeste effet budgétaire de 4,1 millions en 2027. Les agents de l’État sont à 40 heures par semaine et disposent normalement de 25 jours de vacances.
Le rapport du Conseil d’État affiche toutefois pour cette mesure un « effet net nul » à l’horizon 2030. Le rapport initial précisait que supprimer le pont ne produirait aucune économie salariale directe : l’effet venait surtout de la baisse du solde de vacances. Deux jours de plus, pas une rente annuelle pour le canton.
En France, François Bayrou, alors Premier ministre, avait proposé en juillet 2025 de supprimer deux jours fériés dans le privé comme dans le public, sans rémunération supplémentaire. Tollé syndical et politique : deux mois plus tard, son successeur, Sébastien Lecornu, enterrait la mesure.
Travailler plus pour gagner autant, la fonction publique territoriale française avait déjà connu le traitement. À Paris, le passage au régime des 1 607 heures a supprimé huit jours de congés, soit un peu plus d’une heure par semaine travaillée. Il a provoqué grèves, occupation de l’Hôtel de Ville et manifestations avant une bataille juridique ; la Ville a finalement appliqué le nouveau régime. À Toulouse, environ 1 h 30 de travail supplémentaire par semaine travaillée a entraîné plusieurs mouvements de grève. À Marseille, la réforme des éboueurs a produit six jours de grève et des poubelles qui, elles, ne bénéficiaient d’aucun pont. En revanche, le conflit n’est pas automatique… quand les enjeux sont faibles : à Besançon, un effort d’à peine vingt minutes supplémentaires par semaine a débouché sur un accord ; six agents seulement ont suivi l’appel à la grève.
La grève n’a pas de passeport
Genève a connu trois jours de grève en juin 2026 contre l’austérité et ECOGE, puis un nouveau mouvement en août. En 2015, lorsque le canton envisageait de passer ses fonctionnaires de 40 à 42 heures, 5 652 agents avaient participé à la première journée de grève. Les 42 heures n’ont pas été appliquées.
Dans le public, l’employeur délocalise moins facilement une mairie ou une prison en Slovaquie. La pression sur l’emploi pèse donc moins que dans l’industrie. Ainsi, chez Smart à Hambach, en Moselle, 56 % des salariés ont approuvé en 2015 le principe d’un passage jusqu’à 39 heures contre des garanties sur l’emploi, même si les ouvriers avaient majoritairement voté contre. En Suisse, après le choc du franc fort, au moins 70 entreprises industrielles ont temporairement allongé les horaires sans hausse de salaire, souvent avec l’accord des représentants du personnel.
La vraie spécialité suisse apparaît peut-être ailleurs : les urnes. En 2012, 66,5 % des votants ont refusé six semaines de vacances pour tous. En 2022, 50,55 % ont accepté AVS 21, qui relevait progressivement l’âge de référence de la retraite des femmes de 64 à 65 ans. En Suisse, le temps de travail se négocie, se conteste… et parfois se vote.