Allemagne : l’État désarme ses opposants, à commencer par les chasseurs
En Saxe-Anhalt, dix-sept chasseurs ont dû rendre leurs armes et leur permis parce qu’ils sont membres de l’AfD, le parti qui vient d’arriver en tête dans ce Land. Cent vingt-deux autres dossiers sont à l’examen. Un État qui décide, carte de parti en main, qui a le droit d’être armé : la chose a un précédent, et il est bolchevique.
Marcel Pries a 48 ans. Maître couvreur, ancien soldat en Afghanistan, il chasse depuis quinze ans. En juillet, il a dû vendre ses sept armes. Pour justifier sa décision, l’autorité invoque ses mandats d’élu AfD, sa candidature aux élections régionales et le fait qu’il n’a pas pris ses distances de façon « crédible » avec son parti, rapporte news.de d’après Bild.
Cette pratique, le tribunal administratif supérieur de Magdebourg l’a validée le 7 août. Le raisonnement est simple. Le renseignement intérieur classe la section régionale de l’AfD parmi les organisations « extrémistes avérées ». Ses membres ne sont donc plus jugés « fiables » au sens de la loi sur les armes, et c’est à eux de prouver le contraire. Les juges ajoutent que l’État n’a pas à attendre une infraction pour agir. Un mois plus tard, le 6 septembre, ce même parti recueillait 43,8 % des voix dans le Land, contre 17,2 % pour la CDU au pouvoir.
La ministre de l’Intérieur, Tamara Zieschang (CDU), s’en félicite : laisser des armes à des « extrémistes » mettrait l’État de droit en danger. L’AfD parle d’arbitraire et prépare un recours constitutionnel. La critique vient aussi d’ailleurs. Dans Cicero, Ferdinand Knauß écrit qu’à traiter des adhérents en criminels potentiels, on ne protège personne et on attise l’hostilité.
Que des gouvernements libéraux ou de gauche se méfient du citoyen armé n’a rien de nouveau. Le Canada a interdit plus de 2 500 modèles depuis 2020 et gelé le marché des armes de poing. Il collecte cette année les armes prohibées. En Belgique, la loi de 2006 a posé le principe que détenir une arme à feu est interdit, sauf autorisation. Ces restrictions valent du moins pour tout le monde. L’Allemagne va plus loin : elle trie les citoyens selon leur carte de parti et les sanctionne avant toute infraction.
L’histoire offre un précédent. Le 10 décembre 1918, en pleine guerre civile, le gouvernement bolchevique ordonne à toute la population de remettre fusils, revolvers et sabres. Qui garde une arme risque dix ans de prison. Le décret prévoit une seule exception : les membres du Parti communiste, qui conservent un fusil et un revolver chacun sur attestation de leur comité. À Moscou, seule la carte du parti au pouvoir permettait de garder son fusil. À Magdebourg, les adhérents des partis de gouvernement gardent le leur, ceux du parti d’opposition arrivé en tête des élections le perdent. La logique est la même : le pouvoir en place désarme ses adversaires politiques.
En Suisse, relève Blick, un tel retrait serait à peine concevable. La loi sur les armes ne permet de saisir une arme que si son détenteur n’a pas d’autorisation, ou s’il s’en est servi pour menacer ou blesser quelqu’un. À Schaffhouse, la police avait confisqué le pistolet d’un tenancier de bar qui le conservait mal. Le Tribunal fédéral a annulé la mesure : le danger était « purement théorique ».