samedi 8 août 2026
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Neutralité : Christoph Blocher rappelle à la Suisse ce qui l’a sauvée

Dans un entretien à la NZZ, l'ancien conseiller fédéral dresse un constat que Berne refuse de voir : en reprenant les sanctions de l'UE contre la Russie, la Suisse a rompu avec la neutralité qui l'a préservée de deux guerres mondiales. À l'approche de la votation du 27 septembre, il plaide pour que le peuple – et non le Conseil fédéral – reprenne la main sur ce qui fonde la sécurité du pays.

Les Observateurs (la rédaction)
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À sept semaines de la votation du 27 septembre sur l’initiative sur la neutralité, Christoph Blocher choisit la NZZ pour remettre les pendules à l’heure. Son diagnostic est sans fard : « la troisième guerre mondiale s’est rapprochée », et la Suisse, en s’alignant sur les sanctions de l’UE contre la Russie en 2022, a abandonné ce qui la protégeait depuis deux siècles. Le remède qu’il propose n’a rien d’une invention : c’est un retour à une « neutralité permanente, armée et intégrale », celle-là même qui a épargné le pays au pire moment de son histoire.

La leçon de 1938, que Berne a voulu oublier

Blocher ne théorise pas dans l’abstrait : il s’est présenté à l’entretien avec une copie de l’arrêté du Conseil fédéral de 1938, par lequel la Suisse revenait à la neutralité intégrale et s’épargnait d’appliquer des sanctions contre l’Italie. Un an plus tard, l’Europe s’embrasait ; la Suisse, elle, traversait la guerre sans y être entraînée. Le parallèle avec 2022 se passe de commentaire : en reprenant les sanctions européennes, le Conseil fédéral a refait précisément l’erreur que ses prédécesseurs avaient su corriger in extremis – au point que Moscou considère désormais la Suisse comme partie prenante au conflit. Ce constat n’est plus marginal : dans son discours du 1er août, le conseiller fédéral Albert Rösti a lui-même qualifié de grave erreur l’abandon partiel de la neutralité consenti jadis pour la Société des Nations, qui avait failli conduire le pays à la guerre contre l’Italie. Quand l’histoire donne deux fois la même leçon, il faut une certaine obstination pour ne pas l’entendre.

Et la question que pose Blocher mérite d’être posée telle quelle : le Conseil fédéral doit-il pouvoir décider « à sa guise de la guerre ou de la paix » ? L’initiative ne fait que rendre au peuple ce qui lui appartient : la garantie constitutionnelle que Berne ne l’engagera plus, par sanctions interposées, dans les conflits des autres.

Neutre, armée, souveraine

On objectera l’ingérence russe dans la campagne – ambassade et ministère des Affaires étrangères jugeant la Suisse non neutre et voyant l’initiative d’un bon œil. Blocher balaie l’argument, et pour cause : que Moscou constate ce que chacun peut constater ne change rien au fond du dossier. L’essentiel est ailleurs, dans le rappel historique qu’il formule : « La Russie fait partie des États qui, depuis le Congrès de Vienne de 1815, ont toujours défendu avec vigueur la neutralité suisse. » Une Suisse absolument neutre n’offre aucune prise à l’agression – c’est un fait d’expérience, pas un acte de foi.

Car cette neutralité n’a rien d’un pacifisme naïf. Non à l’OTAN, oui à une défense nationale renforcée, fondée sur la dissuasion par le coût : rendre toute attaque ruineuse pour l’agresseur. Oui, également, aux exportations d’armes vers les États occidentaux – admissibles en droit international et sans effet sur le statut du pays, contrairement aux sanctions économiques, actes de guerre non militaires que l’initiative proscrira. La distinction n’est pas une contradiction : c’est la définition même de la neutralité armée. Le 27 septembre, les Suisses diront s’ils veulent la retrouver.

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