dimanche 21 juin 2026
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« Mr Bean sous crack » : le secrétaire au Trésor américain aurait déconseillé à Trump de recevoir Zelensky

Les propos prêtés à Scott Bessent au sujet du président ukrainien figurent dans "Regime Change", ouvrage signé par deux journalistes du New York Times.

Les Observateurs (la rédaction)
4 min de lecture

Scott Bessent, secré­taire au Tré­sor des États-Unis, aurait recom­man­dé à Donald Trump de ne pas rece­voir Volo­dy­myr Zelens­ky dans le Bureau ovale, après avoir trai­té le pré­sident ukrai­nien de « petit con », d’« enfant à besoins spé­ciaux » et de « Mr Bean sous crack ».

Ces pro­pos − pro­ba­ble­ment tenus en février 2025 − qui mettent en scène un membre du gou­ver­ne­ment amé­ri­cain décri­vant un chef d’É­tat étran­ger en ces termes, sont rap­por­tés dans Regime Change, récit reten­tis­sant de la seconde admi­nis­tra­tion Trump rédi­gé par les jour­na­listes du New York Times Mag­gie Haber­man et Jona­than Swan. L’ou­vrage doit paraître mar­di.

Ces révé­la­tions risquent d’embarrasser l’ad­mi­nis­tra­tion Trump, même si la ren­contre qui a fini par avoir lieu, le 28 février 2025, s’est révé­lée catas­tro­phique : Trump et JD Vance avaient alors repro­ché à Zelens­ky son manque de gra­ti­tude pour l’aide reçue face à l’at­taque russe − et de ne pas por­ter de cos­tume.

La ques­tion de l’aide à l’U­kraine reste brû­lante ; elle a notam­ment été abor­dée au som­met du G7 en France en début de semaine.

« Plu­sieurs conseillers de Trump redou­taient » un déra­page lors de la venue de Zelens­ky à la Mai­son-Blanche, cen­sée scel­ler un accord sur les mine­rais rédi­gé par Bessent, écrivent les auteurs. Mike Waltz, alors conseiller à la sécu­ri­té natio­nale, aurait « ten­té, en vain, de faire com­prendre » que Zelens­ky devait venir en cos­tume. Bessent, lui, aurait « fer­me­ment conseillé à Trump de ne même pas lais­ser Zelens­ky entrer à la Mai­son-Blanche avant qu’il ait signé » l’ac­cord.

« “J’ai eu affaire à ce petit con” [“lit­tle fucker”], aurait confié Bessent à ses proches au sujet de Zelens­ky. “Il est retors. C’est l’en­fant à pro­blèmes des Euro­péens. Et il se com­porte comme Mr Bean sous crack.” »

Le dépar­te­ment du Tré­sor n’a pas réagi dans l’im­mé­diat à une demande de com­men­taire.

Zelens­ky est bel et bien venu, et Bessent assis­tait à la scène lorsque Vance s’en est pris à leur invi­té. « Les per­sonnes pré­sentes voyaient Vance virer peu à peu au rouge », racontent Haber­man et Swan : l’in­sis­tance de Zelens­ky à récla­mer des garan­ties de sécu­ri­té finis­sait par son­ner, aux oreilles de Vance, comme de l’im­per­ti­nence et de l’in­gra­ti­tude.

La suite a vite dégé­né­ré.

Après ce ren­dez-vous désas­treux, Bessent a décla­ré à Bloom­berg que Zelens­ky venait de signer « l’un des plus beaux auto­goals diplo­ma­tiques », avant d’a­jou­ter :

« J’ai été cho­qué, cho­qué que le pré­sident Zelens­ky entre dans le Bureau ovale, se com­porte ain­si, parle de cette façon au pré­sident et au vice-pré­sident, et sur­tout manque à ce point de res­pect au peuple amé­ri­cain. »

Regime Change revient aus­si sur la ges­tion ratée, par Bessent, de l’ac­cord sur les mine­rais. Avant le fias­co du Bureau ovale, le secré­taire au Tré­sor s’é­tait ren­du à Kiev pour pres­ser Zelens­ky de signer. La ren­contre aurait mal tour­né.

« Pen­dant qua­rante-cinq minutes, les deux hommes se sont invec­ti­vés », écrivent les auteurs. « Bessent était en poste depuis quelques jours à peine, et le voi­là déjà en train de hur­ler sur le diri­geant d’un pays en pleine guerre. Il aurait fini par lâcher à Zelens­ky :“Qu’est-ce que vous vou­lez foutre, à la fin ?” »

Les négo­cia­tions auraient ensuite calé, Bessent s’op­po­sant au secré­taire au Com­merce Howard Lut­nick sur la for­mu­la­tion du texte. Trump aurait alors deman­dé à Usha, l’é­pouse de JD Vance − diplô­mée comme lui de la facul­té de droit de Yale −, de relire les modi­fi­ca­tions appor­tées par la par­tie ukrai­nienne. Elle aurait jugé le docu­ment « lamen­table » avant d’y don­ner un sérieux coup de crayon.

Mais le plus gênant pour Bessent reste sans doute l’o­pi­nion qu’il aurait de Trump lui-même, qu’il aurait com­pa­ré à l’é­pou­van­tail pro­gres­siste par excel­lence dans l’es­prit de bien des répu­bli­cains. Selon le livre, Bessent aurait confié à ses proches que « Trump lui rap­pe­lait son ancien patron, le légen­daire inves­tis­seur et grand dona­teur démo­crate George Soros ». « “Ce sont deux bêtes de la même espèce”, aurait-il lâché. »

Pour aller plus loin

Regime Change : Inside the Impe­rial Pre­si­den­cy of Donald Trump, par Mag­gie Haber­man et Jona­than Swan, Simon & Schus­ter, paru­tion le 23 juin 2026, 496 pages, ISBN : 978 – 1668067246. L’ou­vrage est dis­po­nible en anglais en for­mat relié (hard­co­ver) ain­si qu’en ver­sion numé­rique et audio.

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