Intelligence artificielle : à Shanghai, Xi Jinping réclame une gouvernance mondiale de l’IA « juste et équitable »
Le 17 juillet 2026, Xi Jinping a ouvert à Shanghai la Conférence mondiale sur l’intelligence artificielle (WAIC) 2026 et la Réunion de haut niveau sur la gouvernance mondiale de l’IA. Pour sa première intervention en personne devant ce rendez-vous annuel créé en 2018, le président chinois a plaidé pour un système de gouvernance « juste et équitable », refusant que ce secteur stratégique soit contrôlé par quelques puissances. « Le développement de l’IA ne doit pas être le fait d’un seul pays, mais une symphonie de coopération internationale », a‑t-il lancé devant chefs d’État et responsables d’organisations internationales, en défendant une IA demeurant « toujours sous le contrôle de l’homme », encadrée par des systèmes juridiques, de surveillance, d’alerte et de réponse d’urgence.
Une offensive de soft power tournée vers le Sud global
Temps fort de la conférence : la signature de l’accord créant l’Organisation mondiale de coopération sur l’intelligence artificielle (WAICO), dont le siège s’installe à Shanghai. Le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi et les représentants de 29 pays, dont la Russie, ont signé ce texte, rapporte La Tribune dans son édition de ce jour. Présentée comme une réponse à « l’aspiration du Sud global », la nouvelle structure s’accompagne d’engagements concrets : 5 000 formations offertes aux pays en développement sur cinq ans, des centres de coopération avec l’ASEAN, la Ligue arabe, l’Union africaine, la CELAC, l’OCS et les BRICS, et le déploiement dans 30 pays du système d’alerte météorologique MAZU piloté par l’IA. Le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev, les Premiers ministres cambodgien et thaïlandais ainsi que le secrétaire général de l’ONU António Guterres ont salué l’initiative. En se posant en fournisseur de « biens publics » mondiaux, Pékin propose au Sud global une alternative complète aux services américains ; et fixe, au passage, les standards de la nouvelle révolution technologique.
Une guerre économique assumée avec Washington
Le discours comporte aussi sa charge frontale. En dénonçant l’abus de la notion de sécurité nationale et le fait de placer sa propre sécurité au-dessus de celle des autres pays, Xi Jinping vise sans les nommer les restrictions américaines sur les semi-conducteurs et les modèles d’IA imposées aux entreprises chinoises. La conférence sert d’ailleurs de démonstration de force industrielle : plus de 1 100 entreprises y présentent près de 3 000 produits, des modèles d’IA générative aux robots humanoïdes, en passant par le supercalculateur Atlas 950 de Huawei. La start-up pékinoise Moonshot AI a choisi ce même 17 juillet pour dévoiler Kimi K3, présenté comme le plus grand modèle à poids ouverts au monde avec environ 2 800 milliards de paramètres, aux performances revendiquées comparables à celles de GPT‑5.5 ou de Claude Opus. DeepSeek, MiniMax ou Z.ai complètent une offensive fondée sur des coûts nettement inférieurs à ceux des acteurs américains. Selon les chiffres officiels cités par La Tribune, le marché chinois de l’IA a dépassé 1 200 milliards de yuans (155 milliards d’euros) en 2025 – une progression de plus de 30 % est attendue cette année – et le pays compte plus de 6 000 entreprises spécialisées. Autant d’atouts que Pékin entend convertir en levier de puissance économique et géopolitique.