Référendum sur l’UE et ingérence : l’Islande demande à Bruxelles de rester en dehors de la campagne
Les Islandais se prononceront le 29 août sur la reprise des négociations d’adhésion à l’Union européenne. Bien que favorable au « oui », le gouvernement islandais aurait demandé à la Commission européenne de ne pas intervenir dans la campagne.
L’Islande entend décider seule de son avenir européen. Selon une enquête d’Euractiv, les autorités islandaises ont demandé en privé à la Commission européenne de se tenir à l’écart de la campagne précédant le référendum du 29 août.
Le scrutin ne portera pas directement sur l’adhésion à l’Union européenne, mais sur la reprise des négociations interrompues en 2013. En cas de victoire du « oui », un second référendum devrait être organisé à l’issue des pourparlers pour que les Islandais se prononcent cette fois sur l’accord obtenu.
« C’est aux Islandais de décider »
La Première ministre Kristrún Frostadóttir et la ministre des Affaires étrangères Þorgerður Katrín Gunnarsdóttir ont toutes deux insisté sur le caractère national de cette décision. Frostadóttir avait déjà prévenu que toute ingérence étrangère serait refusée, qu’elle provienne de l’Union européenne, de la Chine, de la Russie ou des États-Unis.
Selon Euractiv, ce message aurait également été transmis directement à des responsables européens. La Commission assure de son côté qu’elle « n’intervient jamais » dans les élections ou référendums nationaux et affirme que le choix appartient aux seuls Islandais.
La prudence de Reykjavik intervient alors que les sondages annoncent un scrutin particulièrement serré. Le paradoxe est que le gouvernement islandais lui-même soutient la reprise des négociations, mais semble redouter qu’un soutien trop voyant de Bruxelles ne produise l’effet inverse auprès d’un électorat attaché à l’indépendance du pays.
Des responsables européens déjà très présents
Bruxelles et plusieurs gouvernements européens ne sont pourtant pas restés silencieux ces derniers mois. D’après Euractiv, au moins sept responsables politiques européens de premier plan se sont rendus en Islande depuis le début de l’année, la plupart en plaidant ouvertement pour la poursuite du rapprochement avec l’UE.
En juillet, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot déclarait ainsi lors d’une visite à Reykjavik que l’Islande n’avait « rien à perdre » à reprendre les négociations avec Bruxelles. Il soulignait qu’une reprise des discussions ne préjugerait pas de l’adhésion définitive.
Le dossier de la pêche, particulièrement sensible pour l’Islande, est lui aussi au cœur des discussions. Le commissaire européen Costas Kadis s’est rendu à Reykjavik en avril pour renforcer la coopération entre l’Union européenne et l’Islande dans ce domaine. Bruxelles a également laissé entendre qu’elle pourrait envisager des aménagements à sa politique commune de la pêche, l’un des principaux obstacles historiques à une adhésion islandaise.
À trois semaines du vote, Reykjavik adresse donc un message assez clair à ses partenaires européens : l’Union européenne peut répondre aux questions des Islandais, mais elle ne doit pas chercher à faire leur choix à leur place.