Évasions : chez nous on saute le mur, en France on va au musée
À Lausanne, un détenu a franchi les clôtures de Bois-Mermet en moins de deux minutes avant d’être repris cinq jours plus tard. En France, trois évasions lors de sorties culturelles ont relancé le débat sur les permissions de sortie.
Le 11 août, un détenu de 35 ans en détention avant jugement s’est évadé de Bois-Mermet pendant les activités sportives. Il a franchi une barrière puis escaladé le mur d’enceinte garni de barbelés, le tout en « un peu moins de deux minutes ». Arrêté cinq jours plus tard, il a été réincarcéré. Le Service pénitentiaire vaudois parle d’une situation « extrêmement rare ». C’est sans doute exact, mais de voir un détenu avaler clôture et muraille en moins de deux minutes n’a pour autant rien de rassurant.
Bois-Mermet n’avait plus connu pareille fuite depuis 2013. Cinq détenus s’étaient alors évadés pendant la promenade avec l’aide de complices extérieurs. Deux avaient été repris dès le lendemain. En mars 2026, un détenu de La Brenaz s’est aussi échappé pendant un transfert médical vers les HUG. Pour 2023, le rapport SPACE du Conseil de l’Europe recense en Suisse 22 fuites depuis des établissements fermés ou unités sécurisées. La nomenclature incluant absences et retours tardifs, la comparaison internationale reste délicate.
En termes d’évasions, la France propose un registre plus culturel. Le 14 novembre 2025, un détenu de Rennes-Vezin s’est éclipsé lors d’une sortie au planétarium. Il s’était déjà évadé auparavant. Le 28 décembre, autre disparition lors d’une sortie culturelle à Paris. Le 13 mars 2026, un détenu de Nanterre a faussé compagnie à son escorte lors d’une excursion au Louvre consacrée aux « droits des citoyens ». L’évasion fait-elle désormais partie des droits de l’homme ?
Trois ratés en quatre mois : Gérald Darmanin a suspendu les sorties collectives culturelles et sportives. Le Conseil d’État a cependant suspendu cette interdiction le 5 mai, rappelant que ces permissions sont prévues par la loi et que les évasions y restaient « extrêmement faibles ».
En 2025, la France a accordé 62 641 permissions de sortir et enregistré 455 non-réintégrations, pas toutes assimilables à des évasions. L’indicateur budgétaire compte 24 évasions sous garde pénitentiaire, dont dix pendant une permission accompagnée. Au Louvre comme au planétarium, la volonté de « réinsertion » a pris l’allure d’une désinsertion du système carcéral.