DMA : ce que Bruxelles impose à Google – et ce que cela change pour la souveraineté numérique
Jeudi 9 juillet, la Commission européenne a adopté deux décisions de spécification au titre du Digital Markets Act pour préciser comment Google doit se conformer à ses obligations de contrôleur d’accès. La première impose l’ouverture de onze fonctionnalités d’Android aux assistants d’intelligence artificielle concurrents de Gemini – activation vocale, dialogue avec les applications installées –, sous un délai d’un an. La seconde impose le partage des données de classement de Google Search avec les moteurs de recherche concurrents d’ici à janvier 2027.
La mécanique mérite d’être regardée de près. L’accès aux données de recherche sera réservé aux services remplissant des critères d’éligibilité définis avec Google, limité aux requêtes de moins de 65 caractères, encadré par des obligations d’anonymisation – et payant : les concurrents rémunéreront Google pour l’usage de ses données. Côté Android, c’est Google qui établira les critères déterminant quelles IA accèdent à ses fonctionnalités. À chaque étage, l’infrastructure, les conditions techniques et une partie des règles d’accès restent entre les mains du régulé.
Cela va-t-il dans le sens d’une souveraineté numérique européenne ? La réponse tient à ce qu’on met sous ce mot. Si la souveraineté est la capacité de fixer des règles opposables aux acteurs dominants, oui : la Commission démontre qu’elle peut contraindre Google, et Ecosia comme Qwant y voient une « avancée historique ». Si la souveraineté est la capacité de fonctionner sans dépendre d’infrastructures que l’on ne contrôle pas, non : aucune de ces décisions ne crée un moteur de recherche, un système d’exploitation ou un modèle d’IA européens. Elles organisent un accès encadré et tarifé aux actifs d’un acteur américain, dont chaque concurrent qui s’en saisira dépendra durablement – pour ses données comme pour la stabilité du cadre réglementaire qui lui ouvre la porte. La dépendance n’est pas réduite ; elle est redistribuée et administrée.
Pour la Confédération, qui n’est ni le régulateur ni le régulé, la conclusion est directe. Berne invoque régulièrement la souveraineté numérique ; or le pays tourne sous Android et Google Search comme ses voisins, sans même disposer du levier réglementaire bruxellois. La voie qui modifie le plus directement l’équation est celle des capacités propres – infrastructures, données hébergées sous droit suisse, modèles comme l’Apertus lancé par les EPF en septembre 2025. Le reste, réglementation comprise, aménage la dépendance sans la lever.