vendredi 17 juillet 2026
Les Observateurs
Menu
En direct
Brèves

DMA : ce que Bruxelles impose à Google – et ce que cela change pour la souveraineté numérique

Les Observateurs (la rédaction)
3 min de lecture

Jeu­di 9 juillet, la Com­mis­sion euro­péenne a adop­té deux déci­sions de spé­ci­fi­ca­tion au titre du Digi­tal Mar­kets Act pour pré­ci­ser com­ment Google doit se confor­mer à ses obli­ga­tions de contrô­leur d’ac­cès. La pre­mière impose l’ou­ver­ture de onze fonc­tion­na­li­tés d’An­droid aux assis­tants d’in­tel­li­gence arti­fi­cielle concur­rents de Gemi­ni – acti­va­tion vocale, dia­logue avec les appli­ca­tions ins­tal­lées –, sous un délai d’un an. La seconde impose le par­tage des don­nées de clas­se­ment de Google Search avec les moteurs de recherche concur­rents d’i­ci à jan­vier 2027.

La méca­nique mérite d’être regar­dée de près. L’ac­cès aux don­nées de recherche sera réser­vé aux ser­vices rem­plis­sant des cri­tères d’é­li­gi­bi­li­té défi­nis avec Google, limi­té aux requêtes de moins de 65 carac­tères, enca­dré par des obli­ga­tions d’a­no­ny­mi­sa­tion – et payant : les concur­rents rému­né­re­ront Google pour l’u­sage de ses don­nées. Côté Android, c’est Google qui éta­bli­ra les cri­tères déter­mi­nant quelles IA accèdent à ses fonc­tion­na­li­tés. À chaque étage, l’in­fra­struc­ture, les condi­tions tech­niques et une par­tie des règles d’ac­cès res­tent entre les mains du régu­lé.

Cela va-t-il dans le sens d’une sou­ve­rai­ne­té numé­rique euro­péenne ? La réponse tient à ce qu’on met sous ce mot. Si la sou­ve­rai­ne­té est la capa­ci­té de fixer des règles oppo­sables aux acteurs domi­nants, oui : la Com­mis­sion démontre qu’elle peut contraindre Google, et Eco­sia comme Qwant y voient une « avan­cée his­to­rique ». Si la sou­ve­rai­ne­té est la capa­ci­té de fonc­tion­ner sans dépendre d’in­fra­struc­tures que l’on ne contrôle pas, non : aucune de ces déci­sions ne crée un moteur de recherche, un sys­tème d’ex­ploi­ta­tion ou un modèle d’IA euro­péens. Elles orga­nisent un accès enca­dré et tari­fé aux actifs d’un acteur amé­ri­cain, dont chaque concur­rent qui s’en sai­si­ra dépen­dra dura­ble­ment – pour ses don­nées comme pour la sta­bi­li­té du cadre régle­men­taire qui lui ouvre la porte. La dépen­dance n’est pas réduite ; elle est redis­tri­buée et admi­nis­trée.

Pour la Confé­dé­ra­tion, qui n’est ni le régu­la­teur ni le régu­lé, la conclu­sion est directe. Berne invoque régu­liè­re­ment la sou­ve­rai­ne­té numé­rique ; or le pays tourne sous Android et Google Search comme ses voi­sins, sans même dis­po­ser du levier régle­men­taire bruxel­lois. La voie qui modi­fie le plus direc­te­ment l’é­qua­tion est celle des capa­ci­tés propres – infra­struc­tures, don­nées héber­gées sous droit suisse, modèles comme l’Aper­tus lan­cé par les EPF en sep­tembre 2025. Le reste, régle­men­ta­tion com­prise, amé­nage la dépen­dance sans la lever.

Les Observateurs (la rédaction)
Les Observateurs (la rédaction)

La rédaction des Observateurs propose des analyses et des synthèses sur les grands enjeux politiques, sociétaux et culturels. Elle privilégie les articles de fond, les mises en perspective et une lecture critique de l’actualité.

Voir tous ses articles →
La Lettre des Observateurs

Chaque semaine, l’essentiel de l’actualité directement dans votre boîte mail.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *.

Nous encourageons les commentaires argumentés, documentés et respectueux. Les messages dont l'unique objet est la provocation, l'invective, le règlement de comptes ou la répétition de slogans sans lien avec le sujet traité pourront être modérés afin de préserver la qualité des échanges.