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Qu’est-ce que « 10 % » ? L’entretien avec Colin Walks que Le Temps n’aura pas eu

Cible d'un long portrait au vitriol du quotidien Le Temps, qui l'accuse de nouer des « liaisons dangereuses » avec l'UDC, Colin Walks sort du silence. Le fondateur de "10 %" se livre sur le combat culturel, son positionnement identitaire et ses réseaux, sans esquiver les sujets de l'immigration, de la démographie et de l'avenir de la démocratie directe en Suisse.

Dimitri Fontana
17 juillet 2026
8 min de lecture

Accu­sé par le quo­ti­dien Le Temps de tis­ser des « liai­sons dan­ge­reuses » entre l’UDC et la mou­vance iden­ti­taire euro­péenne, Colin Walks, le fon­da­teur du mou­ve­ment “10 %”, a choi­si de ne pas offrir sa parole à un tri­bu­nal média­tique qu’il récuse. Face à ce qu’il qua­li­fie de ten­ta­tive de dia­bo­li­sa­tion et de « jour­na­lisme de déla­tion », il a oppo­sé un silence caté­go­rique aux sol­li­ci­ta­tions du quo­ti­dien romand.

C’est pour­tant pour sor­tir de ce silence et livrer le fond de sa pen­sée que Colin Walks a accep­té de répondre à nos ques­tions. De ses ori­gines fran­çaises à son ins­tal­la­tion en Suisse, de ses réseaux à ses convic­tions pro­fondes sur l’im­mi­gra­tion, la démo­gra­phie et l’a­ve­nir de la démo­cra­tie directe, il nous a livré un entre­tien sans détour pour décryp­ter de l’in­té­rieur un mou­ve­ment qui bous­cule les codes et fait désor­mais cou­ler beau­coup d’encre.

« Chez nous, pas de nazis, pas de racistes, pas de fachos, que des arti­sans, des ouvriers, des pay­sans, des chas­seurs, des mon­ta­gnards… en somme : le bas peuple. »

Entretien

Pou­vez-vous tout d’a­bord vous pré­sen­ter ? Vous êtes fran­çais, ins­tal­lé en Suisse depuis plu­sieurs années. Com­ment en êtes-vous arri­vé à incar­ner le dis­cours iden­ti­taire en Suisse romande ?

Je n’ai rien cal­cu­lé, c’est arri­vé le jour de la mort de Jean-Marie Le Pen, une des rares figures poli­tiques que j’ai tou­jours res­pec­tées. Lors de sa mort, des mil­liers de gau­chistes avaient alors embra­sé les rues des villes fran­çaises pour « fêter » sa dis­pa­ri­tion (96 ans quand même, le men­hir était un vrai men­hir). Depuis ce jour, je dis tout haut ce que beau­coup pensent tout bas sur les réseaux sociaux dans l’espoir de nor­ma­li­ser notre pen­sée : nous sommes 10 % de Blancs dans le monde, nous sommes la mino­ri­té.

Il n’y a rien de mal à dire cela, au contraire ; comme les pan­das, nous devons pré­ser­ver cette civi­li­sa­tion qui se meurt à cause de la pro­pa­gande mon­dia­liste. À noter qu’en 1900, il y avait 36 % de Blancs, un tiers de la pla­nète donc.

Quant à la Suisse, j’y vis depuis huit ans, il est tota­le­ment nor­mal que je la défende, sur­tout en ayant vécu l’enfer com­mu­niste fran­çais et en voyant s’approcher ce mal qui com­mence, bien mal­heu­reu­se­ment, à ron­ger le pays de la raclette.

“10 %” se pré­sente jus­te­ment comme un mou­ve­ment iden­ti­taire qui est un mot mal com­pris, sou­vent cari­ca­tu­ré. Qu’entendez-vous par là ? Et “10 %” est-il un mou­ve­ment poli­tique, une struc­ture mili­tante, un réseau cultu­rel, un média d’influence, ou tout cela à la fois ?

L’identité, c’est l’origine ; n’avons-nous pas le droit de défendre notre ori­gine ? Qui plus est, c’est ce qui forme un pays : l’identité eth­nique, cultu­relle, reli­gieuse. À cela s’ajoutent les tra­di­tions, les mœurs, les cou­tumes. Nous ne sommes ni plus ni moins que les repré­sen­tants de la Suisse libre, d’antan.

Nous ne sommes pas un par­ti poli­tique, car aucun par­ti poli­tique ne défend l’identité. En revanche, nous pous­sons très sou­vent dans le sens de l’UDC, qui est l’un des rares par­tis à se battre contre l’UE et pour le ter­roir.

Nous sommes un mou­ve­ment iden­ti­taire, com­mu­nau­taire, qui vise à recréer une soli­da­ri­té, des bon­jours dans la rue, du res­pect, la défense de notre héri­tage com­mun : le chris­tia­nisme.

La Suisse est, de longue date, un pays com­po­sé de plu­sieurs langues, de plu­sieurs confes­sions et de fortes iden­ti­tés can­to­nales. Qu’est-ce qui fait, mal­gré cette diver­si­té interne, qu’elle reste selon vous une nation iden­ti­fiable ?

De plu­sieurs langues, oui. Mais de des­cen­dance celte, ger­ma­nique et romaine. Comme toute l’Europe occi­den­tale. Elle a donc une iden­ti­té bien simi­laire aux autres pays du conti­nent en réa­li­té. L’écart creu­sé au sein de notre civi­li­sa­tion n’est dû qu’aux diver­gences « reli­gieuses », au mar­xisme et à l’immigration en fin de compte. La Suisse est chré­tienne. Elle est iden­ti­fiable grâce à ce que j’ai dit avant : son eth­nie, sa culture, sa reli­gion (unique à la base), ses tra­di­tions, ses mœurs et ses cou­tumes.

Le Temps, sous la plume du jour­na­liste Kylian Mar­cos, vous a consa­cré un long por­trait, mais vous avez choi­si de ne pas répondre à ses ques­tions. Pour­quoi ce refus ?

Parce que je ne donne plus de cré­dit aux jour­na­lopes gau­chistes. Pour eux, nous sommes des enne­mis à abattre.

L’article du Temps insiste lon­gue­ment sur vos fré­quen­ta­tions, vos ren­contres, vos pho­tos, vos proxi­mi­tés mili­tantes. Et en fili­grane, on a le sen­ti­ment que le véri­table sujet de l’article n’est pas seule­ment “10 %”, mais l’UDC, que Le Temps semble vou­loir mettre en dif­fi­cul­té en l’associant à des figures ou mou­ve­ments répu­tés (par Le Temps) “infré­quen­tables”. Voyez-vous là un tra­vail d’enquête légi­time, ou une méthode de culpa­bi­li­té par asso­cia­tion ? À par­tir de quand une rela­tion poli­tique devient-elle, selon vous, une com­pro­mis­sion ?

Évi­dem­ment, c’est exac­te­ment cette lec­ture qu’il faut avoir et que l’on constate sans trop for­cer.

Toutes les lignes de cet article sont cal­cu­lées pour créer l’idée que la droite est frac­tu­rée. Qu’elle est désor­don­née. Ça marche très bien pour mon­sieur tout le monde, mais la plu­part des gens, aujourd’hui, ne sont plus dupes.

Pour la rela­tion poli­tique, elle devient une com­pro­mis­sion à par­tir du moment où l’on renie ses convic­tions, sim­ple­ment : l’idée est de créer des frac­tures au sein du camp conser­va­teur.

Ce qu’ils n’ont pas com­pris, c’est que si 10% doit ser­vir de bou­clier “d’extrême giga méga droite du bruit des bottes”, cela ne nous gêne pas, tant que ça aide l’UDC. J’ai de très bons rap­ports avec bon nombre d’élus de l’UDC.

Le Temps n'en est pas à son coup d'essai. Dans un autre article de janvier 2026 sous la plume de Lorène Mesot, l'angle est le même : "mettre l'UDC dans l'embarras". Capture d'écran letemps.ch
Le Temps n’en est pas à son coup d’es­sai. Dans un autre article de jan­vier 2026 sous la plume de Lorène Mesot, l’angle est le même : “mettre l’UDC dans l’embarras”. Cap­ture d’é­cran letemps.ch

L’initiative “Pas de Suisse à 10 mil­lions” a été l’un des grands moments récents du débat sur l’immigration. Selon vous, qu’a révé­lé cette cam­pagne sur l’état du pays ?

Elle a révé­lé que les médias contrôlent bel et bien l’opinion publique. Tout comme la vota­tion sur les « mino­ri­tés » LGBT en 2020 pour l’article 261bis : 63 %. Pour créer une arme redou­table contre les droi­tards pour un simple regard, une simple blague. Sans par­ler, plus récem­ment, des 62 % de votants qui ont sou­te­nu la rede­vance SSR à 335 francs alors que ce média, sub­ven­tion­né à hau­teur de 1,6 mil­liard par an, ne risque pas de mou­rir. Il nous tue, en revanche. Mais ne per­dons pas espoir, les temps durs sont en train de créer bon nombre d’hommes forts. Des gens prennent de plus en plus la parole sur les réseaux sociaux, des mou­ve­ments iden­ti­taires naissent en masse.

Le débat suisse per­met-il encore de par­ler fran­che­ment d’immigration, d’islam, de démo­gra­phie ou de pré­fé­rence natio­nale ? Ou esti­mez-vous que cer­tains sujets sont ver­rouillés par la peur média­tique, judi­ciaire et poli­tique, notam­ment autour de l’article 261bis du Code pénal ?

De moins en moins et, à la fois, de plus en plus. À mesure que la cen­sure avance, des voix s’élèvent en oppo­si­tion pour la dénon­cer. La nuance se raré­fie, la frac­ture s’intensifie. Les conser­va­teurs sont de plus en plus tenaces, donc forts. Mal­gré les pro­cès, mal­gré les menaces, mal­gré les agres­sions. Il faut impé­ra­ti­ve­ment réveiller tout le monde avant que la démo­gra­phie n’ait com­plè­te­ment chan­gé. Car à ce moment-là, la Suisse ne sera plus la Suisse, car son peuple de souche sera mino­ri­taire. Cela crée­ra des enclaves « résis­tantes » de Suisses qui refusent de mou­rir, sta­tis­ti­que­ment par­lant. Cer­tains seront donc cata­lo­gués comme « ter­ro­ristes idéo­lo­giques » dans leur propre pays. Je refuse qu’on en arrive là, c’est pour­quoi nous tra­vaillons dur et avec urgence.

Au fond, quel est selon vous le choix auquel la Suisse est confron­tée dans les pro­chaines années ? S’agit-il seule­ment de mieux contrô­ler l’immigration, ou d’un enjeu plus pro­fond : pré­ser­ver une conti­nui­té his­to­rique, cultu­relle et démo­gra­phique dans un pays sou­mis à des trans­for­ma­tions rapides ?

Il reste une arme redou­table qui sur­vit à l’UE : la démo­cra­tie directe. L’an pro­chain, les bila­té­rales III arri­ve­ront sur la table ; avec elles, le « juge­ment der­nier » : la Suisse ne déci­de­ra plus de rien. Ce sera une catas­trophe. Pour l’heure, le choix est simple : se réveiller ou mou­rir. Nous refu­sons de mou­rir, nous avons tou­jours espoir, nous devons nous battre jusqu’au bout.

Dans cette pers­pec­tive, quel rôle “10 %” veut-il jouer ? Un aiguillon pour la droite ins­ti­tu­tion­nelle, une force de for­ma­tion pour une nou­velle géné­ra­tion mili­tante, un mou­ve­ment cultu­rel, ou le point de départ d’une recom­po­si­tion plus large ? Et dans cinq ans, à quoi juge­rez-vous que vous avez réus­si ?

10 %, c’est sim­ple­ment la vraie mino­ri­té qui refuse de mou­rir. Chez nous, pas de nazis, pas de racistes, pas de fachos, que des arti­sans, des ouvriers, des pay­sans, des chas­seurs, des mon­ta­gnards… en somme : le bas peuple. Nous vou­lons ras­sem­bler, moti­ver, aider. Dans cinq ans, si nous sommes des cen­taines, nous aurons for­cé­ment un impact sur la poli­tique. Nous dépla­ce­rons alors la fenêtre d’O­ver­ton : notre dis­cours sera lar­ge­ment répan­du, de plus en plus nor­ma­li­sé. Nous ne serons plus caté­go­ri­sés comme “fas­cistes”, nous serons sim­ple­ment un cri du cœur par­fai­te­ment en adé­qua­tion avec la Suisse libre… et forte.

Pro­pos recueillis par Dimi­tri Fon­ta­na

Dimitri Fontana
Dimitri Fontana

Dimitri Fontana est un observateur des grands enjeux contemporains. Il s’intéresse particulièrement aux questions de société, aux mutations politiques européennes et aux dynamiques géopolitiques à l’œuvre en Europe de l’Est. Ses travaux portent sur les rapports de force culturels, identitaires et stratégiques qui traversent le continent.

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