Armurerie Dayer à Sion : un cambriolage à l’explosif déclenche une vaste opération policière
Le cambriolage spectaculaire de l’armurerie Dayer Armes, à Sion, jeudi matin, s’est soldé par cinq interpellations et la récupération de l’intégralité du butin. L’affaire, qui a mobilisé d’importants moyens dans tout le Valais, a pris une dimension nationale : c’est désormais l’Office fédéral de la police (fedpol) qui coordonne l’enquête.
Quatre Français et un Portugais
Tout commence peu après 5h30, lorsque la police cantonale valaisanne est alertée d’une effraction route de la Drague. Les malfaiteurs ont fait sauter la porte principale, vraisemblablement à l’aide d’explosifs, avant de s’emparer d’une cinquantaine d’armes − fusils d’assaut, pistolets et pièces de collection − et de filer à bord d’un véhicule immatriculé en France. Le tout en moins de trois minutes, selon le propriétaire Éric Goffin.
S’engage alors une vaste traque, menée par la police cantonale avec le renfort de la police régionale des villes du centre, de l’Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières, et de la police municipale de Martigny. Repérés rapidement, les fuyards mettent le cap sur le Bas-Valais et forcent un barrage avant que leur véhicule ne soit finalement stoppé dans la région de Martigny. Deux occupants sont aussitôt arrêtés ; les trois autres tentent de s’enfuir à pied, une partie du butin sous le bras, mais sont rattrapés peu après.
Les suspects sont quatre Français et un Portugais, âgés de 17 à 24 ans. Tous ont été placés en détention provisoire.
Compte tenu de l’ampleur de l’affaire, le Ministère public de la Confédération et le Tribunal des mineurs valaisan ont ouvert une instruction. Fedpol pilote désormais les investigations, épaulé par une cellule d’enquête commune réunissant l’office fédéral et les polices cantonales, afin d’établir d’éventuels liens avec des cas similaires. Les personnes interpellées bénéficient de la présomption d’innocence.
Un commerce régulièrement visé
Éric Goffin, qui affirme respecter les normes de sécurité en vigueur, ne décolère pas. Il pointe une justice trop laxiste et des contrôles frontaliers insuffisants, qu’il juge responsables de la recrudescence des attaques contre les armureries. « Une attaque à l’explosif, c’est carrément du terrorisme ! Ce sera quoi la prochaine fois ? », s’emporte-t-il auprès du Nouvelliste.
Son exaspération est d’autant plus vive que son enseigne est une cible récurrente. En octobre 2025, deux jeunes hommes − un Belge et un Congolais de 18 et 19 ans − avaient lancé une voiture volée contre la devanture pour dérober quelque 6000 francs de marchandise, avant d’être rapidement interpellés. Le commerce avait déjà été cambriolé en mai 2021, des malfaiteurs étant alors parvenus à s’enfuir vers la France avec plusieurs dizaines d’armes.
La Suisse semble se muer en terre de razzias à l’image de la France, où des bandes organisées mènent désormais régulièrement des incursions éclair pour saccager, piller et voler, avant de repasser la frontière. Les armureries, les distributeurs de billets et les particuliers deviennent les cibles d’une criminalité mobile et de plus en plus violente, qui met à l’épreuve la réputation de sécurité du pays.