Arrivé à l’aéroport de Tel-Aviv, le socialiste et poète Sylvain Thévoz s’engage dans la file d’attente et plonge dans une profonde méditation. Doit-il avouer aux douaniers qu’après Israël, il se rendra à Ramallah où il est invité?
« Ce pourrait être une mauvais réponse que de dire la vérité », songe-t-il, surtout à ce « pouvoir discrétionnaire »… Dans la foulée, son esprit divague sur divers forfaits des démocraties, dont Israël.
Manque de chance : l’attente ne dure qu’une heure. Il ne parle pas de Ramallah à la souriante douanière aux yeux verts, et obtient son visa en 3 minutes.
Cette rapidité inattendue n’a pas permis au poète de poursuivre sa méditation, mais il a suggéré la mienne. Et je me demande: « Quelles questions poserais-je à mes hôtes de Ramallah si j'étais moi aussi invitée? »
Leur demanderai-je par exemple quel genre d’Etat ils souhaitent? Est-ce bien une théocratie et qui plus est une théocratie proche de celle des Talibans?
Que deviendront les femmes dans cet Etat alors qu’aujourd’hui déjà, Mahmoud Abbas, conformément à la charia, refuse de durcir les lois qui condamnent les auteurs de crimes d’honneur à quelques mois de prison? Une peine si légère qu’elle incite des meurtriers à faire passer leur forfait (assassinat d’une fille ou femme pour des raisons financières par exemple) pour un crime d'honneur.
A Gaza, l’entreprise d’enfermement vestimentaire et de suppression des droits est déjà bien avancée. Qu’en pensent les artistes de là-bas?
Leur avouerai-je mon haut-le-coeur lorsque je vois leur population (eux-mêmes peut-être?) célébrer des militants aux mains couvertes de sang par des attentats aveugles? Et d’entendre la famille des assassins d’un couple d'Israélien et ses trois enfants (11 ans, 4 ans et 4 mois) s’enthousiasmer à la TV palestinienne de cet acte d'héroïsme?
Leur demanderai-je comment ils ressentent la corruption endémique de leurs autorités alors que l’économie va à vau-l’eau? Le dernier rapport (il devait rester secret) émane de la Cour des comptes de l’Union européenne. Les auteurs se demandent où sont passés 2,3 milliards d’euros transférés de Bruxelles en Judée-Samarie entre 2008 et 2012.
Irai-je jusqu’à demander à mes collègues comment il est concevable de mener des négociations de paix en compagnie des Frères musulmans du Hamas, alors qu’ils ont toujours affirmé que pas un pouce de terre ne doit revenir à Israël ? Et qu’ils fondent leurs actions sur une charte théocratique et abjecte?
Je les interrogerais sur le "mur de séparation": qu'auraient-ils fait à la place d'Israël pour mettre fin aux attentats sans fin qui ensanglantaient les civils israéliens?
Enfin, pourquoi ne pas inviter mes hôtes à un débat de fond: j’avais toujours cru que le sionisme était le «retour à Sion» des juifs selon le mouvement de Herzl.Les juifs ont leur Etat. Que désirent faire d’Israël ces armées d’Occidentaux qui se disent «antisionistes»? Pourquoi ce mot est-il devenu une insulte qui fait frémir ceux qui en sont l’objet?
Plus délicat encore: je pourrais leur demander comment Israël peut «coloniser» un pays qui n’a jamais existé? Une région divisée en districts par les occupants Ottomans, puis dessinée par les occupants Britanniques qui en ont pris la plus grande partie pour créer la Jordanie arabe (à majorité palestinienne). L'ONU a proposé deux petits États sur la superficie restante, l'un arabe et l’autre juif.Qu'est-ce qui était si insupportable pour les Arabes musulmans dans la création d'un minuscule Etat juif qui se portait garant du respect des autres religions?
Je les interrogerais: était-il rationnel d’avoir refusé cette partition par le biais de trois guerres pour demander ensuite qu’on leur accorde le pays qu'ils ont obstinément refusé?
Et je prendrais bien quelques leçons de communication afin de comprendre comment les descendants des Arabes palestiniens sont en train de gagner la quatrième guerre, médiatique et politique.
Enfin, lors de mon retour, pour une attente peut-être un peu plus longue à l’aéroport, je me réserverais cette question: comment ma petite Suisse réagirait-elle si tous les Etats qui l’entourent la haïssaient, rêvaient de la rayer de la carte,de même qu’un peuple islamiste niché au cœur de sa terre?
La suite du feuilleton, où le poète poursuit sa fructueuse méditation sur les pailles israéliennes en oubliant les poutres palestiniennes nous indiquera ce que le poète a voulu savoir.
Mireille Valette

Et vous, qu'en pensez vous ?