Au lendemain de l’attaque islamiste de Winterthour, les questions se multiplient autour de la personnalité de l’auteur, Nesip Dedeler. Interrogé par 20 Minutes, le sociologue des religions Johannes Saal révèle plusieurs éléments préoccupants quant au profil psychologique de ces jihadistes et déconstruit certains mythes. Analyse.
La fin du mythe du « loup solitaire »
« Chez la plupart des personnes qui se radicalisent dans le djihadisme, l’environnement personnel joue un rôle majeur », explique Johannes Saal. En effet, beaucoup d’islamistes ne se radicalisent pas seuls. Ils évoluent dans un cercle social, familial, religieux, au sein d’une communauté.
Celui qui passe à l’acte n’est pas isolé : il évolue dans un milieu qui, bien souvent, le comprend, l’accepte, et parfois même l’approuve. Des terroristes de Molenbeek en Belgique à ceux de Lunel dans le sud de la France, en passant par des familles entières parties rejoindre l’État islamique, les exemples ne manquent pas.
À Winterthour aussi, Nesip Dedeler n’était pas un individu radicalisé isolé. Il fréquentait la mosquée An’Nur, fermée en 2017 après plusieurs affaires liées au djihadisme.
Internet : un outil de radicalisation surestimé
Dans le même esprit, Johannes Saal estime que « l’influence [des réseaux sociaux] est certainement quelque peu surestimée. Les réseaux sociaux jouent indéniablement un rôle important, mais la radicalisation d’une personne ne se limite pas à Internet ».
Là encore, le sociologue insiste sur les lieux physiques de rencontre et de la sphère privée.
La déradicalisation : un mythe ?
Particulièrement préoccupant, Johannes Saal porte un regard critique sur les processus de déradicalisation.
« Il est extrêmement difficile de déradicaliser une personne. (...) Les données suggèrent que la plupart des personnes ne parviennent pas à se déradicaliser durablement. (...) Dans le cadre d’un programme de déradicalisation, il devient alors difficile d’évaluer correctement une personne. »
En déconstruisant ainsi le mythe selon lequel on pourrait « sauver » ces islamistes, les arracher aux mains du mal pour les faire revenir dans la société, l’analyse du sociologue soulève une question qui devrait être sur toutes les lèvres : comment protéger la Suisse ?
Puisque la déradicalisation ne fonctionne généralement pas et que, selon Johannes Saal, « en Suisse, des personnes ont des contacts à l’étranger et des réseaux radicaux opèrent au-delà des frontières », la solution passe inévitablement par un contrôle de nos frontières et l'expulsion de ceux qui représentent une menace pour la sécurité et la vie de nos compatriotes.

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