dimanche 23 août 2026
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Suisse–États-Unis : Trump remet une pièce dans la machine à menaces

Donald Trump menace la Suisse au nom du différentiel de taux d’intérêt entre Washington et Berne. Des intimidations presque habituelles, sauf que le même jour, Berne annonçait avec Pékin un accord ouvrant davantage le marché chinois aux exportations helvétiques.

Les Observateurs (la rédaction)
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Donald Trump s’en est à nouveau pris à la Suisse le 20 août à Washington. Le président a comparé le coût du crédit aux États-Unis aux faibles taux d’intérêt helvétiques avant d’affirmer qu’il disposait du « droit absolu » de couper tout commerce avec la Confédération. Sans les affaires américaines, a-t-il ajouté, la Suisse aurait « des problèmes » et ferait partie d’une soixantaine de pays qui « vivent des États-Unis ».

La formule a déjà servi. Le 6 août dernier, Trump expliquait à Punchbowl News qu’il pouvait effacer le déficit commercial avec la Suisse en cessant notamment d’acheter ses montres. Le pays passerait alors du rang d’« élite » à celui de pays « très en difficulté ». « Heureusement, je suis quelqu’un de gentil », concluait-il.

La plaisanterie a de quoi faire grincer des dents à Berne. En août 2025, Washington avait frappé une grande partie des marchandises suisses d’une surtaxe de 39 %. Trois mois plus tard, le taux retombait à 15 %, après plusieurs concessions suisses. Depuis le 24 juillet 2026, les marchandises helvétiques sont, sauf exemptions, soumises à de nouvelles taxes américaines, tandis que les discussions sur un accord durable continuent.

Trump aime présenter le déficit américain sur les marchandises comme une sorte de rente offerte à Berne, une image qui résiste mal à l’analyse : les États-Unis dégagent aussi un important excédent dans les services, tandis que la Suisse figure parmi les principaux investisseurs étrangers outre-Atlantique et que ses entreprises y soutiennent près de 400 000 emplois.

Le procédé rappelle la « théorie du fou » : convaincre l’adversaire que leur interlocuteur est imprévisible et qu’une menace excessive peut réellement être exécutée afin de l’inciter à céder. Trump avait lui-même donné le mode d’emploi dès son premier mandat en demandant à ses négociateurs de le présenter aux Sud-Coréens comme suffisamment « fou » pour quitter leur accord commercial.

La Suisse est donc loin d’être la seule à subir les foucades plus ou moins calculées de l’hôte de la Maison-Blanche. En mars 2026, Trump avait menacé de rompre tous les échanges avec l’Espagne, cette fois dans un conflit portant sur la défense et l’utilisation de bases espagnoles. Trump n’hésite en effet pas à utiliser sa technique de négociation commerciale dans le champ politique.

Reste un hasard de calendrier assez savoureux. Le 20 août, Berne et Pékin annonçaient ainsi avoir achevé les négociations pour moderniser leur accord de libre-échange. À terme, 99,8 % des exportations suisses actuelles couvertes devraient pouvoir entrer en Chine sans droits de douane. Coïncidence ou message implicite de Trump, impossible de trancher, mais pour une stratégie fondée sur l’imprévisibilité, le calendrier de Trump semble réglé comme un coucou suisse.

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