Pas de Suisse à 10 millions. Christoph Blocher : « Il en vient trop et les mauvais ! »
Dans un entretien accordé au SonntagsBlick, Christoph Blocher met en garde contre un rapprochement accru avec l’Union européenne et contre la perspective d’une « Suisse à 10 millions d’habitants ».
Dans un entretien accordé au SonntagsBlick, Christoph Blocher met en garde contre un rapprochement accru avec l’Union européenne et contre la perspective d’une « Suisse à 10 millions d’habitants ». L’ancien conseiller fédéral juge les accords actuellement envisagés « encore plus pourris que l’accord sur l’EEE » de 1992 et évoque un conflit d’intérêts profond entre la « classe politique » et la population.
Sur la question migratoire, Blocher cible directement la libre circulation des personnes. « Il en vient trop et les mauvais », affirme-t-il. Selon lui, l’immigration en tant que telle n’est pas en cause, mais bien « l’immigration excessive », qu’il associe à un « stress de densité », à une hausse des coûts, à des tensions dans le système scolaire ainsi qu’à une pression accrue sur les infrastructures et l’État social. À terme, la Suisse risquerait d’y perdre « prospérité, liberté et sécurité ». L’initiative contre une « Suisse à 10 millions d’habitants » vise, dans cette optique, à contraindre le Conseil fédéral à reprendre le contrôle des flux migratoires, les modalités concrètes devant ensuite être définies par le gouvernement.
L’ancien dirigeant de l’UDC s’en prend également frontalement au Conseil fédéral et aux défenseurs des nouveaux accords avec l’UE. Il qualifie l’expression « Bilatérales III » de « langage d’escrocs », estimant qu’elle masque en réalité une intégration institutionnelle renforcée. Il critique en particulier la reprise dynamique du droit européen et les mécanismes de sanctions en cas de différend, qui reviendraient, selon lui, à soumettre le droit suisse à la Cour de justice de l’Union européenne. Dans ce schéma, « les politiciens seraient renforcés, les citoyens affaiblis ».
Pour Blocher, les enjeux liés à l’immigration, à la neutralité et aux relations avec l’UE sont indissociables. Tous renvoient, selon lui, à une même question centrale : celle de l’indépendance du pays. Il estime par ailleurs que l’opposition aux projets européens est aujourd’hui plus large qu’en 1992, évoquant l’émergence de nouvelles structures comme Autonomiesuisse ainsi que l’engagement de figures issues de l’économie et des classes moyennes.
Enfin, Blocher s’en prend à l’industrie pharmaceutique, dans un contexte de discussions sur les prix des médicaments et de pressions possibles des États-Unis sous Donald Trump. Il rejette toute hausse administrée des prix au bénéfice des groupes bâlois et plaide au contraire pour une libéralisation complète. « Je trouve absurde que les Suisses doivent payer plus cher leurs médicaments pour que la chimie bâloise bénéficie de meilleures conditions aux États-Unis », déclare-t-il.
À 85 ans, Christoph Blocher laisse entendre que le combat autour des relations avec l’Union européenne pourrait constituer son ultime grande bataille politique. « Je l’espère », conclut-il.