lundi 15 juin 2026
LesObservateurs.ch
Menu
En direct
Politique

La vérité sur les COP. Trente ans d’illusions, de Samuel Furfari

Francis Richard
17 février 2026
6 min de lecture

Les COP ? Il s’a­git des Confe­rence of the Par­ties orga­ni­sées de 1995 à 2025 (celle de 2020 a été repor­tée en 2021), tra­duites en fran­çais par confé­rences des par­ties :

[Elles] sont le fruit d’un pro­ces­sus diplo­ma­tique com­plexe, mobi­li­sant des mil­liers d’ex­perts, de diplo­mates et de déci­deurs publics.

La vérité sur les COP

Dans ce livre, dont le sous-titre est élo­quent : Trente ans d’illu­sions, Samuel Fur­fa­ri, qui a fait par­tie pen­dant trente-six ans de la direc­tion géné­rale de l’éner­gie de la Com­mis­sion euro­péenne, dit la véri­té sur les COP.

Qu’est-ce à dire ?

Ce livre ne traite ni de la science du cli­mat 1 ni des rap­ports du GIEC. Il ne pré­tend pas dres­ser un inven­taire exhaus­tif de toutes les confé­rences des par­ties (COP) sur le cli­mat. […] Seules les COP ayant pro­duit des résul­tats tan­gibles ou pour les­quelles l’au­teur a des anec­dotes per­son­nelles ont rete­nu son atten­tion.

Le sujet était déjà suf­fi­sam­ment vaste pour ne pas éga­rer le lec­teur dans le détail d’é­vé­ne­ments dont l’im­pact est res­té limi­té.

Ce livre est pré­fa­cé par Car­lo Ripa di Mea­na (1929 – 2018), qui a occu­pé le por­te­feuille de l’en­vi­ron­ne­ment à la Com­mis­sion euro­péenne de 1985 à 1992. Il ne l’au­ra donc pas vu publié. Dans cette pré­face, bien qu’é­co­lo, il avoue s’être trom­pé. Il écrit notam­ment :

Je ne crois plus au dogme du réchauf­fe­ment cli­ma­tique cau­sé par l’homme et, par consé­quent, je ne crois plus à l’o­ri­gine anthro­pique de l’ef­fet de serre…

Ce sera la seule allu­sion du livre à la science du cli­mat…

Les cop qui ont retenu l’attention de l’auteur

Les COP trouvent leurs ori­gines :

  • dans une idéo­lo­gie, celle du Club de Rome (fon­dé en 1978), selon laquelle il faut repen­ser la crois­sance éco­no­mique, voire la conte­nir au nom de la pré­ser­va­tion de la pla­nète.
  • dans la gou­ver­nance mon­diale des Nations unies, fai­sant de l’en­vi­ron­ne­ment un enjeu, avec la confé­rence de Stock­holm en 1972, puis le som­met de la Terre à Rio en 1992.

L’au­teur sou­ligne le rôle des ONG éco­lo­gistes dans le pro­ces­sus : elles fabriquent les normes, puis les imposent, don­nant à des textes non contrai­gnants une por­tée qua­si légale grâce à leur acti­va­tion par les tri­bu­naux ou les ins­ti­tu­tions euro­péennes.

Les COP ont pour objec­tif de réduire les émis­sions de gaz à effet de serre. Celles qui retiennent plus par­ti­cu­liè­re­ment l’at­ten­tion de l’au­teur sont :

  • La COP3 à Kyo­to, en 1997, où seuls sont chif­frés les objec­tifs de réduc­tion des émis­sions de CO2 pour les pays indus­tria­li­sés, à l’ex­cep­tion des États-Unis, pour la période 2008 – 2012, objec­tifs qui seront atteints par l’UE… grâce, en 2004, à l’en­trée de nou­veaux membres de l’Eu­rope cen­trale et orien­tale, et, en 2008, à la crise des sub­primes.
  • La COP6 à La Haye, en 2000, dont l’é­chec se tra­duit par une COP 6bis à Bonn, aux termes de laquelle les États peuvent rem­plir une par­tie de leurs obli­ga­tions par des actions menées à l’é­tran­ger
  • La COP15 à Copen­hague, en 2009, où un consen­sus n’est pas trou­vé, faute d’a­voir su prendre en compte les réa­li­tés éco­no­miques et géo­po­li­tiques.
  • La COP19 à Var­so­vie, en 2013, où les pays riches n’ont tou­jours pas com­pris qu’il faut don­ner la prio­ri­té à l’é­ra­di­ca­tion de la misère humaine […] plu­tôt qu’à un éco­lo­gisme poli­ti­que­ment cor­rect.
  • La COP21 à Paris en 2015, où les pays s’en­gagent à pour­suivre leurs efforts pour par­ve­nir à une hausse du réchauf­fe­ment limi­tée à 1,5°C, sans obli­ga­tions juri­diques ni sanc­tions inter­na­tio­nales.
  • La COP24 à Kato­wice en 2018, qui se carac­té­rise par des déci­sions bureau­cra­tiques : ain­si un rule­book, sorte de mode d’emploi pla­né­taire, est-il négo­cié : chaque État doit pro­duire tous les deux ans un rap­port détaillé sur ses actions…
  • La COP26 à Glas­gow en 2021 (pré­vue en 2020, mais repor­tée en rai­son de la pan­dé­mie), où la Chine et l’Inde ont obte­nu de pré­ser­ver leur liber­té d’u­ti­li­ser le char­bon aus­si long­temps que néces­saire.
  • La COP27 à Charm el-Cheikh, en 2022, où il a été acté que ten­ter de réduire les émis­sions de CO2 relève de l’u­to­pie.
  • La COP28 à Dubaï, en 2023, où est appa­rue, encore plus net­te­ment, la diver­gence entre l’UE, qui milite en faveur d’une tran­si­tion rapide vers les éner­gies renou­ve­lables, et les pays pro­duc­teurs d’hy­dro­car­bures, qui res­tent [pour eux] essen­tiels au déve­lop­pe­ment et à la sta­bi­li­té sociale de nom­breux pays du Sud.
  • La COP29 à Bakou, en 2024, où le pré­sident de l’A­zer­baïd­jan déclare que le pétrole est “un cadeau de Dieu” et où les pays émer­gents et les pays en déve­lop­pe­ment refusent de voir leurs pers­pec­tives de pros­pé­ri­té entra­vées par des objec­tifs cli­ma­tiques trop contrai­gnants.

Les faits sont têtus

  • Entre 1990 et 2024, les émis­sions mon­diales de CO₂ ont aug­men­té de 66 % et de 65 % si l’on prend pour réfé­rence l’an­née 1992. 
  • Nous nous diri­geons vers un monde qui consom­me­ra beau­coup plus d’éner­gie, et seules les éner­gies fos­siles et l’éner­gie nucléaire pré­sentent les carac­té­ris­tiques éco­no­miques et phy­siques per­met­tant de répondre à cette demande sur le long terme.
  • La com­pé­ti­ti­vi­té de l’UE est mena­cée par son Green Deal : Pré­sen­té comme la pro­messe d’un ave­nir durable et “vert”, il n’est en réa­li­té qu’une approche tech­no­cra­tique assor­tie d’une régle­men­ta­tion puni­tive et rigide, dans laquelle l’ur­gence cli­ma­tique se tra­duit par une série de contraintes idéo­lo­giques.
  • Alors que les éner­gies renou­ve­lables modernes se déve­loppent, l’u­ti­li­sa­tion de com­bus­tibles fos­siles aug­mente à un rythme plus de sept fois supé­rieur.
  • Aujourd’­hui, l’U­nion euro­péenne fait figure d’i­diot utile de l’é­co­no­mie mon­diale, se sacri­fiant au nom d’un idéal que per­sonne d’autre ne suit avec autant d’obs­ti­na­tion aveugle.
  • Bruxelles-Stras­bourg a tro­qué sa dépen­dance au pétrole contre une sou­mis­sion aux équi­pe­ments pré­ten­dus “verts” venus de Shan­ghai, fabri­qués à grand ren­fort d’é­mis­sions de CO₂ issues d’une uti­li­sa­tion mas­sive de char­bon.
  • Le mar­ché mon­dial de l’éner­gie, domi­né par les acteurs du Moyen-Orient et des États-Unis, est impi­toyable : chaque mil­liard inves­ti dans les éner­gies renou­ve­lables, moins ren­tables, repré­sente un manque à gagner dif­fi­ci­le­ment accep­table pour les grandes com­pa­gnies occi­den­tales.
  • La grande finance tourne le dos à la décar­bo­na­tion : [les ges­tion­naires d’ac­tifs amé­ri­cains] recentrent leurs prio­ri­tés sur la garan­tie opti­male pour leurs clients.

Etc.

Conclusion

Il est temps de reve­nir à une poli­tique éner­gé­tique fon­dée sur la réa­li­té, et non sur l’u­to­pie. L’his­toire nous enseigne que la liber­té et la pros­pé­ri­té s’é­pa­nouissent dans un cadre de res­pon­sa­bi­li­té indi­vi­duelle et d’ac­cès à l’éner­gie. L’UE ne peut à elle seule sau­ver le cli­mat mon­dial, sur­tout quand d’autres pays conti­nuent de brû­ler du char­bon, d’in­ves­tir dans les hydro­car­bures et l’éner­gie nucléaire.

Notes

Le lec­teur inté­res­sé par la science du cli­mat se repor­te­ra aux 82 recen­sions de livres que j’ai faites sur le sujet, dans la caté­go­rie Cli­mat, à laquelle j’ai rat­ta­ché la pré­sente recen­sion.

La véri­té sur les COP. Trente ans d’illu­sions, Samuel Fur­fa­ri, 336 pages, L’Ar­tilleur (octobre 2025)

Publi­ca­tion com­mune LesObservateurs.ch et Le blog de Fran­cis Richard

Francis Richard
Francis Richard

De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), Francis Richard a travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et s'intéresse aux arts et lettres. Il anime le blogue "Semper longius in officium et ardorem".

Voir tous ses articles →
La Lettre des Observateurs

Chaque semaine, l’essentiel de l’actualité directement dans votre boîte mail.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *.

Nous encourageons les commentaires argumentés, documentés et respectueux. Les messages dont l'unique objet est la provocation, l'invective, le règlement de comptes ou la répétition de slogans sans lien avec le sujet traité pourront être modérés afin de préserver la qualité des échanges.