Immigration : Berne accélère les expulsions, Paris attend le bon vouloir d’Alger
Les demandes d’asile reculent en Suisse tandis que les renvois forcés augmentent. Tandis que Berne durcit encore ses procédures, en France, l’Algérie rappelle qu’entre une OQTF et un avion, il reste une marche que la diplomatie peine à franchir.
La Suisse attend désormais 22 000 demandes d’asile en 2026, contre 26 000 initialement prévues. La baisse ne peut pas être portée au seul crédit de Berne : le recul des arrivées sur les routes méditerranéenne et balkanique y contribue. En revanche, l’autre mouvement est beaucoup plus directement politique. Les renvois forcés sont passés de 1 654 en 2021 à 2 400 en 2025. Au premier semestre 2026, près de 150 Algériens ont déjà été reconduits sous contrainte, contre 118 départs volontaires.
Le durcissement suisse ne date pas de cet été. Depuis novembre 2023, le SEM expérimente à Zurich une procédure d’asile en 24 heures pour certains ressortissants de pays dont le taux d’octroi de l’asile est très faible, notamment au Maghreb. La Stratégie en matière d’asile 2027 va plus loin : Berne étudie une procédure préliminaire destinée à vérifier, avant l’entrée dans la procédure d’asile, si la personne sollicite réellement une protection. Le patron du SEM, Vincenzo Mascioli, estime qu’elle pourrait faire baisser d’environ 20 % le nombre de demandes. Le dispositif doit encore être testé et traduit dans le droit : la direction politique est prise, l’outil reste à construire de manière d’autant plus urgente que le taux de délinquance parmi les demandeurs d’asile originaires du Maghreb bat tous les records.
La comparaison avec la France devient piquante dès qu’on quitte les annonces pour compter les départs. Paris sait expulser : 1 719 ressortissants algériens ont été éloignés de force vers l’Algérie en 2024, soit 7,7 % des mesures d’éloignement prononcées à l’encontre de ressortissants de ce pays.
Ces mauvaises statistiques se sont encore effondrées avec la crise franco-algérienne, qui a rappelé une règle élémentaire du droit des étrangers : une décision de Paris ne vaut pas laissez-passer d’Alger. Entre le 1er janvier et le 27 juin 2025, les éloignements forcés d’Algériens vers leur pays sont tombés à 439, contre 1 012 sur la même période de 2024. Sur les quatre premiers mois, Alger n’avait délivré que 287 laissez-passer consulaires dans les délais utiles, contre 1 182 un an plus tôt. La coopération consulaire s’était pratiquement arrêtée à partir de mars.
La Suisse n’a donc pas découvert une baguette magique que la France aurait égarée. Elle combine procédures rapides et accords facilitant les renvois, puis mesure le résultat en départs réellement exécutés. Paris préfère souvent annoncer la fermeté en nombre d’OQTF avant de découvrir, au guichet du consulat, que l’État destinataire dispose lui aussi d’un tampon. Passer de la décision à la porte d’embarquement suppose une volonté politique qui semble faire défaut dans les couloirs du Quai d’Orsay et de la place Beauvau.