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Il aurait dû être président de la Roumanie : un juge l’envoie en prison à la veille d’un vote décisif

Placé en détention provisoire le 29 septembre sur la voix d’un troisième juge appelé à départager deux collègues, Călin Georgescu est désormais au cœur d’une crise qui prive la Roumanie de gouvernement de plein exercice depuis cinq mois. L’AUR refuse de voter quoi que ce soit avant sa libération, à la veille des consultations où le président Nicușor Dan doit désigner un quatrième Premier ministre.

La rédaction
4 octobre 2026 Modifié le 4 octobre 2026 à 17h04
4 min de lecture

La cour d’appel de Bucarest a ordonné le 29 septembre la détention provisoire de Călin Georgescu pour trente jours, la veille même du vote d’investiture du gouvernement de Siegfried Mureșan. Le lendemain, à la tribune du Parlement, le président de l’AUR, George Simion, a annoncé que son parti ne voterait aucun gouvernement tant que l’ancien candidat n’aurait pas été libéré, en affirmant qu’on l’avait averti qu’il serait le prochain. Le cabinet Mureșan n’a recueilli que 182 voix sur les 233 requises, et le pays reste sans gouvernement de plein exercice.

Deux juges en désaccord, un troisième pour trancher

Le dossier, instruit par le parquet antimafia (DIICOT), porte sur une escroquerie présumée de 1,1 million d’euros au détriment d’un entrepreneur de Buzău, à qui l’on aurait fait miroiter une ligne de crédit et des transactions sur des métaux précieux. Georgescu conteste les faits et reste présumé innocent. Le 22 septembre, le tribunal de Bucarest avait estimé qu’un contrôle judiciaire de soixante jours suffisait ; le parquet a fait appel et, comme les deux juges de la cour d’appel ne parvenaient pas à s’accorder, un troisième magistrat, Dragoș Mirea, ancien policier, a été appelé à trancher : il s’est prononcé pour l’incarcération, par une décision définitive.

Les réserves ne viennent pas que du camp souverainiste. Crin Antonescu, ancien président du Parti national libéral et ex-candidat à la présidence, juge qu’un contrôle judiciaire aurait suffi pour des faits vieux de plusieurs années et ajoute que, dès qu’il s’agit de Georgescu, on est face à « une question politique par excellence ».

« Même s’il existe des dossiers, donc des affaires, il est clair que lorsque nous parlons publiquement de Călin Georgescu, il s’agit d’une question politique par excellence. »

– Crin Antonescu, ancien président du PNL, dans le Marius Tucă Show, Gândul, 30 septembre 2026

Des urnes aux tribunaux

Les partisans de l’ancien candidat y voient la suite d’un long enchaînement. En décembre 2024, la Cour constitutionnelle a annulé la présidentielle dont il était arrivé en tête au premier tour, en invoquant une ingérence russe, avant qu’une enquête du site Snoop ne révèle, deux semaines plus tard, qu’une partie de la campagne TikTok incriminée avait été payée par le PNL, l’un des grands partis pro-européens. En mars 2025, il a été écarté du scrutin de remplacement, et il est en outre jugé pour une tentative présumée d’actions contre l’ordre constitutionnel, dans un procès renvoyé au 12 octobre. L’AUR accuse aujourd’hui le président d’utiliser la justice pour empêcher des élections anticipées.

L’AUR mise sur la rue et sur Bruxelles

Nicușor Dan exclut non seulement l’entrée de l’AUR au gouvernement, mais même un exécutif qui dépendrait de ses voix, alors que le parti est en tête des sondages avec près de 40 % des intentions de vote et que le président a jusqu’ici écarté l’idée d’élections anticipées. Les marchés poussent eux aussi à la formation rapide d’un gouvernement : l’agence S&P, en maintenant la note du pays, a jugé indispensable un exécutif adossé à une majorité, au moment où le leu touchait son plus bas historique face à l’euro.

Exclu de toute combinaison gouvernementale, George Simion mobilise ses soutiens hors du Parlement. Plus de 450 personnes se sont rassemblées jeudi devant le centre de détention de Bucarest, où la gendarmerie a déjà infligé 32 amendes pour un total de 37 900 lei, et le chef de l’AUR annonce un rassemblement de soutien le 14 octobre à Bruxelles, place du Luxembourg, devant le Parlement européen. Ce dimanche encore, depuis la Pologne, il appelait les Roumains de France et des États-Unis à se mobiliser.

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