Cocaïne : plus pure, pas plus chère, et commandée sur Snapchat
À Naters, un jeune homme commandait sa cocaïne sur Snapchat et envoyait sa mère la chercher à Berne. Les chiffres disponibles montrent que ce genre d’achat n’a rien d’exceptionnel : en Suisse, la cocaïne vendue au détail n’a jamais été aussi pure, son prix n’a pas augmenté depuis plus de dix ans et sa consommation laisse des traces record dans les eaux usées.
En mars 2025, une habitante de Naters âgée de 58 ans s’est rendue à Berne pour récupérer 9,3 grammes de cocaïne, payés 700 francs, que son fils de 22 ans avait commandés sur Snapchat ; elle a été interpellée. Le Ministère public valaisan a condamné les deux par ordonnance pénale, cette procédure simplifiée qui permet au procureur de juger sans procès lorsque les faits sont reconnus, rapporte Le Matin, d’après le Walliser Bote. La mère écope de 70 jours-amende avec sursis et de 600 francs d’amende ; le fils, déjà en sursis et qui revendait régulièrement du cannabis, de 55 jours-amende ferme à 70 francs, d’une amende et de frais, soit 5 400 francs au total.
Le même prix pour un produit deux fois plus pur
Rapporté au gramme, l’achat de Naters revient à environ 75 francs, un peu moins que le tarif relevé par la police fédérale en 2013, entre 77 et 114 francs le gramme. La marchandise, en revanche, n’est plus la même : selon les analyses de la Société suisse de médecine légale, les petites saisies de police, inférieures à un gramme et représentatives de la vente au détail, contenaient en moyenne 33 % de cocaïne en 2013 contre 77,5 % en 2025. Pour le même prix, l’acheteur reçoit donc plus de deux fois plus de produit actif, et Addiction Suisse voit dans cette combinaison d’une pureté très élevée et de prix très bas le signe d’une très grande disponibilité de la substance.
Des traces record dans les eaux usées
Selon l’Enquête suisse sur la santé de 2022, environ 1 % des 15-64 ans, soit quelque 50 000 personnes, auraient consommé de la cocaïne dans l’année, un chiffre qui, selon Addiction Suisse, ne reflète certainement pas l’ensemble de la consommation : les quatre pays voisins déclarent davantage de consommateurs dans ce type d’enquête, alors que l’analyse des eaux usées montre que c’est dans les villes suisses que l’on consomme les plus grandes quantités. La police fédérale constate que les quantités mesurées ont pratiquement doublé dans presque toutes les villes du pays entre 2012 et 2023. À Genève, les résidus de cocaïne sont passés de 341 milligrammes par jour pour 1 000 habitants en 2012 à 813 milligrammes en 2023, puis à 1 077 milligrammes en 2025, au niveau de Zurich, d’après les relevés de l’Agence de l’Union européenne sur les drogues.
Des centres de traitement qui se remplissent
En 2024, la cocaïne a motivé 12 % des entrées en traitement spécialisé, soit quelque 5 000 personnes, derrière l’alcool mais devant les opioïdes et le cannabis, et la demande de traitement a augmenté de plus de 40 % entre 2020 et 2024. Le crack, la forme fumée de la cocaïne, représente désormais environ un cinquième de ces cas, et de nombreuses villes suisses font face pour la quatrième année consécutive à une situation difficile, selon Addiction Suisse.
Côté répression, la pression reste forte : les dénonciations pour consommation de cocaïne se maintiennent à un niveau très élevé depuis la hausse amorcée en 2016, et l’affaire de Naters montre que la justice continue de sanctionner les acheteurs. Cette pression sur le bout de la chaîne n’a pourtant pas empêché le produit de devenir plus pur, plus répandu et, rapporté à la dose, moins cher qu’en 2013, ce qui interroge l’efficacité de la politique suisse en matière de drogue, qui sanctionne le consommateur sans parvenir à tarir l’offre.
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