En Suisse, le taser se banalise, la bodycam reste sous surveillance
La Police des transports devrait pouvoir utiliser le Taser, sous l’œil d’une bodycam. Une évolution déjà visible dans plusieurs cantons, où l’outil se banalise plus vite que son encadrement vidéo et juridique national.
Le Conseil fédéral a ouvert le 26 août une consultation pour autoriser la Police des transports à utiliser des pistolets à impulsion électrique. La réforme doit aussi préciser l’emploi des caméras-piétons et permettre, sous conditions, la vidéosurveillance en direct dans les véhicules. La doctrine est claire : ajouter un moyen de contrainte entre la force physique, le spray ou la matraque et l’arme à feu, tout en documentant les interventions pour en contrôler la légalité.
La Police des transports utilise déjà les bodycams depuis septembre 2024, à raison d’au moins une par patrouille. Après un an, les CFF comptaient 687 activations, dont 202 conservées comme preuves. Les voies de fait contre les policiers avaient reculé de 11 %, sans qu’on puisse attribuer cette baisse à la seule caméra. Les CFF relèvent surtout son effet de désescalade.
Le mouvement dépasse le rail. Dans le canton de Vaud, après un essai lancé en 2024 auprès de 44 gendarmes, le Conseil d’État a décidé en février 2026 d’étendre progressivement le Taser aux gendarmes de terrain. Zurich suit la même pente : chaque patrouille de base doit pouvoir disposer d’un appareil. Le Taser sort donc des unités spécialisées pour devenir un moyen ordinaire de patrouille, présenté comme une option avant l’arme à feu. Une évolution comparable est testée en Autriche, où il était longtemps réservé aux unités spéciales. Cette banalisation reste toutefois cantonale : la Suisse n’a pas de police nationale, et chaque corps conserve sa loi, ses équipements et ses propres garde-fous.
La vidéosurveillance des interventions policières connaît en revanche un parcours plus contrasté. Zurich-Ville utilise les bodycams depuis juillet 2024, tandis qu’à Berne, le Tribunal fédéral a imposé en août 2026 la suppression du préenregistrement. Le Préposé fédéral à la protection des données enquête aussi sur les bodycams portées par des accompagnateurs de BLT. Dès que la caméra quitte le gilet du policier pour celui du contrôleur, on ne documente plus seulement une intervention : on peut aussi filmer des voyageurs dans le service courant.
La France suit une voie proche dans les transports. Depuis février 2026, elle expérimente pendant trois ans le Taser pour certains agents de la SUGE de la SNCF et de la sûreté de la RATP ; chaque utilisation doit être enregistrée en vidéo. En Allemagne, environ 2 000 appareils sont prévus pour la Bundespolizei, notamment dans ses missions ferroviaires. La tendance est nette : davantage de moyens intermédiaires, davantage de caméras, et la même question sur la proportionnalité et le contrôle.