jeudi 18 juin 2026
LesObservateurs.ch
Menu
En direct
Politique

L’Europe se réveille : de Stockholm à Strasbourg, le continent rétablit le bon sens migratoire

Il aura fallu des années de naïveté, de crises à répétition et d'un divorce grandissant entre les peuples et leurs gouvernants pour en arriver là. Mais le mouvement est désormais lancé, et il s'accélère.

Dimitri Fontana
18 juin 2026
4 min de lecture

En l’es­pace de qua­rante-huit heures, deux votes − l’un à Stock­holm, l’autre à Stras­bourg − ont consa­cré ce que la droite euro­péenne réclame depuis long­temps : un titre de séjour est un pri­vi­lège, jamais un droit acquis.

La Suède trace la ligne

Le 15 juin, le Par­le­ment sué­dois a adop­té une loi dite de « bonne conduite » qui per­met à l’É­tat de refu­ser ou de révo­quer un titre de séjour pour des com­por­te­ments qui ne sont pas néces­sai­re­ment cri­mi­nels. La loi cite les dettes impayées, le tra­vail non décla­ré, les infrac­tions fis­cales et les liens avec des orga­ni­sa­tions extré­mistes comme exemples du type de conduite pou­vant déclen­cher une mesure. Et le point déci­sif, celui qui hérisse tant la gauche : le texte couvre les titres en cours d’exa­men mais aus­si, rétro­ac­ti­ve­ment, ceux déjà accor­dés.

Le prin­cipe est d’une sim­pli­ci­té lim­pide, et il n’au­rait jamais dû prê­ter à contro­verse : celui qui vit de l’hos­pi­ta­li­té d’une socié­té tout en bafouant ses lois et ses règles n’a aucun titre auto­ma­tique à y res­ter. Comme l’a résu­mé le ministre de la Migra­tion Johan Fors­sell en pré­sen­tant le texte :

« Qui­conque ne fait pas l’ef­fort de faire ce qui est juste ne devrait pas pou­voir comp­ter sur le fait de res­ter. »

Rien de plus rai­son­nable. La rési­dence dans un pays s’ac­com­pagne de devoirs, pas seule­ment de droits. Les Démo­crates de Suède, qui sou­tiennent la coa­li­tion de centre-droit au pou­voir, ne s’y sont pas trom­pés en saluant un enga­ge­ment tenu. Cette loi n’ar­rive pas seule : elle s’ins­crit dans un dur­cis­se­ment plus large incluant l’a­bo­li­tion de la rési­dence per­ma­nente et l’o­bli­ga­tion pour les agences publiques de signa­ler les per­sonnes en situa­tion irré­gu­lière. La Suède, qui a payé au prix fort son expé­rience d’ou­ver­ture sans limites − mon­tée de la cri­mi­na­li­té de gangs, échecs d’in­té­gra­tion, « socié­tés de l’ombre » −, tire enfin les leçons du réel.

“Send them back!” : Strasbourg suit le mouvement

Deux jours plus tard, le 17 juin, c’est le Par­le­ment euro­péen lui-même qui a bas­cu­lé. Par 418 voix contre 218, les euro­dé­pu­tés ont approu­vé le « règle­ment retour », décrit comme le tour­nant le plus dur de la poli­tique migra­toire de l’U­nion depuis des décen­nies. Le texte auto­rise enfin la créa­tion de « hubs de retour » hors des fron­tières de l’UE, où pour­ront être envoyés les migrants sans droit au séjour, ain­si que des pou­voirs élar­gis de déten­tion et de per­qui­si­tion.

Le vote a une signi­fi­ca­tion poli­tique majeure : il consacre l’é­mer­gence d’une majo­ri­té de droite au Par­le­ment. Le Par­ti popu­laire euro­péen a une nou­velle fois choi­si de voter avec les conser­va­teurs de l’E­CR et les groupes sou­ve­rai­nistes, for­mant une alter­na­tive à l’é­ter­nelle coa­li­tion cen­triste. La gauche a hur­lé à la « honte » et au « cha­pitre sombre », mais cette indi­gna­tion rituelle ne masque plus rien : elle a per­du la bataille des idées, et elle le sait.

Car les chiffres sont acca­blants pour les tenants du laxisme. Aujourd’­hui, moins de 30 % des per­sonnes som­mées de quit­ter le ter­ri­toire repartent effec­ti­ve­ment. Un sys­tème qui pro­nonce des déci­sions de retour qu’il n’ap­plique pas n’est pas un sys­tème huma­niste : c’est un sys­tème qui ment à ses citoyens comme aux migrants eux-mêmes. Le com­mis­saire Magnus Brun­ner l’a dit sans détour : c’est désor­mais à l’Eu­rope, et non aux pas­seurs, de déci­der qui reste et qui doit par­tir.

Une lame de fond, pas un accident

De Copen­hague à Vienne, d’A­thènes à Ber­lin, en pas­sant par La Haye, les gou­ver­ne­ments explorent déjà la créa­tion de ces centres. La Grèce vise des pre­miers accords dès 2026 pour une mise en ser­vice en 2027. L’Al­le­magne voit l’AfD cara­co­ler en tête des son­dages. Par­tout, le même constat s’im­pose : les peuples ont deman­dé qu’on reprenne le contrôle, et les urnes finissent tou­jours par avoir le der­nier mot.

Cette évo­lu­tion inter­vient alors que le thème de la remi­gra­tion, long­temps can­ton­né aux marges du débat public, gagne en visi­bi­li­té dans plu­sieurs pays euro­péens. Le récent Remi­gra­tion Sum­mit (ReSum) orga­ni­sé à Por­to a illus­tré cette dyna­mique en réunis­sant des mou­ve­ments, intel­lec­tuels et res­pon­sables poli­tiques venus de tout le conti­nent autour d’une même ques­tion : com­ment orga­ni­ser le retour des étran­gers n’ayant pas voca­tion à demeu­rer en Europe ?

Les votes de Stock­holm et de Stras­bourg ne reprennent pas les pro­po­si­tions for­mu­lées lors du som­met por­tu­gais, ils témoignent cepen­dant d’un chan­ge­ment de cli­mat poli­tique pro­fond : ce qui était hier pré­sen­té comme impen­sable ou extré­miste devient pro­gres­si­ve­ment matière à légis­la­tion. La ques­tion n’est plus de savoir si les États euro­péens vont ren­for­cer leurs poli­tiques de retour, mais jus­qu’où ils sont prêts à aller.

Dimitri Fontana
Dimitri Fontana

Dimitri Fontana est un observateur des grands enjeux contemporains. Il s’intéresse particulièrement aux questions de société, aux mutations politiques européennes et aux dynamiques géopolitiques à l’œuvre en Europe de l’Est. Ses travaux portent sur les rapports de force culturels, identitaires et stratégiques qui traversent le continent.

Voir tous ses articles →
La Lettre des Observateurs

Chaque semaine, l’essentiel de l’actualité directement dans votre boîte mail.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *.

Nous encourageons les commentaires argumentés, documentés et respectueux. Les messages dont l'unique objet est la provocation, l'invective, le règlement de comptes ou la répétition de slogans sans lien avec le sujet traité pourront être modérés afin de préserver la qualité des échanges.