Pendant des années, le nucléaire était considéré comme un sujet politiquement toxique en Suisse. Après Fukushima, l'idée de construire de nouvelles centrales semblait appartenir au passé. Pourtant, les dernières données d'opinion montrent un basculement spectaculaire : les Suisses ne voient plus le nucléaire comme un problème, mais comme une partie de la solution.
La sécurité d’approvisionnement a changé la donne
La raison est simple : la sécurité d'approvisionnement est redevenue la priorité numéro un des citoyens. Selon une étude réalisée par gfs.bern et publiée ce lundi, 45% des Suisses considèrent désormais l'approvisionnement électrique comme l'objectif principal de la politique énergétique, loin devant les considérations climatiques. Une majorité de 58% craint même que la politique énergétique actuelle n'entraîne des problèmes d'approvisionnement au cours des dix prochaines années.
Le nucléaire retrouve une majorité populaire
Face à cette inquiétude, l'énergie nucléaire bénéficie d'un retour en grâce remarquable.
Premier constat : 79% des Suisses souhaitent maintenir en activité les centrales nucléaires existantes aussi longtemps qu'elles restent sûres. Un tel niveau de soutien place le nucléaire au même rang que certaines technologies renouvelables largement acceptées.
Deuxième constat : une majorité claire de la population est désormais favorable à la construction de nouvelles centrales nucléaires de nouvelle génération. Le soutien atteint 59%, un record historique pour ce type de projet. Même les centrales de conception actuelle progressent fortement dans l'opinion publique, avec 48% d'avis favorables, soit une hausse de neuf points en un an.
Troisième constat : les Suisses ne considèrent plus le nucléaire comme opposé aux énergies renouvelables. Au contraire, ils y voient un complément nécessaire. Une majorité de 55% estime désormais que le solaire et l'éolien ne suffiront pas à garantir l'approvisionnement électrique du pays et qu'il faudra donc recourir également au nucléaire. Près des deux tiers des personnes interrogées jugent même que nucléaire et renouvelables se complètent intelligemment.
Les Suisses veulent un mix énergétique pragmatique
Les résultats deviennent encore plus frappants lorsqu'on demande aux citoyens quelles solutions privilégier en cas de manque de capacités électriques. Si les énergies renouvelables ne suffisent pas, 58% des Suisses choisiraient le nucléaire contre seulement 26% pour les centrales à gaz. Le pays préfère donc clairement une production pilotable bas carbone à une dépendance accrue aux énergies fossiles.
Cette évolution traduit une transformation profonde du débat énergétique. Les Suisses ne croient plus qu'une seule technologie puisse répondre à tous les défis. L'objectif est désormais de disposer d'un mix énergétique robuste, capable de produire de l'électricité en permanence, en hiver comme en été, quelles que soient les conditions météorologiques.
La classe politique ferait bien d'entendre ce message. Le débat n'oppose plus les partisans de l'environnement aux défenseurs du nucléaire. Il oppose désormais ceux qui veulent garantir l'autonomie énergétique de la Suisse avec toutes les technologies disponibles et ceux qui continuent d'exclure une solution soutenue par une majorité croissante de la population.
Les chiffres sont sans ambiguïté : la Suisse ne tourne plus le dos au nucléaire. Elle le réintègre progressivement dans sa stratégie énergétique nationale.

Et vous, qu'en pensez vous ?