G7 d’Évian : la Suisse en première ligne d’un sommet qu’elle n’a pas voulu

Les 1 500 policiers cantonaux de Genève seront engagés du 15 au 17 juin pour sécuriser les abords du sommet. Photo : IBRESTER (Adobe Stock)

À moins de deux semaines de l'ouverture du G7 d'Évian-les-Bains, qui se tiendra du 15 au 17 juin 2026 sur la rive française du Léman, l'agacement ne faiblit pas. Et pour cause : c'est bien la Suisse, pourtant absente de la table des grandes puissances, qui va devoir absorber une large part du fardeau sécuritaire et financier d'un événement qu'elle n'organise pas.

4 000 soldats mobilisés pour protéger notre frontière

Berne a confirmé le déploiement d'environ 4 000 militaires sur le territoire afin d'épauler les forces civiles durant le sommet. La proximité immédiate de la frontière franco-suisse constitue un défi de taille pour les cantons de Vaud, de Genève et du Valais, directement exposés aux retombées de la rencontre.

Nos soldats auront pour mission de sécuriser plusieurs infrastructures sensibles, à commencer par l'Aéroport international de Genève, par lequel transiteront la plupart des délégations avant de gagner Évian. S'y ajoutent le renforcement de la surveillance de nos frontières, la protection des grands axes routiers et ferroviaires, ainsi qu'une présence accrue sur le Léman pendant toute la durée du sommet.

Dans les airs, notre armée de l'air prévoit un contrôle renforcé de l'espace aérien, avec des restrictions de survol mises en place du 10 au 19 juin autour des zones concernées. Des moyens supplémentaires de lutte anti-drones et des dispositifs spécialisés face à d'éventuelles menaces nucléaires, biologiques ou chimiques complètent ce déploiement exceptionnel, à la mesure des enjeux diplomatiques que représente la venue de plusieurs chefs d'État et de gouvernement, dont Donald Trump.

Genève paralysée, des relations avec Paris sous tension

Sur le terrain, c'est Genève qui paiera le prix fort. Les 1 500 policiers cantonaux seront mobilisés, épaulés par des renforts venus d'autres régions du pays. Du 12 au 18 juin, seuls sept de nos trente-cinq postes-frontières resteront ouverts avec la France, et les autorités recommandent déjà le télétravail pour limiter les déplacements dans une agglomération qui se prépare à de fortes perturbations.

Au total, plusieurs milliers de nos militaires et policiers seront engagés dans les cantons romands, pour un événement dont nous n'avons pas eu voix au chapitre. Le malaise est tel qu'il tend désormais nos relations avec Paris. Selon plusieurs médias suisses, le président de la Confédération Guy Parmelin aurait adressé un courrier sévère à Emmanuel Macron pour dénoncer les coûts engendrés et le manque de concertation préalable. Le quotidien Blick a même affirmé, sans détour, que la France nous aurait roulés dans la farine.

Une facture qui passe mal

C'est bien la question financière qui cristallise les rancœurs. Le souvenir du G8 de 2003 (la Russie participait alors) reste vif : Genève avait dû engager plus de 40 millions de francs, sans que la participation française ne couvre l'essentiel des coûts. Vingt-trois ans plus tard, le scénario menace de se répéter. Selon un porte-parole de la Confédération, la France aurait accepté de verser 12 millions d'euros, soit environ le quart seulement de notre dispositif sécuritaire. Difficile, dans ces conditions, de ne pas avoir le sentiment que nous assumons les conséquences d'une fête à laquelle nous ne sommes pas conviés.

Le spectre des violences d'extrême gauche

Dernière inquiétude, et non des moindres : le risque de débordements chez nous. Le rassemblement « No G7 » prévu à Annemasse a été annulé par ses propres organisateurs, qui dénoncent des conditions de sécurité jugées « démentielles ». De quoi faire craindre un report des mobilisations vers Genève. Nos responsables locaux n'ont pas oublié 2003, lorsque les manifestations avaient rassemblé jusqu'à 100 000 personnes, donnant lieu à des affrontements et à de nombreux commerces saccagés.

Reste une question, lancinante : jusqu'à quand devrons-nous endosser les frais, les nuisances et les risques de décisions prises de l'autre côté de la frontière ? La Confédération n'a pas à devenir le déversoir des choix de son voisin français.

Et vous, qu'en pensez vous ?

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