Ce que dit l’horreur de Belfast sur la presse suisse

Ce que dit l'horreur de Belfast sur la presse suisse

À Belfast (Irlande du Nord), un homme a été victime d'une attaque au couteau d'une violence extrême. Le suspect, un ressortissant soudanais de 30 ans, a été inculpé pour tentative de meurtre. La victime a subi de graves blessures au visage, aux yeux et au dos. Selon la police nord-irlandaise, l'intervention de passants a probablement permis de lui sauver la vie.

Le silence des médias jusqu'aux émeutes

La vidéo de l'agression a rapidement fait le tour du monde sur les réseaux sociaux. Pourtant, dans l'espace médiatique suisse francophone, cette affaire est invisible. Le drame humain, l'état de la victime, le parcours du suspect et les questions de sécurité publique n'ont suscité aucun article de la presse mainstream.

Il a fallu attendre que Belfast s'embrase pour que le sujet devienne médiatiquement incontournable. Lorsque des manifestations anti-immigration ont dégénéré en émeutes, avec des véhicules incendiés, des affrontements avec la police et des attaques contre des habitations, les grands médias romands ont finalement consacré des articles à l'affaire.

"Belfast s’embrase après une attaque au couteau révoltante" titre la Tribune de Genève, "Véhicules en feu et routes bloquées à Belfast lors de manifestations anti-immigrés" écrit la RTS, "Belfast s'embrase après une attaque attribuée à un réfugié soudanais" selon Blick. Une mention spéciale pour 20 minutes et Le Matin qui ont publié chacun deux articles... sur les émeutes : "Véhicules incendiés, axes bloqués après une agression au couteau", "Étrangers délogés et pourchassés après l'attaque au couteau", "Violents incidents lors de manifestations anti-immigrés", "Véhicules incendiés, axes bloqués après une agression au couteau"...

Un décalage qui interroge

Pourquoi une tentative de meurtre particulièrement choquante ne mérite-t-elle pas une couverture significative lorsqu'elle se produit ? Pourquoi faut-il attendre les troubles, les incendies et les affrontements pour qu'un fait divers acquière une importance médiatique ?

La question n'est pas de justifier les émeutes. Elles sont condamnables et leurs auteurs doivent répondre de leurs actes. Mais il est légitime de s'interroger sur les critères qui déterminent la hiérarchie de l'information. Lorsque le crime initial disparaît derrière les réactions qu'il provoque, une partie du public peut avoir le sentiment que certains sujets ne deviennent médiatiquement visibles qu'à condition qu'ils soient contrebalancés, minimisés, face à d'autres faits.

Et vous, qu'en pensez vous ?

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