De pas encore à trop tard, la Commission, les négociations, les divisions et la confrontation

Yvan Perrin
Ancien Conseiller national

De pas encore à trop tard, la Commission, les négociations, les divisions et la confrontation

La crise que nous traversons doit au moins profiter à un secteur économique, celui des télécommunications. On apprend en effet ce jour que les ministres des Finances des vingt-sept états de l'Union viennent de se livrer à un marathon de négociations par vidéoconférence d'une durée de seize heures. Le sujet était grave, il est vrai. Il s'agissait de s'entendre sur la manière d'absorber le choc économique provoqué par le coronavirus, choc dont l'intensité varie d'un pays à l'autre en fonction de sa situation au début de la pandémie. L'Italie est particulièrement demandeuse, qui commence sérieusement à douter de la solidarité européenne, laissée bien seule déjà face à l'afflux de migrants il n'y a pas si longtemps.

Tanguy Verhoosel, correspondant à Bruxelles, cite le président de l'Eurogroupe qui fait savoir qu'"après seize heures de discussions, nous nous sommes rapprochés d'un accord, mais nous n'y sommes pas encore". Pas encore, sous-entendu, ça va venir. L'optimisme est une fausse espérance à l'usage des lâches et des imbéciles, disait Bernanos. On peut avoir une autre définition du terme mais il n'en demeure pas moins qu'il en faut une forte dose pour voir la sortie du tunnel dans la situation où se trouve l'Union européenne. Les fourmis du Nord n'ont aucune envie de partager les dettes des cigales du Sud et sont donc vent debout contre toute idée de mutualisation. Les considérations de politique nationale s'imposent dans le débat. On imagine volontiers en effet que le gouvernement hollandais n'a aucune envie d'annoncer à sa population qu'elle va assumer la dette d'un pays étranger réputé pour sa politique financière olé olé. A l'inverse, cette position intransigeante est qualifiée d'égoïste par la Botte qui commence à se demander s'il est utile de demeurer au sein de cette Union qui n'est là que pour envoyer des règlements et des factures.

Au vu de cette situation pour le moins acrobatique, la Commission européenne a renoncé à publier sa feuille de route visant à mettre un peu d'ordre dans le chaos. Elle estime "qu'il est nécessaire d'y réfléchir un peu plus longtemps". Sans doute ! Obtenir le soleil et la lune à la même heure demande bien des efforts de réflexion mais il se trouve que le temps passe. Chaque jour, les Italiens, les Espagnols constatent qu'ils sont bien seuls face au virus. Ce ne sont pas les excuses larmoyantes de la présidente de la Commission européenne qui ont atténué leur malheur. Ils espèrent des actes et non des réflexions au sujet d'un accord qui n'existe "pas encore". En attendant Godot, les pays les plus touchés s'organisent par eux-mêmes et finiront, un jour, par triompher du mal. Debout sur les ruines fumantes, pansant leurs plaies, ils constateront que l'Union n'était pas là au plus fort du combat. Ils demanderont des comptes. On leur dira qu'il faut plus d'Europe, plus de prérogatives, plus de pouvoirs pour la Commission. Ils garderont néanmoins un souvenir persistant. Lorsqu'ils ont demandé si l'Union était prête à les aider, elle leur a répondu "pas encore".

Yvan Perrin, 09.04.2020

 

 

 

 

4 commentaires

  1. Posté par dream le

    Non, non, vous aurez remarqué que l’arbre cache la forêt, l’arbre étant de COVID-19.
    Ils savent exactement ce qu’ils font ne vous inquiétez pas pour eux, ils saisissent l’occasion du covid-19 et des pays endettés afin de faire comme aux Usa, on mutualise toutes les dettes au sein des pays de l’UE afin de fédéraliser tous ceux-ci dans l’UE et donc de les « tenir » par leurs dettes !
    S’il n’en était pas ainsi, chaque pays pourrait individuellement quémander auprès de la BCE ce dont elle a besoin en terme de liquidités, la planche à billet n’a plus de limite. Attention à l’inflation future… défauts de remboursements et perte de pouvoir d’achat.

  2. Posté par G. Tell le

    On peut trouver des explications à la situation de l’Espagne et de l’Italie mais pas à la France qui est la reine mère des cigales gaspilleuses de cette désunion européenne. Hélas l’agonie sera longue, l’ue est aux soins palliatifs. L’issue par contre est certaine, seule la date est encore incertaine.

  3. Posté par Professeur Tournebroche le

    C’est dans l’épreuve que l’Union européenne se révèle pour ce qu’elle est : une cour des miracles sans miracle…

  4. Posté par antoine le

    Merci M. Perrin pour votre billet !
     » … la Commission européenne a renoncé à publier sa feuille de route visant à mettre un peu d’ordre dans le chaos. »
    C’est bien la preuve qu’ils naviguent à vue sans aucune vue à court, moyen ou long terme !
     » … les Italiens, les Espagnols constatent qu’ils sont bien seuls face au virus »
    Charité bien ordonnée commence par soi-même !
    Que les Italiens et les Espagnoles commencent par résoudre eux-mêmes leurs problèmes (immigration clandestine, pandémie, manque de matériel sanitaire, etc, …) en reconstruisant leurs industries démantelées par la mondialisation et les pro-immigrationnistes européistes.
    Leurs peuples respectifs leur seront très reconnaissant.
    En attendant on constate la mort cérébrale de l’UE. Le coup de grâce final viendra !

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