Suisse versus Union européenne : après le Brexit, le Suissexit ?

L'Union européenne

Il peut paraître curieux de parler de Suissexit, alors que la Confédération helvétique ne fait pas partie de l’Union européenne (UE). Bien que non-membre, la Suisse est cependant signataire des conventions de Schengen (suppression des contrôles aux frontières, mise en commun des politiques de visas et d’immigration) et de Dublin (droit d’asile européen).

Elle a également conclu des accords bilatéraux avec Bruxelles, une première fois entre 1999 et 2002 (agriculture, libre circulation des personnes, marchés publics, obstacles au commerce, recherche, transport), et une deuxième fois entre 2002 et 2008 (environnement, fiscalité de l'épargne, lutte contre la fraude et la contrebande, produits agricoles transformés, pensions et retraites, éducation, statistiques, et coopération en matière de justice, sécurité, asile et migration, avec justement la signature des conventions de Schengen et de Dublin).

Dès l'entrée en vigueur de l'accord sur la libre circulation des personnes, l'immigration en provenance de l'UE augmente, en passant dans un premier temps à 50'000 habitants supplémentaires par an jusqu'en 2006, puis à 80'000 habitants supplémentaires par an dès 2007. Face à cet afflux, le parti UDC (Union démocratique du centre) lance une initiative populaire "contre l'immigration de masse" acceptée en votation le 9 février 2014 par 50,3% des voix.

Ce résultat modifie la Constitution fédérale avec les ajouts suivants :
"La Suisse gère de manière autonome l’immigration des étrangers.
Le nombre des autorisations délivrées pour le séjour des étrangers en Suisse est limité par des plafonds et des contingents annuels (...)
Les plafonds et les contingents annuels pour les étrangers exerçant une activité lucrative doivent être fixés en fonction des intérêts économiques globaux de la Suisse et dans le respect du principe de la préférence nationale (...)
La loi règle les modalités."

Pour préserver les bilatérales, le parlement vote cependant une loi d'application light le 16 décembre 2016 :
"Le Conseil fédéral arrête des mesures visant à épuiser le potentiel qu’offre la main d’oeuvre en Suisse. (...)
Lorsque certains groupes de profession, domaines d’activités ou régions économiques enregistrent un taux de chômage supérieur à la moyenne, il y a lieu de prendre des mesures limitées dans le temps visant à favoriser les personnes enregistrées auprès du service public de l’emploi en tant que demandeurs d’emploi. (...)
Les postes vacants dans des groupes de profession, domaines d’activités ou régions économiques qui enregistrent un taux de chômage supérieur à la moyenne doivent être communiqués par les employeurs au service public de l’emploi"
Dans cette loi d'application light, il n'y a ni plafonds, ni contingents, ni principe de préférence nationale. L'UDC crie donc à la trahison, la volonté populaire étant bafouée, et la nouvelle disposition constitutionnelle n'étant pas mis en oeuvre.

La riposte ne se fait pas attendre : dès début 2017, un groupe de travail réunissant des membres de l'UDC et de l'ASIN (Association pour une Suisse indépendante et neutre) développent trois variantes en vue de lancer une nouvelle initiative populaire pour la restriction de la libre circulation. Le 4 mai 2017, l'UDC et l'ASIN rendent public ces trois variantes, qui sont examinées lors de l'assemblée générale de l'ASIN du 6 mai. Les voici :

  1.  résiliation de l'accord sur la libre circulation des personnes avec l'UE
  2. interdiction du principe de la libre circulation des personnes, et résiliation de l'accord y relatif
  3. interdiction du principe de la libre circulation des personnes, interdiction qui est prioritaire par rapport aux traités internationaux

Ces variantes seront examinées lors de l'assemblée des délégués de l'UDC le 24 juin, avec pour objectif de lancer une initiative populaire d'ici la fin de l'année. Cette initiative sera la première étape du Suissexit, car si elle est acceptée en votation populaire, l'UE risque bien de considérer qu'avec la résiliation d'un accord (libre circulation des personnes), c'est en fait tous les autres accords bilatéraux qui deviennent caducs (principe de la «clause guillotine»).

L'UDC va également déposer une deuxième initiative populaire, dite pour l'autodétermination ("le droit suisse au lieu de juges étrangers"). Elle vise à préserver notre liberté et notre indépendance de l'ingérence du droit étranger, en particulier européen, via sa reprise en raison d'accords internationaux (bilatérales, Schengen, Dublin, etc.). Si cette deuxième initiative est acceptée en votation populaire, ce sera la deuxième étape du Suissexit.

Une troisième votation est également à prévoir. En effet, l'Union européenne a adopté récemment une directive restreignant l'achat et la détention légale d'armes dans l'espace Schengen. La loi suisse sur les armes devrait donc être modifiée, la Suisse ayant signé la convention de Schengen et étant membre de cet espace depuis 2008 (au sujet de la pression mise par la Commission européenne dans le processus ayant conduit à l'adoption de cette directive: http://actufreddeion.blogspot.ch/2017/02/interview-de-la-deputee-europeenne-dita.html)

Cependant, cette nouvelle directive va à l'encontre aussi bien du service militaire obligatoire en vigueur dans l'armée suisse de milice (les soldats devant garder leur fusil d'assaut à leur domicile, entre deux cours de répétition), que de la tradition très populaire du tir sportif (la Fédération suisse de tir est la troisième plus grande association sportive avec 175'000 membres), sans parler de toutes les personnes résidant en Suisse qui s'adonnent au tir sans être affilié à un club (pour en savoir plus sur ce que prévoit cette nouvelle directive: http://actufreddeion.blogspot.ch/2016/12/nouvelle-directive-europeenne-sur-les.html)

Enfin et surtout, cette directive européenne criminalise les tireurs, chasseurs, collectionneurs et détenteurs d'armes, sans contribuer en quoique ce soit à la lutte contre les terroristes, qui utilisent soit des véhicules béliers (Nice, Berlin, Londres, Stockholm), des armes blanches (Magnanville, Wurtzbourg, St-Etienne-du-Rouvray) ou des armes achetées illégalement sur le marché noir, et pas légalement chez un armurier (attentats de Paris). Le seul effet de cette directive est donc de stigmatiser les détenteurs d'armes, de soupçonner toute la population, et de grossir les rangs des adversaires de l'Union européenne : mouvements qui s'opposent à cet "EU Gun ban" dans toute l'Europe, #iamthegunlobby, http://firearms-united.com/fr/. Ils s'ajoutent aux anti-Européens de tous bords, et aux partis politiques dits "populistes" qui font de la résistance à Bruxelles leur cheval de bataille prioritaire.

Bien que le parlement suisse n'ait pas encore adapté la loi suisse sur les armes à cette nouvelle directive européenne, la résistance s'organise déjà :

  • pétition en ligne, avec déjà près de 10'000 signatures : https://www.finger-weg-vom-schweizer-waffenrecht.ch/2017/04/offener-brief-an-den-bundesrat-nationalrat-staenderat/ 
  •  ProTell, association pour un droit libéral sur les armes et contre toutes restrictions de la possession d'armes par les citoyennes et citoyens responsables, a convoqué une assemblée générale extraordinaire le 17 juin. Le but ? Se mettre en ordre de bataille, en élisant un nouveau comité propre à défendre les droits et les libertés des tireurs.
  •  L'UDC (90'000 membres) a déjà annoncé qu'elle lancerait un référendum contre une nouvelle loi suisse sur les armes, si celle-ci reprenait les restrictions imposées par la nouvelle directive européenne (ce qui amènerait une votation populaire)

A l'occasion de ce référendum, si la population suisse rejette cette modification législative, et bien ce serait la troisième étape du Suissexit, la sortie de la Suisse de l'espace Schengen.

Fred Deion

 

11 commentaires

  1. Posté par Alberto Da Giussano le

    Beaucoup d’italiens du nord n’osent même plus rêver à ce qui leur semble à présent un rêve inaccessible : une Italie du nord bâtie sur le modèle fédéral suisse et s’administrant librement par elle-même hors de la prison ‘’UE-RSS’’.
    Ne changez pas amis suisses vous êtes notre dernier model et raison d’espérer !
    Et cela remonte au moins à Napoléon III … un peu d’Histoire (c’est souvent passionnant !) :
    Les dernières provinces à avoir été rattachée à la République Française (ce fût en 1860 pendant le second Empire de Napoléon III) furent la Savoie et le Comté de Nice (dit aussi Nouvelle-Provence).
    Des provinces francophones (et provençale) justement limitrophes des pays de langue et de culture italienne et de peuplement nord italien.
    Pour avoir une idée sur ce qu’était le domaine des ducs de Savoie, Il faut penser à une sorte de Suisse ducale de l’ancien temps dont la partie romande serait devenue française, et la partie de langue italienne … aurait unifié l’Italie.
    A cheval sur les Alpes, elle était, comme la Suisse, constituée de contrées très diverses :
    D’abord les 2/3 puis 1/3 (suite à l’échange de la Bresse et du Bugey contre le Marquisat de Saluces) du côté français actuel, où la (les) langue usuelle, hormis le ‘’patois’’ francoprovençal, avait toujours été le français pour les gens instruits (et idem côté italien actuel en Val d’Aoste et dans quelques franges frontalières).
    Et 1/3 puis 2/3 du côté italien où les gens cultivés avaient l’italien pour langue usuelle … avec les différents dialectes gallo-italiens.
    Il est à noter que les tentatives de la maison de Savoie pour imposer l’Italien comme langue de culture en Comté de Nice n’ont pas réussies (hormis pour quelques notables), et que finalement la ligne Nice / Vallée du Paillon (le rocher de Monaco étant l’ultime cap tout au ponant de la Ligurie, juste avant le provençal Comté de Nice) fut la limite occidentale du français langue de culture, limite purement théorique au début puisque le Comté de Nice resta fidèle à son Nissard jusqu’à son annexion par la France.
    Puis les Ducs de Savoie installèrent leur résidence de Chambéry en Savoie à Turin en Piémont et une sacrée promotion leur fût accordée sous Napoléon III : De Duc de Savoie ils devinrent, en 1861, Rois d’une Italie … qu’il leur restait à unifier.
    En compensation ils avaient donc rétrocédés le Comté de Nice et la Savoie propre en 1860 au IIème Empire (redevenu en 1870 République française) … ce qui finalement était assez logique vu que ces pays n’avaient jamais été ni de peuplement, ni de culture italienne.
    Pour ce qu’il en est du Val d’Aoste personnellement je ne verrais pas de problème à vous le filer vu les scores minables qu’y fait la Lega Nord (humour).

    http://www.histoire-passy-montblanc.fr/wp-content/uploads/2011/02/Carte_duche_Savoie_1430_Dec_Hist_Savoie_p103_web.jpg

  2. Posté par blum le

    L’espace Schengen s’étant révélé l’espace de tous les dangers, il est urgent d’en sortir.
    Et si, dans un premier temps, vous y aviez envisagé de belles opportunités économiques, l’expérience, constatable par tous, sur la planète, montre que la civilisation européenne
    se dissout à grande vitesse dans un magma qui n’a rien d ‘ » européen », mais tout des
    lubies de métissage issues des cerveaux gauchis par l’idéologie mortifère pour les peuples de souche.
    Le brexit n’est pas la catastrophe annoncée ( et souhaitée) par la propagande de l’UE.
    A vous de jouer, voisins helvètes. Vous avez encore de solides traditions, et une pratique
    politique enviable: celle des votations populaires.

  3. Posté par LAMBERT le

    « Si j’étais fidèle à mes convictions politiques, j’irais vivre en Suisse, non pour des raisons fiscales, puisque le taux d’imposition dans les cantons francophones y est élevé, mais parce que c’est le pays des votations ». Michel HOUELLEBECQ. Entretien avec Le Figaro Magazine, 9 janvier 2015, p. 50. Mais quand on suit ce site de reinformation qu’est lesobservateurs.ch, on comprend comment le résultat de votations peut être détourné par des lois scélérates ! Quant à l’enfumage du peuple de votants par les socialistes, cela ne fait aucun doute ! Suisses et Suissesses, je vous enjoins à faire preuve d’un peu plus de DISCERNEMENT pour ne pas envoyer, plus encore qu’elle ne l’est déjà, la Suisse dans le mur des lois dictées par l’UE. Les accords bilatéraux et autres sont déjà les barreaux d’une prison bien contraignante.
    Seuls les Suisses savent que leur modèle de société fonctionne mieux que les autres. Par pitié sauvez notre système démocratique, ne vendez pas l’âme du pays au diable !

  4. Posté par jean le

    Merci de ces bonnes nouvelles !
    Vite sortons de cet imperialisme europeen!

  5. Posté par Dominique Schwander le

    Les Suisses doivent apprendre à ne pas se laisser manipuler émotionnellement, en particulier ne plus croire la gauche internationaliste, les médias qui lui sont soumis et les angéliques. Les Suisses doivent réaffirmer la souveraineté de notre Etat-nation et refuser que l’UE ou quelques pays que ce soit, tel l’Allemagne ou la France, s’ingèrent en donnant des leçons, décident de nos charités et dictent la conduite à tenir en matière d’immigration et de nos lois. Les dirigeants européens et leur passoire de frontière de Schengen se sont mis sous la dépendance de la Turquie et de l’islam qui disposent d’un arme fatale de destruction massive, l’arrêt du contrôle des migrations sur son territoire. Après avoir fait une si grave erreur, que la France, l’Allemagne et l’UE balayent devant leur porte avant d’aller faire la leçon aux autres à tout vent et de s’ingérer dans les autres Etats- nations en suivant le mauvais exemple des USA.

  6. Posté par miranda le

    Quand je lis « monde tombé sur la tête », je lis le présent et le futur de la France. Que peut-on dire sinon, que ces gens là sont très habiles dans la manipulation de peuples et que les peuples sont un ensemble d’individus  » à la fois fragiles, peu réactifs et manquant surtout de conscience pour percevoir les réalités .

    Ce qui permet à tout pouvoir de s’imposer facilement, au risque même de nous anéantir.

    Heureusement, il reste toujours des êtres « résistants » qui réagissent mais qui paient parfois et souvent le prix fort pour la conquête de la liberté DES AUTRES.

  7. Posté par Vincent le

    La Suisse est de facto membre, ou plutôt prisonnière de l’UE depuis qu’elle a ratifiée les accords de Schengen….mais que Diable vous est-il donc passé par la tête?!!!
    Troquez la liberté pour le commerce…et vous obtiendrez l’esclavage et l’indigence.
    Je crains que cela est déjà commencé d’ailleurs.

  8. Posté par monde-tombé-sur-la-tête le

    Malheureusement nous avons vu lors des derniers votations quel vent souffle sur les électeurs suisses. La vermine gauchiste qui oeuvre sans cesse depuis des années dans les médias et les écoles commence à apporter ses fruits pourris sous la forme d’électeurs abrutis, sans outils de comprendre ce qui se passe autour d’eux, sans jugement, réagissant qu’à l’émotionnel, maniables et corvéables à merci, auxquels s’ajoutent encore les récentes vagues de naturalisation d’électeurs de gauche.
    Ces initiatives sont bien sur pleines de bon sens et réjouissantes, mais je crains qu’elle seront confrontées, à l’instar des votations précédentes, à des campagnes massives de désinformation et manipulation et risquent de ne pas passer, ce qui permettrait à dame pipi et ses semblables de vendre la suisse encore moins cher à l’ogre européen.

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