Alors qu'Emmanuel Macron réunit jeudi les grandes économies mondiales, Chine comprise, pour préparer le sommet d'Évian, la rive suisse du Léman bascule en mode crise. Fermeture des postes-frontières, 4 000 militaires déployés, Genève à l'arrêt : sans siéger au G7 − qu'elle n'a pas vocation à intégrer −, la Suisse en subit de plein fouet les contraintes. Et conteste une facture qu'elle juge largement reportée sur ses épaules.
À quelques jours de l'ouverture du sommet du G7 à Évian, Emmanuel Macron organise ce jeudi une visioconférence réunissant les principales économies mondiales, avec l'objectif affiché de renforcer la coopération économique internationale et d'apaiser les tensions commerciales. Mais pendant que l'Élysée orchestre cette diplomatie de la croissance, c'est de l'autre côté du Léman que se joue une tout autre réalité : Genève entre en état de siège, sous un dispositif de crise sans précédent.
Baptisée « Sommet de convergence mondiale pour la croissance », cette initiative rassemblera les pays membres du G7 (Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni) ainsi que le Fonds monétaire international (FMI) et plusieurs grandes économies émergentes invitées au G7, dont le Brésil, l'Inde, la Corée du Sud, le Kenya et l'Égypte. La Chine, elle, est conviée à une visioconférence destinée à renforcer la « coopération » économique mondiale en amont du sommet − un format distinct de la rencontre d'Évian, à laquelle Pékin n'est pas invité.
Selon l'Élysée, cette réunion doit permettre de favoriser un dialogue entre les grandes puissances industrielles et les pays émergents afin de créer les conditions d'une croissance mondiale plus équilibrée et durable. Paris estime que la réduction des déséquilibres économiques mondiaux constitue l'un des principaux défis auxquels l'économie internationale est confrontée.
Une visioconférence pour parler économie
Conviée à cette visioconférence, la Chine n'est en revanche pas attendue à Évian même, où ne se rendront que les économies émergentes invitées au sommet. Sa présence à ce format préparatoire n'a rien de surprenant, un dialogue avec la deuxième puissance mondiale sur les déséquilibres commerciaux relève du bon sens. Reste à savoir ce que la France, dont la dette publique frôle désormais les 3 500 milliards d'euros, pèse réellement dans une discussion de cette ampleur.
Paris affiche en tout cas de larges ambitions. La France souhaite notamment promouvoir une réindustrialisation de l'Europe tout en cherchant à rééquilibrer ses relations commerciales avec les États-Unis et la Chine. Les autorités françaises considèrent que les tensions commerciales croissantes entre les grandes puissances fragilisent la stabilité économique mondiale et pénalisent également les pays les plus vulnérables.
Cette initiative s'inscrit dans la préparation du sommet du G7 qui se tiendra du 15 au 17 juin à Évian-les-Bains. Emmanuel Macron entend faire de la coopération économique, de la sécurisation des chaînes d'approvisionnement stratégiques, du numérique, de l'intelligence artificielle et du développement durable plusieurs des thèmes centraux de cette rencontre internationale.
Genève en état de siège
Si la Suisse n'est pas membre du G7 − et n'a aucune raison de l'être, le format étant réservé aux sept puissances qui le composent −, sa géographie la place malgré elle en première ligne. Le sommet se tient à Évian, à quelques pas seulement de la rive suisse, et ses contraintes débordent mécaniquement sur la région lémanique, qui se prépare à un défi sécuritaire majeur impliquant Genève, Vaud, le Valais et la Confédération. C'est là tout le malaise : Berne n'a pas eu voix au chapitre sur un événement dont elle assume pourtant une large part des coûts et des risques.
Genève qui se barricade à l’approche du G7 qui se tient… en France ! La France exporte ses casseurs. pic.twitter.com/VWG7t54fKv
— K E V I N 🛸 (@K_e_v_20) June 10, 2026
La situation est telle que la Tribune de Genève a publié un « guide pratique pour survivre aux perturbations » du sommet. Télétravail, mobilité, loisirs : le journal y détaille les informations à connaître pour anticiper les perturbations annoncées et tenir jusqu'au 18 juin. Le quotidien recense les fermetures de douanes, l'autoroute coupée et les transports en commun perturbés − dès le 11 juin, les TPG anticipent de fortes perturbations, avec des lignes transfrontalières suspendues et plusieurs parcours adaptés.
Les autorités cantonales genevoises ont activé un véritable plan de crise. De nombreux points de passages frontaliers entre le canton de Genève et la France seront temporairement complètement fermés du vendredi 12 au jeudi 18 juin 2026, certains dès le milieu de l'après-midi du 11 juin. Sur le terrain, le dispositif est massif : Berne a confirmé le déploiement d'environ 4 000 militaires sur le territoire afin d'épauler les forces civiles durant le sommet, tandis que les 1 500 policiers cantonaux genevois seront mobilisés, épaulés par des renforts venus d'autres régions du pays. Du 12 au 18 juin, seuls sept des trente-cinq postes-frontières resteront ouverts avec la France, et les autorités recommandent déjà le télétravail pour limiter les déplacements. Guichets administratifs fermés, services en ligne suspendus, restrictions de circulation sur l'autoroute A1, commerces qu'on barricade aux quatre coins de la ville : Genève se met littéralement à l'arrêt.
Une facture qui passe mal
C'est surtout le partage de la facture qui passe mal. Selon Berne, la France aurait accepté de verser 12 millions d'euros, soit environ le quart seulement du dispositif sécuritaire suisse. Le souvenir du G8 de 2003, qui avait coûté à Genève plus de 40 millions de francs et donné lieu à des affrontements de grande ampleur, nourrit les craintes d'un scénario qui se répète. Le président de la Confédération Guy Parmelin aurait adressé un courrier sévère à Emmanuel Macron pour dénoncer les coûts engendrés et le manque de concertation préalable. Le reproche ne porte donc pas sur une absence à la table des grands, mais sur une coordination jugée insuffisante et un report des charges sur le voisin.
En marge de ce rendez-vous diplomatique, le président français recevra également cette semaine plusieurs dirigeants étrangers, dont le Premier ministre canadien Mark Carney et son homologue indien Narendra Modi, avant d'accueillir officiellement les chefs d'État et de gouvernement du G7 sur les rives du lac Léman. Côté français, une fête diplomatique ; côté suisse, un voisin qui en assume les nuisances, les risques et une bonne partie des coûts.

Et vous, qu'en pensez vous ?