mardi 7 juillet 2026
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Terres agricoles vaudoises : une enquête de Blick met en cause le groupe Orllati

Les Observateurs (la rédaction)
3 min de lecture

C’est une enquête qu’il faut saluer. Dans un long for­mat publié le 26 juin, Blick docu­mente minu­tieu­se­ment la manière dont le groupe Orl­la­ti, entre­prise suisse fon­dée par une famille d’o­ri­gine alba­naise et aujourd’­hui poids lourd vau­dois de la construc­tion, du béton, des décharges et de la pro­mo­tion immo­bi­lière, serait par­ve­nu à contrô­ler des terres agri­coles en s’appuyant sur des socié­tés ano­nymes déte­nues majo­ri­tai­re­ment par des agri­cul­teurs.

L’enjeu dépasse lar­ge­ment le cas d’une entre­prise. En Suisse, les terres agri­coles sont cen­sées être pro­té­gées par la loi sur le droit fon­cier rural, dont l’esprit est clair : pré­ser­ver les sur­faces culti­vables, empê­cher la spé­cu­la­tion et main­te­nir la terre entre les mains d’exploitants agri­coles. Selon l’enquête, ce prin­cipe serait aujourd’hui contour­né par des mon­tages juri­di­que­ment habiles, per­met­tant à des inté­rêts éco­no­miques puis­sants de prendre posi­tion sur des par­celles stra­té­giques.

Pour­quoi ces terres inté­ressent-elles un groupe actif dans la construc­tion ? Parce qu’elles peuvent offrir du gra­vier pour le béton, des sites poten­tiels pour des décharges, ou, à plus long terme, des pers­pec­tives de plus-value en cas de chan­ge­ment d’affectation. Autre­ment dit : dans un pays où chaque hec­tare compte, le sol agri­cole devient un actif convoi­té.

Blick s’interroge éga­le­ment sur le rôle de la Com­mis­sion fon­cière rurale vau­doise, char­gée d’autoriser les acqui­si­tions de terres agri­coles. Les jour­na­listes estiment que les garde-fous ins­ti­tu­tion­nels n’ont pas empê­ché ces opé­ra­tions, alors même que la loi vise pré­ci­sé­ment à évi­ter que le fon­cier pay­san ne soit cap­té par des acteurs exté­rieurs au monde agri­cole.

Le groupe Orl­la­ti conteste toute illé­ga­li­té. Il affirme que ses opé­ra­tions res­pectent la légis­la­tion en vigueur, les pro­cé­dures appli­cables et les déci­sions des auto­ri­tés com­pé­tentes.

L’en­quête n’est pas pas­sée inaper­çue et a atti­ré l’at­ten­tion du mou­ve­ment iden­ti­taire romand “10 Pour Cent”, qui s’est empa­ré du dos­sier dans une publi­ca­tion dif­fu­sée sur Ins­ta­gram. Dénon­çant la « mafia fon­cière Orl­la­ti » qui « acca­pare les terres agri­coles vau­doises », le mou­ve­ment voit dans cette affaire l’illus­tra­tion d’un « pillage » pro­gres­sif du patri­moine fon­cier suisse au pro­fit de puis­sants inté­rêts éco­no­miques. Pour ses mili­tants, la pro­tec­tion des terres agri­coles relève autant de la sou­ve­rai­ne­té natio­nale que de la défense du monde pay­san.

"Orllati agit comme une mafia foncière..." Capture d'écran @_10pourcent / Instagram
“Orl­la­ti agit comme une mafia fon­cière…” Cap­ture d’é­cran @_10pourcent / Ins­ta­gram

Reste la ques­tion poli­tique de fond : la Suisse veut-elle encore pro­té­ger son ter­ri­toire, ses terres agri­coles et sa sou­ve­rai­ne­té ali­men­taire, ou accepte-t-elle que son sol devienne pro­gres­si­ve­ment une proie pour les grands inté­rêts immo­bi­liers, indus­triels et finan­ciers ? Dans un pays déjà sou­mis à une forte pres­sion démo­gra­phique et au béton­nage conti­nu de ses cam­pagnes, l’enquête de Blick rap­pelle une évi­dence : défendre la terre, ce n’est pas seule­ment défendre les pay­sans. C’est défendre la Suisse elle-même.

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