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Paris-Téhéran. Le Grand Dévoilement, d’Emmanuel Razavi et Jean-Marie Montali

Le sous-titre du livre, en deux lignes claires, est éloquent et le résume bien : 50 ans de falsifications françaises sur l'Iran. La vérité sur hier, aujourd'hui et demain.

Francis Richard
16 mai 2026
6 min de lecture

Le sous-titre du livre, en deux lignes claires, est élo­quent et le résume bien : 50 ans de fal­si­fi­ca­tions fran­çaises sur l’I­ran. La véri­té sur hier, aujourd’­hui et demain.

L’écart

Trop sou­vent, les ana­lyses, les exper­tises que nous enten­dons ici ou là, celles que nous lisons dans les tri­bunes, ne cor­res­pondent pas à la réa­li­té que nous vivons, que nous res­sen­tons.

Pour com­bler cet écart entre l’a­na­lyse – ou l’in­ter­pré­ta­tion – et la réa­li­té, les auteurs ont déci­dé d’é­crire ce livre. Ils ne pré­tendent pas être neutres parce qu’ils font face à des san­gui­naires : la neu­tra­li­té, le silence et l’in­dif­fé­rence face au bain de sang n’ont aucune excuse.

Ils ont ache­vé ce livre début mars de cette année. Le bain de sang, dont il s’a­git, est celui de la popu­la­tion ira­nienne, ver­sé par la Répu­blique isla­mique d’I­ran1. Ils se sont appuyés, pour l’é­crire, sur les tra­vaux d’his­to­riens, de socio­logues et d’an­thro­po­logues spé­cia­listes de l’I­ran.

Hier

Jean-Paul Sartre, Simone de Beau­voir, Michel Fou­cault, Serge July, et d’autres, se sont trom­pés sur l’aya­tol­lah Kho­me­nei et ont donc trom­pé ceux qui les écou­taient ou les lisaient : ce n’é­tait pas un grand homme mais un bour­reau atten­dant son heure.

Pour­tant l’aya­tol­lah n’a­vait jamais caché ses pro­jets, ni ses ambi­tions dji­ha­distes, ni même ses concep­tions sociales, et son hos­ti­li­té aux chré­tiens, aux juifs – qui jusque-là, depuis Cyrus II, s’en­ten­daient bien avec les Perses –, et aux baha’is2, éloi­gnés de la vraie foi.

Seule­ment, aupa­ra­vant, ils ne l’a­vaient pas écou­té, ni lu, et n’a­vaient pas com­pris que, pour par­ve­nir à ses fins, le futur guide suprême recour­rait à la ruse et à la “trom­pe­rie”. Ils ont, pré­fé­rant l’illu­sion à la luci­di­té, pro­pa­gé ses men­songes, par com­plai­sance, par idéo­lo­gie.

Ils ont accep­té de croire que la lutte entre l’aya­tol­lah et le shah était celle du Bien contre le Mal, alors que les choses n’é­taient pas aus­si simples, mais ils étaient aveu­glés notam­ment par leur anti­amé­ri­ca­nisme et séduits par l’al­liance entre mar­xisme et isla­misme chiite.

Pour bien com­prendre le contexte de la prise du pou­voir par les mol­lahs il y a qua­rante-sept ans, les auteurs font un rap­pel his­to­rique : l’I­ran n’est pas un pays arabe, mais une terre tis­sée de peuples ; l’I­ran n’est pas un bloc, mais, en réa­li­té, une super­po­si­tion de fidé­li­tés.

Ce qui défi­nit l’I­ran ? La langue per­sane, les appar­te­nances au monde pré­is­la­mique et à un patri­moine cultu­rel et reli­gieux – qui mêle les iden­ti­tés reli­gieuses, les cultures et les eth­nies –, une iden­ti­té moderne. L’I­ran des mol­lahs com­mence avec et se réduit à l’is­lam…

Avant eux, dès les années 1920 et jus­qu’à leur départ en 1979, les Pah­la­vi, ayant pris le pou­voir à la suite d’une période chao­tique, ont por­té les ambi­tions […] d’un pays tour­né vers l’a­ve­nir :

Sous le règne de Reza (1925 – 1941)

  • Armée per­ma­nente, avec des ins­truc­teurs alle­mands.
  • Écoles gra­tuites pour gar­çons et filles.
  • Uni­ver­si­té de Téhé­ran.
  • Cen­tra­li­sa­tion du sys­tème judi­ciaire.
  • Déve­lop­pe­ment de l’ac­ti­vi­té éco­no­mique.
  • Mixi­té.

Sous le règne de Moham­mad Reza (1941 – 1979), conti­nua­tion de l’œuvre du père notam­ment dans les années 1960, mal­gré des sou­lè­ve­ments sépa­ra­tistes, la crise consé­cu­tive à la natio­na­li­sa­tion du pétrole, et l’exis­tence de groupes ter­ro­ristes isla­mistes :

  • Réforme agraire ambi­tieuse et redis­tri­bu­tion des terres.
  • Natio­na­li­sa­tion des forêts, pâtu­rages et res­sources en eau.
  • Droit de vote des femmes, droits des mino­ri­tés.
  • Élé­va­tion de l’âge du mariage à quinze ans.
  • Pos­si­bi­li­té aux femmes d’être élues, avo­cates ou juges.
  • Aug­men­ta­tion du taux d’al­pha­bé­ti­sa­tion dans les zones rurales.
  • Laï­ci­sa­tion de l’é­du­ca­tion.
  • Déve­lop­pe­ment du réseau rou­tier.
  • Construc­tion de bar­rages.
  • Créa­tion d’hô­pi­taux et de dis­pen­saires en pro­vince.

La révo­lu­tion isla­mique a été pos­sible grâce :

  • Au finan­ce­ment par l’U­nion sovié­tique (la Rus­sie des tsars convoi­tait déjà l’I­ran…).
  • À la for­ma­tion de cadres et de mili­ciens par l’OLP de Yas­ser Ara­fat.
  • À une pro­pa­gande uti­li­sée comme une arme de des­truc­tion mas­sive, relayée par des élus le plus sou­vent d’ex­trême gauche, des uni­ver­si­taires, des jour­na­listes.
  • À l’al­liance entre l’intel­li­gent­sia pro­gres­siste et la gauche édu­quée avec le cler­gé.
  • À la trans­for­ma­tion du SAVAK3 en monstre abso­lu.
  • À l’oc­cul­ta­tion des réus­sites : espé­rance de vie pas­sée de 45 à 57 ans ; aug­men­ta­tion du pou­voir d’a­chat ; évo­lu­tion du taux d’ur­ba­ni­sa­tion de 28 à 47 % de la popu­la­tion ; appa­ri­tion d’une classe moyenne ; alpha­bé­ti­sa­tion de la popu­la­tion qui a presque dou­blé.
  • À la des­crip­tion du Shah, en Occi­dent, en auto­crate tyran­nique et en bour­reau, pour excu­ser la vio­lence révo­lu­tion­naire.

Aujourd’hui

La Répu­blique isla­mique fait en réa­li­té face à la plus grave crise éco­no­mique de son his­toire, à laquelle s’a­joutent le manque d’eau potable dans près des deux tiers du pays, ain­si que le manque d’élec­tri­ci­té dans la plu­part des grandes villes.

[…]

Les 8 et 9 jan­vier 2026, de plus en plus ter­ri­fié à l’i­dée d’être ren­ver­sé, le régime des mol­lahs ver­rouille l’es­pace numé­rique. […] Le pays est pla­cé sous cloche : l’I­ran devient une scène de crime dont on inter­dit l’ac­cès avant de la revê­tir d’un suaire.

[…]

On parle de 35 000 morts en deux jours, selon les esti­ma­tions les plus basses four­nies par des per­son­nels médi­caux ira­niens tra­vaillant dans les hôpi­taux et les morgues des dif­fé­rentes pro­vinces.

[…]

Pour les adeptes de la fas­ci­sa­tion et de la nazi­fi­ca­tion de tous ceux qui ne pensent pas comme eux, le peuple ira­nien est un dan­ger qui va à contre­sens de leurs théo­ries fumeuses :

Qua­rante-sept ans après la vic­toire des isla­mistes en Iran, mal­gré les potences, les bombes et les balles, une intel­li­gent­sia de gauche, sou­vent pro-pales­ti­nienne, conti­nue de voir l’I­ran comme un enjeu poli­tique pour elle.

C’est pour­quoi cette intel­li­gent­sia nie :

  • que la popu­la­tion ira­nienne veuille en finir avec le régime des mol­lahs ;
  • que la majo­ri­té des Ira­niens voient en Reza, fils du der­nier shah, 65 ans, l’homme qui peut assu­rer la tran­si­tion démo­cra­tique dans le pays, qu’il peut relan­cer l’é­co­no­mie, endi­guer la misère, renouer une rela­tion paci­fiée avec les États-Unis et Israël, condi­tions néces­saires à un retour à la sta­bi­li­té ;
  • que les dif­fé­rentes oppo­si­tions kurdes, baloutches, libé­rales, de la socié­té civile et de la dia­spo­ra ne rêvent ni de par­ti­tion, ni de guerre civile, comme vou­draient le faire croire les mol­lahs qui bran­dissent l’é­pou­van­tail du chaos pour se main­te­nir au pou­voir.

Demain

Les auteurs citent enfin Clé­ment Therme, his­to­rien de l’I­ran :

En tirant sur les pays arabes, en lan­çant des mis­siles sur des bases mili­taires qui sont situées dans des pays sou­ve­rains, après avoir com­mis un sui­cide poli­tique en mas­sa­crant sa popu­la­tion au mois de jan­vier, la Répu­blique isla­mique s’est diri­gée vers un sui­cide régio­nal et diplo­ma­tique. Désor­mais, le sta­tu quo est deve­nu inte­nable.

Ils com­mentent :

Nous épou­sons plei­ne­ment son regard et sommes per­sua­dés que la Répu­blique isla­mique som­bre­ra.

Bien que le che­min s’an­nonce long, il est cer­tain que le ber­ceau des rois, des mages et des poètes retrou­ve­ra son éclat, illu­mi­nant à nou­veau le Moyen-Orient et le monde entier.

Notes

  1. En décembre 2025 et en jan­vier 2026.
  2. Le bahaïsme est une reli­gion mono­théiste pro­cla­mant l’u­ni­té spi­ri­tuelle de l’hu­ma­ni­té.
  3. Ser­vice de ren­sei­gne­ment et de sécu­ri­té.

Références

Paris−Téhéran, Le Grand Dévoi­le­ment, par Emma­nuel Raza­vi et Jean-Marie Mon­ta­li, 240 pages, Les Édi­tions du Cerf (mars 2026), avec des pho­to­gra­phies d’Alfred Yaghob­za­deh.

Les deux auteurs avaient déjà signé ensemble La pieuvre de Téhé­ran (2025), tan­dis qu’Emmanuel Raza­vi publiait la même année La face cachée des mol­lahs, pro­lon­geant une enquête au long cours sur les réseaux d’influence ira­niens.

Publi­ca­tion com­mune par LesObservateurs.ch et Le blog de Fran­cis Richard.

Francis Richard
Francis Richard

De formation scientifique (EPFL), économique et financière (Paris IX Dauphine), Francis Richard a travaillé dans l'industrie, le conseil aux entreprises et les ressources humaines, et s'intéresse aux arts et lettres. Il anime le blogue "Semper longius in officium et ardorem".

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