“Daech a des agents dormants en Europe, qui attendent le moment propice pour frapper”

Comment fonctionne le groupe Etat islamique? Que pèsent les combattants étrangers en son sein? Comment le combattre? Rencontre avec Michael Weiss, co-auteur de État Islamique. Au coeur de l'armée de la terreur.

Un peu plus d'un an après la formation d'une coalition militaire occidentale pour lutter contre lui, le groupe Etat islamique (EI) poursuit son avancée, en Syrie notamment. L'Express a interrogé Michael Weiss, co-auteur, avec le Syrien Hassan Hassan, d'un ouvrage sur la genèse et la métamorphose du groupe djihadiste, État Islamique - Au coeur de l'armée de la terreur, paru le 1er octobre aux éditions Hugo & Cie.

Quelle la proportion de djihadistes originaires d'Irak et de Syrie au sein du groupe Etat islamique (EI)?

Il y a toujours une majorité de djihadistes natifs de ces deux pays. Je dirais plus de 60%. Les médias occidentaux se focalisent sur les militants de Daech en provenance d'Europe ou d'Amérique du Nord. Mais la majorité des combattants étrangers provient de pays voisins ou du monde arabe: Tunisie, Turquie, Arabie saoudite, Émirats arabes unis... Le nombre de djihadistes venus des pays occidentaux est minuscule rapporté à l'ensemble des recrues.

Avec habileté, Daech les met en avant, sachant que cela nous terrifie. Dans une de ses vidéos de propagande tournée par l'otage britannique John Cantlie, peu après l'attaque contre Charlie Hebdo, il interroge un djihadiste français. Celui-ci encourage ceux qui ne peuvent rejoindre le "Califat" à rester dans leur pays: "On vous apprendra comment fabriquer des bombes, on vous donnera des instructions sur le moyen de vous procurer des armes et les cibles à viser."

Quelles positions occupent ces combattants étrangers au sein de l'organisation?

Les Irakiens, surtout, et les Syriens, constituent l'ossature de l'EI. Beaucoup d'entre eux -nous le décrivons dans le livre- proviennent de l'armée de Saddam Hussein et ont donc une formation militaire solide.

A partir de 2010, en réaction à la création, dans la province irakienne d'Al Anbar, des milices du "réveil", les Sahwa, formées à l'initiative des Etats-Unis pour contrer Al-Qaïda, l'organisation s'est "irakisée". Elle était auparavant dirigée par le Jordanien Abou Moussab al-Zarqaoui et des djihadistes étrangers, principalement. Aujourd'hui, l'EI est fondamentalement un mouvement irakien.

>> Lire aussi Comment l'Etat islamique a prospéré

Un jeune de 19 ans qui arrive de Grande-Bretagne, par exemple, ne va pas se retrouver dans le Conseil de la choura. On pourra lui demander d'être un kamikaze. Ceux qui parlent bien une langue occidentale et sont dotés d'un certain charisme sont employés pour la propagande. A l'image des Européens mis en scène pour l'exécution d'otages occidentaux. Daech les choisit pour leur capacité à créer un sentiment de paranoïa dans leurs pays d'origine, parce qu'ils sont nos semblables, nos enfants.

L'exception à cette règle concerne les militants de formation militaire. Ceux-là peuvent gravir les échelons, tel Abou Omar el-Chichani, le Géorgien -de mère tchétchène- devenu commandant de la branche militaire de l'EI. Formé par l'armée géorgienne, entrainé par les Etats-Unis, cet habile tacticien avait combattu les Russes en 2008. Il a dirigé l'assaut qui a permis la prise de la base aérienne de Menagh, en aout 2013. Pour cela, il a fait appel à des kamikazes, dont un Saoudien. Un combattant étranger de Daech a donc utilisé un autre combattant étranger pour une opération suicide.

Omar el-Chichani

Omar el-Chichani

AFP / AL-ITISAM MEDIA

 

Pourquoi les grandes puissances ont-elles été incapables de stopper la progression de l'EI?

La coalition n'a pas obtenu d'avancée réelle dans la lutte contre l'EI; elle a au mieux ralenti sa progression. Le Daily Beast a révélé, le mois dernier, qu'une cinquantaine d'agents du Commandement militaire américain s'étaient plaints que leurs rapports étaient dénaturés par les services de renseignement, de façon à enjoliver les progrès de la coalition contre Daech.

Les Occidentaux ont choisi une politique antiterroriste similaire à celle mise en oeuvre en Irak en 2005-2006, par George Casey, commandant des forces de la coalition: bombarder depuis les airs, essayer d'entrainer des troupes locales, forces de sécurité irakiennes, peshmergas kurdes, miliciens turkmènes et arabes. Cela n'a pas marché. D'abord parce que certains de ces partenaires ne sont pas fiables. Une partie d'entre eux éprouvent de la sympathie pour Daech. Les autres occupent souvent une position problématique, en raison de leur sectarisme, telles les milices chiites en Irak. Elles ont obtenu des succès face à Daech, mais leurs exactions sont perçues comme un 'djihadisme chiite' à l'encontre de l'islam sunnite.

Quelles méthodes seraient efficaces contre l'EI?

L'une des principales leçons de la guerre d'Irak est qu'on ne peut pas venir à bout des djihadistes sunnites sans les sunnites. La plus grande menace pour l'EI serait l'émergence de nouvelles milices Sahwa. Mais deux obstacles empêchent la réédition de cette expérience: d'abord l'absence de troupes de la coalition au sol susceptibles d'être perçues comme des forces d'interposition crédibles par les tribus d'Irak ou de l'est de la Syrie. Depuis 2006-2007, ensuite, l'EI a tout fait pour empêcher l'émergence de nouvelles milices de ce type. Après avoir repris le contrôle de larges pans du territoire irakien, Daech a produit des vidéos exhibant d'anciens dirigeants des Sahwas, leurs confession forcées, avant de leur faire creuser leur propre tombe et de les égorger. Les propagandistes alternent ces images avec celles de foules faisant acte de repentance et acclamant l'EI et son chef Abou Bakr al-Baghdadi. Le message est très persuasif! Les sunnites doivent choisir entre l'allégeance à Daech, et le traitement odieux réservé aux félons.

Entrainement de milices "Sahwas", à Taji, près de Baghdad, en décembre 2008.

Entrainement de milices "Sahwas", à Taji, près de Baghdad, en décembre 2008.

Reuters/Saad Shalash

 

Et les frappes aériennes ?

Elles sont inutiles. En termes économiques, c'est un non sens. Un missile tomahawk coûte plus d'un million de dollars. L'utiliser contre des 4x4 Toyota, (400 à 600 dollars pièce), c'est du gaspillage, sachant que les djihadistes trouveront d'autres véhicules sans difficulté. Ils se sont emparés de vastes quantités de matériel militaire américain, humvees, tanks, véhicule de transport de troupes...

Pendant la seconde bataille de Falloujah, en 2004, les Etats-Unis ont déversé des tonnes de bombes sur cette ville, déployés des forces considérables. La bataille a duré deux semaines. Dès la première semaine des opérations, Al-Qaïda en Irak, l'ancêtre de Daech, avait quitté Falloujah et s'était installé à Mossoul. Ce type de mouvement de guérilla est très difficile à éradiquer. Bombarder ne sert à rien. Vous aller tuer beaucoup de civils, détruire des infrastructures. Hassan Hassan (co-auteur du livre) raconte que nombre de Syriens, à Deir Ezzor, ont rejoint Daech non pas par conviction mais parce que leurs moyens d'existence avaient été détruits. Pour échapper au dénuement ou à l'exil, ils doivent se soumettre à l'EI, qui par ailleurs fournit assistance et services sociaux, à la manière des organisations mafieuses. Un mode de fonctionnement somme toute, assez proche de celui imposé par Saddam Hussein ou Hafez el-Assad et son fils, pendant des décennies.

Certains experts, comme le juge Trévidic parlent d'une menace majeure pour la France, qui serait aujourd'hui l'ennemi numéro 1 de Daech...

Oui, la France est susceptible d'être à nouveau visée. Le déserteur à qui j'ai parlé récemment m'expliquait qu'il était chargé de la formation de combattants pour des opérations étrangères. Il m'a dit avoir entrainé récemment deux djihadistes français, rentrés depuis en France. Daech a des agents dormants en Europe, qui attendent le moment propice pour frapper.

Attaquer un pays comme la France est aujourd'hui plus facile que de frapper les Etats-Unis. On sous-estime la compréhension du mode de fonctionnement des sociétés occidentales par l'EI. Daech est bien renseigné sur la sociologie, le climat politique des pays occidentaux, la place des partis poujadistes, l'islamophobie qui y véhiculée par plusieurs partis.

Les mesures d'exception réclamées par les partis populistes pour répondre aux actes terroristes commis par des musulmans font le jeu de l'EI. Après les premières frappes russes en Syrie, récemment, l'église orthodoxe russe a qualifié de "guerre sainte" l'intervention de Moscou. C'est précisément la musique que l'EI veut entendre: l'armée des "mécréants" contre "l'armée de l'islam".

Source

Français partis combattre l’Etat islamique: “Aucun musulman n’est venu nous rejoindre!” (Vidéo)

Vlad, architecte, William, directeur d’une agence de communication, et Damien, serveur, ont tout plaqué pour rejoindre la Syrie et lutter contre les djihadistes.

"J'ai croisé des dizaines de volontaires occidentaux. Et ce qui me chagrine et m'inquiète un peu c'est que tous ces volontaires occidentaux sont soit des athées, soit des chrétiens. Je n'ai pour le moment rencontré aucun volontaire musulman"

https://youtu.be/LRMl29LadB8

Poutine aux militaires russes:Je veux vivant Al-Baghdadi !

Nos lecteurs nous informent (merci à Pierre H)

Le président russe, Vladimir Poutine a demandé aux militaires russes de capturer vivant Aboubakr al-Baghdadi et les autres chefs du groupe takfiri terroriste de Daech.

Selon le website d’information « Panorama Al-Charq ol-Owssat », citant les sources bien-informées russes, le président russe Vladimir Poutine a demandé à ses effectifs d’oeuvrer dans leur combat contre les daechistes à capturer vivant les chefs de ce groupe dont et surtout Aboubakr al-Baghdadi sinon ils doivent transférer leurs corps à Moscou. Selon ces sources russes, l’objectif de la Russie en consiste à prouver la faiblesse et l’échec des Etats-Unis dans l’élimination de Daech par ses frappes menées dans le cadre de la coalition internationale dite anti-Daech, lancée depuis un an en Irak et en Syrie. Le porte-parole officiel du ministère russe de la Défense, le général Igor Konachenkov a annoncé que l’aviation russe vise, directement, le siège principal de Daech à Raqaa en Syrie.

Source

Le juge Trévidic : « Le pire est devant nous, Daech prépare des massacres de masse en France »

Le vice-Président du tribunal de grande instance de Lille, le juge Trévidic, a affirmé mercredi que le pire en matière d’attaques terroristes islamiste est à venir pour la France, la cible prioritaire du groupe État islamique (EI).

« La menace est à un niveau maximal, jamais atteint jusqu’alors. D’abord, nous sommes devenus pour l’EI l’ennemi numéro un. La France est la cible principale d’une armée de terroristes aux moyens illimités. », a déclaré l’ancien patron du Pôle judiciaire antiterroriste dans un entretien accordé à Paris Match.

« J’ai acquis la conviction que les hommes de Daech [acronyme de l'Etat islamique] ont l’ambition et les moyens de nous atteindre beaucoup plus durement en organisant des actions d’ampleur, incomparables à celles menées jusqu’ici. Je le dis en tant que technicien : les jours les plus sombres sont devant nous. La vraie guerre que l’EI entend porter sur notre sol n’a pas encore commencé. », a-t-il mis en garde.

« Nous avons en face de nous un groupe ­terroriste plus puissant que jamais. Bien plus puissant qu’Al-Qaïda à sa grande époque. L’EI, fort d’environ 30 000 “soldats” sur le terrain, a recruté plus de membres que l’organisation fondée par Ben Laden en quinze ans ! Et ce n’est pas fini. La France est, de fait, confrontée à une double menace. Celle du déferlement de ce que j’appelle les “scuds” humains du djihad individuel, ces hommes qui passent à l’action sans grande formation ni préparation, agissant seuls, avec plus ou moins de réussite, comme on a pu le voir ces derniers temps. Et celle, sans commune mesure, que je redoute : des actions d’envergure que prépare sans aucun doute l’EI, comme celles menées par Al-Qaïda, qui se sont soldées parfois par des carnages effroyables. », a poursuivi M. Trévidic.

« Les hommes de Daech ont les moyens, l’argent et la faculté d’acquérir facilement autant d’armes qu’ils veulent et d’organiser des attaques de masse. Le terrorisme est une surenchère ; il faut toujours aller plus loin, frapper plus fort. Et puis, il reste “le prix ­Goncourt du terrorisme” à atteindre, et je fais là référence aux attentats du 11 septembre 2001 contre les tours du World Trade Center. Je n’imagine pas un instant qu’un homme tel qu’Abou Bakr ­al-Baghdadi et son armée vont se satisfaire longtemps d’opérations extérieures de peu d’envergure. Ils sont en train de penser à quelque chose de bien plus large, visant en tout premier lieu l’Hexagone. », a expliqué le magistrat.

Selon M. Trévidic, « les juges, les policiers de la DGSI, les hommes de terrain, sont complètement débordés ». « Nous risquons d’aller dans le mur. », a-t-il conclu.

Éric Hazan – © Le Monde Juif .info | Photo : DR

Source

“Les terroristes de Daech s’infiltrent parmi les migrants”

Ndlr : Nous le savons déjà, mais il est nécessaire de le rappeler

Christian Estrosi était l'invité politique de France Info ce mardi matin. Il a, entre autres, abordé la question des migrants.

Chirstian Estrosi, maire de Nice et député Les Républicains en campagne pour les élections régionales en Paca, était invité sur la matinale de France Info ce mardi.

Entre autres, il s'est notamment exprimé sur le thème des migrants.

Suite sur Nice-Matin

Ci-dessous, des migrants interpellés à Menton en attente d'être reconduits à la frontière :

 

Daech déclare la guerre à l’Algérie et promet de reconquérir l’Andalousie

L’Organisation de l’Etat islamique promet une guerre longue et sans merci à l’Algérie dans une vidéo mise en ligne le 14 juillet 2015. L’un des intervenants va jusqu’à promettre «la reconquête de l’Andalousie». Ils viennent d’être identifiés.

La vidéo est encore disponible sur les sites proches de l’Organisation de l’Etat islamique.

Suite

La Napolitaine de Daech qui prône la décapitation

Une djihadiste italienne de 28 ans (photo "Le Figaro") convertie à l'islam radical et installée dans le nord de la Syrie veut porter la guerre sainte dans son pays d'origine. Pour elle, les décapitations sont une « juste rédemption ».

«Quand nous décapitons une personne - et je dis nous parce que je le fais au nom de l'État islamique -, nous obéissons à la charia»: difficile d'imaginer que des propos d'une violence extrême puissent sortir de la bouche d'une jeune Napolitaine de 28 ans au profil avenant, joviale, adorant se ...

Suite sur le figaro pour les abonnés

Les visées expansionnistes de l’Etat Islamique

Par José Castano

.

« Tous ceux qui luttent aujourd’hui contre l’intégrisme seront demain les artisans de la démocratie, parce que celle-ci est la seule véritable alternative au programme islamiste » (Alexandre Adler)

Dans son allocution du 18 septembre 2014, François Hollande a refusé toute coopération avec le régime de Bachar el-Assad pour lutter contre le terrorisme en Syrie -c’est-à-dire, l’Etat Islamique- au prétexte « qu’il ne voulait pas soutenir un dictateur » (sic) et le 15 janvier 2015, il déclarait, sans gêne aucune, à l’Institut du Monde Arabe : « L’Islam est compatible avec la démocratie ».
Quelle méconnaissance du sujet pour un Chef d’Etat ! Quelle lacune en géopolitique !
Ainsi, Monsieur Hollande ignore qu’il n’existe actuellement dans le monde arabe aucun régime démocratique. Tous les pays islamiques ont des régimes autoritaires, dictatoriaux, à parti unique, oppressif et tyrannique. Les factions rivales s’entretuent ; les violences entre sunnites et chiites (entretenues par les pays « frères ») sèment les morts par milliers dans d’atroces conditions et le terrorisme tue cent fois plus de musulmans que de non-musulmans. Seul le Liban constituait une démocratie, grâce à une faible majorité de chrétiens. On sait ce qu’il est advenu…

Dans la conjoncture présente, il est clair que le wahhabisme, mouvement extrémiste politico-religieux dont la branche armée est l’Etat Islamique, tire toutes les ficelles. Son objectif est de répandre l’islam fondamentaliste par le fer et le feu en profitant de la désorganisation que les Occidentaux ont introduite dans la plupart des pays musulmans par la suppression des chefs d’États laïques qui tenaient les populations et les religieux musulmans d’une main de fer : Kadhafi, Saddam Hussein et, bientôt, Bachar el-Assad. N’oublions pas que c’est la névrose obsessionnelle de George W.Bush (qui en avait fait une « affaire personnelle ») à l’égard de Saddam Hussein, qui a conduit les Etats-Unis à porter l’Etat Islamique sur les fonts baptismaux de la terreur.

Quelle responsabilité Bush porte-t-il dans la création de ce monstre, de ces milliers de morts, de cette misère humaine et de ces destructions ?
Kadhafi et Hussein éliminés, il reste encore Bachar el-Assad qui ne saurait « narguer » indéfiniment les occidentaux… Sur ce point, un rapport de la Defense Intelligence Agency daté d’août 2012, déclassifié en mai 2015 sur les instances d’un groupe conservateur américain à la suite d’un procès intenté à l’administration fédérale, précise que les Etats-Unis et leurs alliés opposés au régime syrien auraient intérêt à voir apparaître un Etat islamiste de tendance salafiste dans une partie de la Syrie afin d’accentuer la déstabilisation de Bachar El Assad. Cette révélation concorde parfaitement avec le témoignage du général Vincent Desportes, ancien directeur de l’Ecole de Guerre, qui avait déclaré, lors d’une audition devant une commission parlementaire française, « que les Etats-Unis ont joué un rôle actif dans la montée en puissance de Daech »
Quelle responsabilité sera celle de la France et de l’Occident après que l’EI se sera rendu maître de l’Irak et de la Syrie en totalité ? L’armée irakienne n’existe plus et celle de Bachar el-Assad, à bout de souffle, n’est plus que l’ombre d’elle-même. Après la chute de Palmyre et de Deir Ez Zor, celle d’Idleb et de la base militaire de Mastouma, la route de Damas est grande ouverte aux hordes islamiques.

Depuis le 30 mai 2015, l’Etat Islamique s’efforce d’investir la ville d’Hassaké, capitale éponyme de la province située au nord-est de la Syrie, qui compte plus de Kurdes, d’Assyriens et d’Arméniens que d’Arabes. Sa chute donnerait à l'EI le contrôle d'un troisième chef-lieu de province après Idleb et Raqqa.
Dès lors, doit-on persister dans notre refus d’aider Bachar el-Assad (protecteur des chrétiens) au prétexte qu’il est un dictateur ? Et l’Etat Islamique ne représente-t-il pas un régime de terreur avec son cortège de massacres, de viols, de destruction et de recours à l’esclavage ?
Les frappes aériennes de la coalition n’ayant entamé en rien les velléités hégémoniques de l’EI, ni sa fulgurante progression, seule une intervention au sol pourrait empêcher le fatal processus d’aboutir. Cette hypothèse étant rejetée par l’OTAN et l’ONU, la solution passerait alors par la création d’une brigade internationale… Oui, mais pour quand ? Et quand on sait que bon nombre de pays musulmans qui composent l’actuelle coalition financent et aident ce même EI, on se dit que l’imbroglio qui régit cette partie du monde n’est pas pres de se clarifier…

Dans cette attente, compte tenu de l’urgence de la situation, l’Iran qui s’est imposé comme un interlocuteur indispensable pour l’Occident et entend jouer un rôle toujours plus grand dans le monde arabe, a pris -selon le journal libanais « The Daily Star » du 4 juin 2015- l’initiative d’intervenir « en envoyant 15 000 combattants en Syrie pour contrer les récentes défaites des troupes gouvernementales, et espérer obtenir des résultats d’ici la fin du mois ».

Cependant, si les tergiversations et les atermoiements de l’Occident devaient permettre à l’EI de l’emporter, MM Hollande, Fabius, Bernard-Henry Lévy et autres « moralistes » de la bienpensance, reconnaîtront-ils leur erreur criminelle de diagnostic une fois Damas tombée ? Mais il sera malheureusement trop tard ; le Califat irako-syrien aura absorbé la Mésopotamie et, partant, envahira le Liban puis étendra ses tentacules hégémoniques sur tout le continent africain.

A quelques encablures, la vieille Europe ne représentera dès lors à ses yeux qu’une grappe de raisins mûrs et juteux qu’il lui sera aisé de cueillir et il ne restera plus à nos gouvernants qu’à méditer sur cette citation de Bossuet :

« Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu’ils en chérissent les causes ».

.

José CASTANO

« Si Daech n’existait pas, il aurait fallu l’inventer »

 

 

Richard Labévière, expert des questions internationales et stratégiques, écrivain et rédacteur en chef de Proche et Moyen-Orient.ch/Observatoire géostratégique, analyse le changement de posture des États-Unis dans le traitement des questions liées au terrorisme.

.

Dans un contexte international volatile et fragmenté, marqué par la disparition progressive du leadership américain, la multiplication des acteurs et la fin des alliances stables, la configuration de la menace terroriste est de plus en plus complexe. Comment a évolué le traitement du phénomène terroriste par les puissances occidentales et leurs alliés ? Comment expliquer les contradictions entre la déclaration d'une guerre totale contre le terrorisme incarné par des organisations comme le groupe État islamique (EI ou Daech), et dans la pratique, un conflit de moyenne et basse intensité contre l'EI ? Pourquoi l'approche politique de résolution des crises a été supplantée par la logique sécuritaire du maintien, de l'entretien et de la gestion de ces situations ? Richard Labévière, expert des questions internationales et stratégiques, rédacteur en chef de Proche et Moyen-Orient.ch/Observatoire géostratégique, répond à L'Orient-Le Jour.

 

Q : Le 27 mai 2015, à Genève, vous avez organisé un colloque sur le terrorisme dans lequel vous parlez d'« anciennes menaces » mais de « nouveaux enjeux ». Qu'entendez-vous par là ?
R : Le premier point sur les anciennes menaces était de montrer la vraie filiation historique de Daech. Souvent les observateurs pressés ont l'habitude de dire que Daech est né en Irak. Mais avant l'Irak, ce groupe s'est inspiré des méthodes et de l'idéologie des islamistes armés algériens, le Groupe islamique armé (GIA), qui entre 88 et 98 ont été les terroristes de la décennie sanglante (tortures et massacres collectifs au nom de la restauration du califat). Dans les méthodes d'assassinat et dans l'idéologie, ces islamistes ont donc été les précurseurs de Daech. Maintenant en ce qui concerne les nouveaux enjeux face à la menace terroriste et ses transformations, nous sommes passés par plusieurs stades. L'isolement international de pays comme l'Algérie qui a fait face seul au terrorisme à l'époque, puis après le 11 septembre et à partir du moment où les États-Unis sont touchés sur leur sol, la guerre contre le terrorisme qui devient l'affaire du monde entier. Après les révoltes arabes et jusqu'à ce jour, la grande nouveauté que l'on peut observer est la gestion de crises. On gère la menace terroriste sans chercher à la résoudre ou à l'éradiquer. La gestion de crise est devenue un mode de gouvernance. On canalise, on oriente, on instrumentalise.

 

Pourquoi estimez-vous que c'est après les révoltes arabes que le changement a été initié ?
Rappelons-nous pourquoi les Américains ont décidé d'éliminer Oussama Ben Laden (chef d'el-Qaëda) en mai 2011 alors qu'ils savaient depuis 4 ans qu'il était au Pakistan et ne bougeaient pas ? Parce que les révoltes arabes de janvier 2011 avaient commencé et que l'administration américaine ne voulait surtout pas qu'el-Qaëda récupère et instrumentalise la contestation, quand la réponse thermidorienne à ces révoltes à l'époque était les Frères musulmans. En mai 2011, on mise donc sur les Frères, et cela va s'avérer une catastrophe. À partir du moment où la dernière approche des États-Unis au Moyen-Orient a échoué, il n'y a pas eu d'approche politique régionale précise face à la crise syrienne, à l'implosion de l'Irak, aux conséquences de la guerre en Libye qui a touché tous les pays voisins de la zone sahelo-saharienne des côtes marocaine à la Corne de l'Afrique.

 

Comment se traduit aujourd'hui la gestion du terrorisme au Moyen-Orient ?
Prenons un exemple parlant, le sommet anti-Daech organisé par François Hollande en juin à Paris. Premièrement, il n'invite pas l'Iran qui est un pays majeur pour combattre Daech. Deuxièmement, la France fait partie de la coalition qui comprend une cinquantaine de pays ; or face aux participants à la conférence, M. Hollande explique que la lutte contre Daech sera longue sur le plan opérationnel (d'où l'idée de gestion), estimant en outre qu'il ne faut pas changer de stratégie parce que celle de la coalition est la plus adaptée. Or n'importe quel militaire sait parfaitement que l'on n'éradique pas une formation comme Daech simplement avec des bombardements aériens. C'est un principe de stratégie militaire. Dans ce genre de conflit, si l'on ne déploie pas de troupes au sol pour entrer dans une confrontation directe (ce que la France a fait au Mali, combats de corps à corps entre forces spéciales et jihadistes) cela ne donnera rien. Dans le cas de Daech, nous sommes dans cette fameuse équation : on ne résout pas le problème par des décisions militaires frontales, on gère sur le long terme et d'une certaine façon on en tire profit. Sur ce point précis, un expert du Pentagone avait affirmé que si l'on voulait véritablement venir à bout de l'EI, il faut 10 mille militaires au sol, une bataille frontale décisive et l'affaire est réglée. Or aujourd'hui, près de la moitié des avions de la coalition rentrent à leur base avec leurs bombes qu'ils n'ont pas larguées.
Nous pouvons prendre également l'exemple d'el-Qaëda que l'on aide dans un pays et que l'on combat ailleurs. On les soutient en Syrie, mais on tue leur chef au Yémen à 2-3 jours d'intervalle. Tout cela révèle qu'il n'y a plus de politique proche et moyen-orientale construite parce que ce n'est plus central aujourd'hui pour les États-Unis. Il faut replacer le logiciel géopolitique à son bon niveau. Nous avons oublié qu'au début de son second mandat, Barack Obama avait rappelé la chose suivante : l'avenir des intérêts américains se situe en Asie-Pacifique et en Asie centrale. Cela ne passe plus par le contrôle du Moyen-Orient, mais par ce que Zbigniew Brzeziński appelait Eurasie, c'est-à-dire les routes de Marco Polo, de Venise à Vladivostok. C'est pour cela que la priorité, avant de résoudre au cas par cas les crises au Moyen-Orient, reste la normalisation avec l'Iran et la recherche d'un accord sur le nucléaire. L'obsession américaine est aujourd'hui de contenir la Chine et le retour de la Russie comme puissance régionale dans son accord stratégique avec Pékin. De cette priorité-là découle des postures au Moyen-Orient qui vont être différentes en fonction des situations.

 

En l'absence d'une approche régionale globale, y a-t-il néanmoins des lignes rouges à ne pas franchir dans la région ?
Oui, il y a 4 lignes rouges qui ne bougent pas. La défense de Bagdad, parce que symboliquement après 2003 les Américains ne peuvent pas permettre que Daech prenne Bagdad. La défense et la protection de la Jordanie qui est un protectorat américano-israélien. Le Kurdistan qui reste une des dimensions essentielles de l'évolution de l'arc de crise et de la transformation à venir parce que du Kurdistan dépend la façon dont les acteurs tentent d'instrumentaliser la question kurde. Le Liban également parce que dans leur absence de vision globale encore une fois, les États-Unis et la France ne peuvent se permettre que l'on revive une instabilité générale telle que l'on a pu la vivre entre 1975 et les accords de Taëf de 1990. Même s'il y a encore des situations grises, des incursions dans la Békaa, et les conséquences que l'on connaît de la bataille du Qalamoun syrien. Aujourd'hui, il est certain que les États-Unis gèrent les crises au coup par coup. Mais surtout de la manière dont ils gèrent la criminalité chez eux. Dans les différents États les plus problématiques avec les gangs et les mafias, il y a un modus vivendi, on ne démantèle pas le crime organisé, on le canalise et on le gère. On protège les zones riches avec des sociétés militaires privées, et on laisse les criminels raqueter les parties les plus pauvres de la société américaine. Donc on instaure des sociétés à plusieurs vitesses avec des ghettos, des zones protégées, des zones abandonnées. La politique étrangère étant une extension de la politique intérieure.

 

Vous considérez que le « terrorisme » est devenu le stade suprême de la mondialisation, cette évolution dans le traitement du phénomène serait selon vous liée à la transformation du système capitaliste ?
Oui, le terrorisme rapporte et s'inscrit dans la logique de la mondialisation économique parce que la lutte contre le terrorisme génère des millions d'emplois dans les industries d'armement, de communication, etc. Le terrorisme est nécessaire à l'évolution du système capitaliste lui-même en crise, mais qui se reconfigure en permanence en gérant la crise. Cette idée de gestion sans résolution est consubstantielle au redéploiement du capital. Dans un brillant essai, La part maudite, Georges Bataille avait expliqué à l'époque en 1949 que toute reconfiguration du capital nécessite une part de gaspillage qu'il appelle la consumation et aujourd'hui on peut dire que le terrorisme est cette part de « consumation » organiquement liée à l'évolution du capitalisme mondialisé. Si Daech n'existait pas, il faudrait l'inventer. Ça permet de maintenir une croissance du budget militaire, des millions d'emplois de sous-traitance dans le complexe militaro-industriel américain, dans la communication, dans l'évolution des contractors, etc. La sécurité et son maintien est devenue un secteur économique à part entière. C'est la gestion du chaos constructif. Aujourd'hui des grandes boîtes, comme Google par exemple, supplantent l'État et les grandes entreprises en termes de moyens financiers pour l'investissement et la recherche dans le secteur militaire américain en finançant des projets de robots et de drones maritimes et aériens. Tout cela transforme le complexe militaro-industriel classique et rapporte beaucoup d'argent. Pour cette transformation le terrorisme est une absolue nécessité, Daech n'est donc pas éradiqué mais entretenu parce que cela sert l'ensemble de ces intérêts. Et là nous ne tombons pas dans la théorie du complot, c'est une réalité quand on examine l'évolution de l'économie.

 

Quelles sont les conséquences de cette logique ?
C'est surtout qu'on encourage les causes et les raisons sociales de l'émergence du terrorisme. On ne dit pas suffisamment que ceux qui aujourd'hui s'engagent dans les rangs de Daech et reçoivent un salaire proviennent des lumpen prolétariat de Tripoli ou autres zones où les gens vivent dans une extrême pauvreté parce que l'évolution du capitalisme affaiblit les États, les politiques sociales, et les classes les plus défavorisées sont dans une situation de survie de plus en plus complexe. Sans réduire le phénomène à une seule cause, le mauvais développement et la déglingue économique constituent tout de même une raison importante de l'expansion de Daech. Face à cela, les États-Unis ont entretenu la situation de faillite des États de la région sahelo-saharienne et favorisé la création de micro-États mafieux. Cette logique de traitement sécuritaire montre que l'argent est devenu le facteur principal des relations internationales aujourd'hui. La raison pour laquelle l'Arabie saoudite, le Qatar sont devenus des partenaires tellement importants pour les pays occidentaux c'est parce qu'ils ont de l'argent et dans leur logique de Bédouins, les Saoudiens pensent que l'on peut tout acheter. L'argent a supplanté l'approche politique des relations internationales, c'est la donnée principale et la direction de la gestion des crises. D'où ce poids totalement démesuré de l'Arabie saoudite, du Qatar, des Émirats, du Koweït, dans la gestion des crises du Proche et Moyen-Orient. Quand on voit que les Saoudiens arrosent d'argent le Sénégal, et que ce dernier envoie 200 soldats au Yémen on sent le poids de l'argent. On voit aussi comment cette course à l'argent explique la nouvelle diplomatie française.

 

C'est- à-dire ?
Du temps du général de Gaulle et de François Mitterrand, on parlait d'une politique arabe de la France, aujourd'hui on parle d'une politique sunnite de la France. La diplomatie française colle aujourd'hui aux intérêts saoudiens, parce que la France vend de l'armement, des Airbus à Riyad, aux Émirats, au Koweït... Ça représente 35 milliards de dollars lourds pour le Cac 40. C'est une diplomatie de boutiquier où la vision stratégique de l'intérêt national et de la sécurité nationale est supplantée par la course à l'argent. Les élites administratives et politiques ne parlent plus de la défense de l'intérêt national mais de la défense de leurs intérêts personnels. L'argent explique leur démission et leur trahison des élites. Dans ce contexte-là, la liberté d'expression s'est réduite à une simple alternative être ou ne pas être Charlie. S'exerce aujourd'hui une « soft » censure qui fait que dans les médias mainstream on peut difficilement faire des enquêtes ou critiquer l'Arabie saoudite ou le Qatar. La diplomatie est gérée par une école néoconservatrice française qui a substitué à la politique et l'approche internationale, une morale des droits de l'homme qui est un habillage à la course à leurs intérêts financiers.

.

Richard Labévière, 24 juin 2015, reproduit avec son aimable autorisation

Source       l'orient-le-jour

 

 

DAECH N’EST PLUS SEULEMENT AUX PORTES DE L’EUROPE, IL EN A FRANCHI LE SEUIL

« La lutte contre Daech sera longue et il faudra gérer au mieux la pression du temps court, dans nos sociétés actuelles qui exigeront des résultats rapides », a estimé le chef d’état-major des armées, le général Pierre de Villiers

La force de frappe de l’Etat islamique inquiète l’état-major des armées. « La rapidité avec laquelle ce mouvement parvient à accroître ses effectifs et à diversifier son matériel est très préoccupante », a estimé le chef d’état-major de l’armée de terre, le général Jean-Pierre Bosser.

Le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian avait été très clair sur l’arsenal dont dispose Daech. Ses grands subordonnés, qui suivent le dossier, affiche une préoccupation sur la puissance et l’attractivité de ce mouvement terroriste, dont les effectifs sont actuellement évalués à 25.000 djihadistes. Daech, qui dispose notamment de chars, « ne constitue pas qu’un groupe terroriste mais bien une armée qui manœuvre, qui communique, qui s’appuie sur des équipements performants et poursuit des objectifs stratégiques, avec une volonté expansionniste affichée », a expliqué aux sénateurs le chef d’état-major de l’armée de Terre (Cemat), le général Jean-Pierre Bosser.

Suite

Contre les « caricatures » et pas contre Daech ?

kamel-daoud

 

 

Par Kamel Daoud, journaliste algérien

 

Qui a vu la vidéo du pilote jordanien brûlé vif dans une cage ? Peu. Beaucoup. A peine quelques secondes. Intolérables images. A quelle limite va s’arrêter l’horreur voulue et élaborée de Daech ? Mais l’autre question est : pourquoi tant de gens se mobilisent quand l’Occident est accusé de porter atteinte à l’islam et que l’on ne fait rien contre Daech qui massacre cette religion, son sens, les siens et son sang ?

Pourquoi « je suis Charlie » semble plus choquant pour certains que la vidéo de ce pilote brûlé vif ?

Suite

« QU’ALLAH MAUDISSE LA FRANCE »

[...]

«Dar Al-islam» [...] fait, (en français sur le web), l’apologie de l’Etat islamique. Edité par l’agence multimédia Al-Hayat, cet organe officiel de communication de Daech diffuse sans vergogne sur les réseaux sociaux sa propagande mortifère.

[...]

Article entier sur Minurne             Fichier PDF de ce "journal" -----> Da_r Al-Isla_m 2(1)

dar-al-islam2

Daech brûle 2.000 livres et manuscrits et détruit des œuvres datant de plus de 7.000 ans

L’autodafé géant est passé totalement inaperçu. Les combattants de l’organisation Etat islamique auraient envahi la Bibliothèque centrale de Mossoul et le Musée. Bilan: des centaines de manuscrits, des œuvres antiques et des vieux journaux détruits et incendiés.

C’est une information d’Alarabtv (lien en arabe), qui relate avec force détails ce qui pourrait être le plus grand autodafé de l’Histoire.

Suite