Qui agresse qui à Martigny ? Quand le cadrage médiatique précède l’enquête
Longtemps, le titre a eu le dernier mot. À Martigny, où la presse résume une altercation filmée à un influenceur qui « frappe un homme », ce monopole de la parole se heurte à un obstacle : la vidéo est publique, et chacun peut vérifier.
Le 12 juin dernier à la gare de Martigny, une altercation entre l’influenceur patriote Colin Walks et un passant s’est soldée par un coup de poing, une hospitalisation et l’ouverture d’une procédure pénale.
Plusieurs médias, dont 20 Minutes, ont présenté l’affaire sous l’angle d’un influenceur d’extrême droite qui « frappe un homme ». Une présentation qui aurait sans doute été suffisante il y a quelques années, lorsque le public dépendait presque exclusivement du récit journalistique pour comprendre un événement.
Le problème est qu’en 2026, les images existent, elles sont publiques, elles peuvent être visionnées par chacun. Et ce que certains articles relèguent au second plan apparaît pourtant clairement à l’écran : avant le coup de poing, l’homme concerné pousse Colin Walks à plusieurs reprises tout en avançant vers lui.
Ce détail constitue l’élément central permettant de comprendre la séquence. Pourtant, dans plusieurs comptes rendus, le coup porté est présenté comme un fait établi tandis que les gestes qui le précèdent sont traités avec davantage de prudence, parfois au conditionnel. Comme si la réaction méritait davantage de certitudes que les événements qui l’ont provoquée.
La vidéo ne permet pas de trancher la question juridique : le droit suisse reconnaît la légitime défense lorsqu’une personne fait face à une attaque ou à une menace imminente, mais il appartiendra aux autorités de déterminer si les conditions étaient réunies et si la riposte était proportionnée. En revanche, elle permet déjà de répondre à une autre question : la séquence commence-t-elle réellement avec le coup de poing ? Sur ce point, chacun peut désormais se faire sa propre opinion.
Reste un détail qui en dit long. Sous l’article, la section commentaires a été désactivée − « pour éviter tout contenu blessant », précise la rédaction. Peut-être. Mais quand les images sont publiques et que le titre, lui, ne raconte qu’une moitié de la scène, fermer la discussion ressemble moins à une précaution qu’à un aveu.