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Quand la majorité parlementaire se gagne au crochet du droit

En Arménie, une séance parlementaire a tourné à la bagarre générale, avec coups de poing et chaise volante. Un spectacle loin d’être isolé : de Taïwan au Ghana, des élus s’arrachent les lois et les urnes, tandis que d’autres préfèrent les fumigènes. Petit tour du monde de démocraties qui prennent « débat musclé » au pied de la lettre.

La rédaction
1 novembre 2026
3 min de lecture

À Erevan, le 29 octobre, une séance de l’Assemblée nationale a dégénéré en bagarre générale. Un député de la majorité évoque l’idée saugrenue d’un « ministère pour satisfaire les femmes » attribuée à un proche d’un opposant. Les élus quittent leurs sièges, échangent des coups et le vice-président lance une chaise. Un nez saigne, une ambulance arrive. Le président de séance laisse d’abord faire : autant que les électeurs profitent du spectacle.

À ce niveau, la concurrence est pourtant rude. Aux Maldives, en 2024, des députés se sont battus à coups de poing, de pied et se sont tiré les cheveux sur fond de nominations ministérielles. En Italie, la même année, un élu a été évacué en fauteuil roulant après une mêlée déclenchée par un drapeau italien brandi à la tribune. La péninsule a inventé l’opéra, mais ses parlementaires cultivent le ballet d’action.

En Serbie, en 2025, l’opposition a fait éclater fumigènes et gaz lacrymogènes dans l’hémicycle, avec quelques œufs en supplément. À croire que c’est une spécialité des Balkans : dans le Kosov voisin, dès 2018, des députés ont lancé du gaz lacrymogène pour interrompre un vote. Après une pause pour aérer l’hémicycle, les élus sont revenus. Les grenades aussi. Le vote a finalement eu lieu lors d’une rare séance où l’on pouvait littéralement parler d’un climat politique irrespirable.

Vote à main levée, puis à poings fermés

En Géorgie, en 2024, un opposant a frappé un député de la majorité à la tête pendant le débat sur la loi relative à l’influence étrangère. Les arguments percutants font florès en Europe orientale, puisqu’en Ukraine aussi, les débats sont musclés : en 2015, une querelle sur une loi foncière tourne à la bagarre entre Yehor Sobolyev et Vadym Ivchenko. En 2016, deux députés en sont venus aux coups après des accusations de proximité avec Moscou.

À Taïwan, en 2024, un parlementaire a saisi des documents du débat et quitté la salle en courant : une forme d’obstruction qui exige surtout de bonnes jambes. Au Ghana, en 2021, un élu a saisi des bulletins de vote et tenté de s’enfuir lors de l’élection du président du Parlement. À chacun ses méthodes de dépouillement.

La Suisse conserve un style plus feutré. En juin 2024, au Palais fédéral, les élus UDC Thomas Aeschi et Michael Graber ont eu une altercation avec des policiers qui sécurisaient un escalier pour la visite du président du Parlement ukrainien. Pas de combat entre députés dans l’hémicycle, donc. Chez nous, le débat démocratique n’en vient pas encore aux chaises, il achoppe parfois sur une marche.

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