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« Mon affaire est devenue un symbole bien au-delà de la France » : grand entretien avec Thaïs d’Escufon

La condamnation de Thaïs d'Escufon n'est pas seulement une décision de justice. Elle constitue un symptôme supplémentaire de la politisation d'une partie de la magistrature française, dont plusieurs organisations représentatives affichent ouvertement leurs engagements idéologiques.

Dimitri Fontana
24 juin 2026
15 min de lecture

Condam­née en pre­mière ins­tance le 18 juin à 1 000 euros d’a­mende pour des pro­pos tenus sur la chaîne BFMTV en 2023 où elle décla­rait que « le prin­ci­pal dan­ger pour les femmes, ce sont les hommes immi­grés afri­cains, noirs et arabes », Thaïs d’Es­cu­fon est deve­nue en quelques jours l’une des figures les plus média­ti­sées du débat sur la liber­té d’ex­pres­sion en France.

L’an­cienne porte-parole de Géné­ra­tion iden­ti­taire conteste sa condam­na­tion et dénonce une jus­tice qu’elle estime de plus en plus idéo­lo­gi­sée. Une ana­lyse par­ta­gée par nombre de ses sou­tiens, qui voient dans cette affaire l’illus­tra­tion d’une magis­tra­ture enga­gée poli­ti­que­ment et prompte à sanc­tion­ner cer­taines opi­nions lors­qu’elles touchent à l’im­mi­gra­tion ou à l’i­den­ti­té. Relayée bien au-delà des fron­tières fran­çaises, l’af­faire a été reprise par plu­sieurs médias étran­gers, de nom­breux influen­ceurs anglo­phones et jus­qu’à Elon Musk sur le réseau X.

Une ques­tion tra­verse toute cette affaire : com­ment en est-on arri­vé à une situa­tion où la vic­time pré­su­mée d’une agres­sion sexuelle se retrouve sur le banc des accu­sés pour avoir par­lé publi­que­ment de ce qu’elle a subi ?

Quelques jours après le juge­ment, Thaïs d’Es­cu­fon a bien vou­lu répondre à nos ques­tions sur sa condam­na­tion, les suites de la pro­cé­dure, le sou­tien dont elle béné­fi­cie à l’in­ter­na­tio­nal et l’é­tat de la liber­té d’ex­pres­sion dans la France de 2026.

Entretien

Vous avez sou­vent expli­qué que cette affaire trouve son ori­gine dans une agres­sion sexuelle dont vous avez vous-même été vic­time. Pou­vez-vous reve­nir sur les cir­cons­tances de cette agres­sion ?

En 2022, en pleine jour­née, vers 11 heures du matin, alors que je ren­trais de la salle de sport, un migrant tuni­sien s’introduit chez moi, dans mon appar­te­ment du pre­mier arron­dis­se­ment de Lyon, au moment où j’ouvrais ma porte.

J’habitais alors un loge­ment en rez-de-chaus­sée, dont l’entrée don­nait direc­te­ment sur la rue. Il a pous­sé la porte der­rière moi, l’a refer­mée, m’a pris mon télé­phone des mains et m’a expli­qué, dans un fran­çais approxi­ma­tif, qu’il était “pour­sui­vi”, que je ne devais pas faire de bruit ni appe­ler la police.

Je me suis retrou­vée seule, enfer­mée chez moi avec cet homme, sans télé­phone, sans moyen réel d’appeler à l’aide, dans un appar­te­ment où le réseau pas­sait très mal et dans une rue abso­lu­ment pas pas­sante. Sur le moment, j’étais en état de sidé­ra­tion totale. Je com­pre­nais que tout pou­vait arri­ver et que per­sonne ne le sau­rait.

Il est res­té envi­ron une demi-heure chez moi. Pen­dant tout ce temps, j’ai essayé de gar­der mon calme, de ne pas l’énerver, de gagner du temps, de paraître coopé­ra­tive, c’est la stra­té­gie de sur­vie que j’ai trou­vée. Enfin, face à mon insis­tance pour qu’il parte, au bout de 30 minutes, il finit enfin par se lever, mon cœur s’accélère, cela va-t-il enfin se ter­mi­ner ? Je m’approche de la porte, prête à la refer­mer sur lui sitôt qu’il en aurait fran­chi le pas. Mais alors qu’il se dirige vers moi, met la clé dans la ser­rure… Il dit : « Avant de par­tir, juste… Tu peux me faire un bisou ? » D’abord, je refuse, il insiste. Je me dis que peut-être qu’il me lais­se­ra tran­quille, alors hon­teu­se­ment, je lui demande : « Sur la joue alors. » Et me voi­là, embras­sant timi­de­ment sur la joue cet homme qui me séquestre déjà depuis une demi-heure. C’est humi­liant. « Bon, main­te­nant il faut que vous par­tiez ! J’ai été gen­tille ! »

Il me prend les poi­gnets, mon sang se glace. Je recule com­plè­te­ment pani­quée. « Un der­nier truc… » J’ai envie de hur­ler, de par­tir en cou­rant, mais je ne sens plus aucun muscle, c’est comme si tout s’était relâ­ché. Mes jambes se dérobent sous moi. Il m’assoit sur un pouf se trou­vant der­rière. « Calme-toi, arrête de pleu­rer, juste, tu peux me sucer, steu­plait ? »

Je suis dans un cau­che­mar. Je vais me réveiller. Les larmes coulent sur mes joues. Je le sup­plie. « Non, S’il vous plait, j’ai fait tout ce que vous m’avez deman­dé, j’ai été gen­tille, s’il vous plait, je veux pas.

À ma grande stu­pé­fac­tion, il me lâche les poi­gnets. Je ne sais com­ment j’arrive à me lever. Il s’enfuit dans la rue. J’appelle la police et ce cal­vaire prend fin.

Ce qui a ajou­té au trau­ma­tisme, c’est que l’affaire a ensuite été clas­sée sans suite, alors même que j’avais recon­nu mon agres­seur sur des images de vidéo­sur­veillance. C’est aus­si ce sen­ti­ment d’abandon qui m’a mar­quée : avoir iden­ti­fié l’homme qui s’était intro­duit chez moi, et voir fina­le­ment l’affaire dis­pa­raître admi­nis­tra­ti­ve­ment.

Donc oui, lorsque je com­mente ensuite le viol, je ne parle pas depuis une abs­trac­tion idéo­lo­gique ou depuis un simple débat télé­vi­sé. Je parle aus­si depuis une expé­rience vécue, depuis la peur, depuis la sidé­ra­tion, et depuis le sen­ti­ment très concret que cer­taines femmes peuvent être agres­sées, par­ler, iden­ti­fier leur agres­seur, et mal­gré tout se retrou­ver seules face à ce qu’elles ont subi.

À quel moment avez-vous déci­dé de témoi­gner publi­que­ment de cette expé­rience ?

J’en ai par­lé très vite, dès le len­de­main des faits, sur les réseaux sociaux. J’étais encore sous le choc, mais sur­tout révol­tée.

Quand on tient le dis­cours que je tiens depuis des années, on explique sou­vent que ce genre de drame peut arri­ver à n’importe quelle femme : votre sœur, votre épouse, votre fille, votre amie. Mais mal­gré tout, on ne s’imagine jamais vrai­ment que cela peut vous arri­ver à vous, chez vous, en pleine jour­née, dans votre propre appar­te­ment.

Ce qui m’a pro­fon­dé­ment mise en colère, c’est aus­si le sen­ti­ment que la jus­tice de mon pays lais­sait ce type d’individu en liber­té, et que j’en avais fait direc­te­ment les frais. J’avais recon­nu mon agres­seur sur des images de vidéo­sur­veillance, et pour­tant l’affaire a été clas­sée sans suite. Pour moi, c’était incom­pré­hen­sible.

À par­tir du moment où j’ai par­lé, j’ai aus­si été accu­sée de men­tir. On m’a dit, en sub­stance, que cette his­toire tom­bait trop bien, qu’elle ser­vait trop par­fai­te­ment le dis­cours que je por­tais depuis plu­sieurs années. Mais pré­ci­sé­ment, à mes yeux, elle ne venait pas inven­ter un pro­blème : elle venait confir­mer, dans ma chair et dans ma vie, la réa­li­té concrète d’un com­bat que nous menions déjà.

On m’a aus­si repro­ché de men­tion­ner l’origine de mon agres­seur, comme si le simple fait de dire ce que j’avais vu et vécu rele­vait déjà d’une faute morale. Mais pour­quoi fau­drait-il occul­ter une par­tie de la réa­li­té lorsqu’elle est vraie ? Pour­quoi cer­taines carac­té­ris­tiques devraient-elles être nom­mables, et d’autres immé­dia­te­ment inter­dites au nom du poli­ti­que­ment cor­rect ?

Moins de deux ans plus tard, j’ai été invi­tée sur BFMTV pour com­men­ter une affaire de viol. Cette affaire m’a par­ti­cu­liè­re­ment mar­quée parce que le mode opé­ra­toire res­sem­blait beau­coup à ce que j’avais moi-même vécu : un homme qui s’introduit dans le domi­cile d’une femme, puis qui for­mule une demande sexuelle expli­cite. Sim­ple­ment, l’autre jeune femme a eu moins de chance que moi.

C’est dans ce contexte, encore tra­ver­sée par l’émotion et par le sou­ve­nir de ma propre agres­sion, que j’ai pro­non­cé la phrase qui m’a ensuite valu d’être pour­sui­vie en jus­tice. Je ne l’ai pas dite depuis une froide stra­té­gie poli­tique. Je l’ai dite depuis une expé­rience trau­ma­tique, depuis une colère, et depuis la convic­tion que cer­tains faits ne devraient pas être tus sim­ple­ment parce qu’ils dérangent.

Le tri­bu­nal consi­dère que vos pro­pos consti­tuent une « injure publique à rai­son de l’o­ri­gine, l’eth­nie, de la nation, la race ou la reli­gion ». Que répon­dez-vous à cette qua­li­fi­ca­tion ?

Je réponds que cette qua­li­fi­ca­tion me paraît pro­fon­dé­ment injuste et qu’elle pro­duit, sur­tout, un effet d’intimidation poli­tique.

Ce type de déci­sion envoie un mes­sage très clair aux vic­times : si ce que vous avez vécu touche à l’immigration, alors pesez chaque mot, tai­sez une par­tie de la réa­li­té, ou pré­pa­rez-vous à en subir les consé­quences. C’est extrê­me­ment grave.

J’ai expri­mé, à par­tir d’une expé­rience per­son­nelle et d’un débat public plus large, une inquié­tude poli­tique et sécu­ri­taire appuyée par l’expérience de mil­liers d’autres jeunes femmes avant moi, de sta­tis­tiques très concrètes. 63 % des agres­sions sexuelles dans les trans­ports en com­mun d’IDF sont le fait d’étrangers. Pas même de des­cen­dants d’immigrés, d’étrangers. Ce chiffre même est donc sous-esti­mé.

On peut contes­ter mes mots, les juger trop durs, me répondre publi­que­ment, mais les trans­for­mer en infrac­tion pénale est une attaque aux fon­de­ments idéo­lo­giques très clairs.

Ce qui me choque, c’est que cette logique semble tou­jours aller dans le même sens : elle pro­tège un récit idéo­lo­gique sur l’immigration, au détri­ment de la parole des vic­times. On demande aux femmes de par­ler, mais à condi­tion qu’elles parlent dans les termes accep­tés par le dis­cours domi­nant. Dès qu’elles nomment une réa­li­té qui dérange, elles deviennent sus­pectes.

Moi, je ne me tai­rai pas. J’ai la chance d’avoir une voix, une audience, des gens qui me suivent et me sou­tiennent. Beau­coup d’autres femmes n’ont pas cette pos­si­bi­li­té. Beau­coup res­tent seules avec ce qu’elles ont vécu, par­fois par peur d’être accu­sées, cari­ca­tu­rées ou aban­don­nées.

Je veux aus­si par­ler pour elles.

Vous avez été condam­née pour des mots. Selon vous, à par­tir de quel moment un constat ou une ana­lyse deviennent-ils, aux yeux de la jus­tice fran­çaise, un délit ?

Je crois qu’en France, un constat ou une ana­lyse deviennent un délit à par­tir du moment où ils fran­chissent cer­taines fron­tières idéo­lo­giques.

Offi­ciel­le­ment, bien sûr, la liber­té d’expression existe. Mais dans les faits, elle est condi­tion­nelle. On peut par­ler de beau­coup de choses, par­fois même de manière très vio­lente, tant que l’on reste dans le cadre moral accep­té par le dis­cours domi­nant. En revanche, dès que l’on touche à l’immigration, à l’identité, à l’insécurité ou à cer­taines réa­li­tés eth­no-cultu­relles, le débat cesse d’être un débat : il devient poten­tiel­le­ment une affaire judi­ciaire car on touche à l’un des dogmes du gau­chisme ambiant.

On m’a condam­née pour une phrase poli­tique, pro­non­cée dans un débat public, à par­tir d’une expé­rience vécue et d’une inquié­tude réelle. Donc oui, la liber­té d’expression en France est très lar­ge­ment théo­rique.

Avez-vous eu le sen­ti­ment d’être jugée pour ce que vous avez dit ou pour ce que vous repré­sen­tez poli­ti­que­ment ?

J’ai eu le sen­ti­ment d’être jugée autant, sinon davan­tage, pour ce que je repré­sente poli­ti­que­ment que pour les mots pré­cis que j’ai pro­non­cés.

Je suis une ancienne porte-parole de Géné­ra­tion iden­ti­taire, un mou­ve­ment qui a été dis­sous, et je sais très bien ce que cette éti­quette pro­voque dans une par­tie du monde média­tique, poli­tique et judi­ciaire. À par­tir du moment où vous avez incar­né ce com­bat, vous deve­nez un sym­bole à neu­tra­li­ser. Je crois que c’est aus­si ce qui explique l’acharnement autour de cer­taines figures issues de cette mou­vance comme Damien Rieu. Nous avons été effi­caces. Nous avons eu une por­tée. Nous avons réus­si à mettre cer­tains sujets au centre du débat public, et j’ai le sen­ti­ment qu’il existe une volon­té de ter­mi­ner le tra­vail : nous démo­ra­li­ser, nous rui­ner socia­le­ment, éco­no­mi­que­ment, psy­cho­lo­gi­que­ment, pour que plus per­sonne n’ait envie de reprendre le flam­beau.

Il y a aus­si une dimen­sion plus pro­fonde, presque civi­li­sa­tion­nelle, dans ce que je repré­sente mal­gré moi. Je suis une jeune femme fran­çaise, issue du peuple his­to­rique de ce pays, je fais par­tie du peuple que l’on rem­place et qui refuse de dis­pa­raître. Ça dérange.

Une autre per­sonne, avec un autre pro­fil, tenant des pro­pos autre­ment for­mu­lés mais dans une direc­tion idéo­lo­gique plus accep­table, n’aurait pro­ba­ble­ment pas été trai­tée de la même manière.

Quelques heures après votre condam­na­tion, votre affaire com­men­çait à cir­cu­ler dans le monde entier. Vous atten­diez-vous à un tel reten­tis­se­ment ?

Non, pas du tout. Pour être hon­nête, lorsque j’ai pos­té ma pre­mière vidéo après la condam­na­tion, je l’ai fait dans un état d’épuisement et de dés­illu­sion assez pro­fond.

Ce type de pro­cé­dure ne se résume jamais à une simple amende. Il y a tout ce qui l’entoure : la pres­sion média­tique, le coût finan­cier, l’atteinte à la répu­ta­tion, l’incertitude judi­ciaire, l’épuisement men­tal. C’est une forme de sanc­tion glo­bale. Cela vous use à la fin.

Cette pres­sion avait com­men­cé à avoir rai­son de moi. On se demande si cela vaut encore la peine de conti­nuer à par­ler. Quand j’ai publié cette vidéo, je m’attendais sur­tout à rece­voir un peu d’aide de mon audience, un peu de sou­tien moral et finan­cier, peut-être une por­tée modeste.

Le len­de­main matin, sur les conseils de Mar­tin Sell­ner, un mili­tant iden­ti­taire autri­chien très enga­gé, j’ai publié un résu­mé de l’affaire en anglais. Et là, tout a pris une ampleur que je n’avais abso­lu­ment pas anti­ci­pée.

L’affaire a com­men­cé à cir­cu­ler à l’international. On en a par­lé aux États-Unis, en Amé­rique du Sud, jusqu’au Japon. Je crois que beau­coup de gens, à l’étranger, ont été frap­pés par l’absurdité de la situa­tion.

Ce sou­tien mon­dial m’a pro­fon­dé­ment tou­chée. Je res­sens beau­coup de gra­ti­tude : le sou­tien finan­cier reçu sur Patreon m’a redon­né de la force, parce qu’il m’a rap­pe­lé que je n’étais pas seule.

Et cela m’a redon­né l’énergie de conti­nuer à me battre.

Com­ment expli­quez-vous que votre dos­sier ait sus­ci­té davan­tage de réac­tions aux États-Unis que cer­taines affaires com­pa­rables en France ? Avez-vous mesu­ré concrè­te­ment l’im­pact de cette expo­si­tion mon­diale ?

Je pense que cela tient d’abord à leur rap­port très dif­fé­rent à la liber­té d’expression. Elle est au cœur de leur culture poli­tique, ins­crite dans leur pre­mier amen­de­ment, presque sacré. Les Amé­ri­cains sont for­cé­ment cho­qués à l’idée qu’une femme, vic­time d’une agres­sion sexuelle, se retrouve condam­née pour de simples pro­pos tenus dans le cadre d’un débat public, alors que son agres­seur, lui, n’a pas été condam­né : ça a mis le feu aux poudres.

En France, nous nous sommes presque habi­tués à ce cli­mat. Les mili­tants iden­ti­taires, les jour­na­listes ou les per­son­na­li­tés qui abordent ces sujets sont régu­liè­re­ment pour­sui­vis, convo­qués, condam­nés, mis sous pres­sion. À force, cela devient presque rou­ti­nier. On ne s’en indigne même plus autant qu’on le devrait.

Mais lorsque l’on change de para­digme, lorsque l’on regarde la France depuis l’extérieur, on mesure à quel point notre situa­tion est inquié­tante.

Votre condam­na­tion inter­vient dans un contexte où plu­sieurs mili­tants, jour­na­listes ou per­son­na­li­tés poli­tiques sont régu­liè­re­ment pour­sui­vis pour leurs opi­nions. Le cas d’E­rik Tegnér, du maga­zine Fron­tières, est très proche du vôtre. Nous pen­sons aus­si à Jean-Eudes Gan­nat. Voyez-vous un phé­no­mène plus large ?

Oui, je vois clai­re­ment un phé­no­mène plus large.

Les attaques contre les mili­tants, les jour­na­listes ou les per­son­na­li­tés qui abordent ces sujets redoublent d’intensité pré­ci­sé­ment parce que les consé­quences de l’immigration de masse deviennent de plus en plus dif­fi­ciles à dis­si­mu­ler. Pen­dant long­temps, il était encore pos­sible de trai­ter ces alertes comme des fan­tasmes, des obses­sions ou des exa­gé­ra­tions mili­tantes. Aujourd’hui, les faits s’accumulent, les drames se mul­ti­plient, et de plus en plus de Fran­çais constatent dans leur vie quo­ti­dienne ce que nous dénon­cions depuis des années.

On essaie de nous faire nous accou­tu­mer aux nui­sances et aux dan­gers que cause l’immigration. Face à cela, ceux qui nomment le pro­blème deviennent eux-mêmes le pro­blème.

Le cas d’Erik Tegnér, celui de Jean-Eudes Gan­nat, le mien, et beau­coup d’autres, par­ti­cipent de ce même cli­mat.

Une par­tie de la magis­tra­ture fran­çaise affiche ouver­te­ment des enga­ge­ments idéo­lo­giques. Pen­sez-vous que cela influence cer­taines déci­sions de jus­tice ?

Oui, évi­dem­ment. Éric Zem­mour a été l’un des pre­miers à popu­la­ri­ser l’expression de “jus­tice rouge”, et je pense que beau­coup de Fran­çais com­prennent aujourd’hui ce qu’elle signi­fie.

Il ne s’agit pas de dire que tous les magis­trats seraient mili­tants, ni que chaque déci­sion de jus­tice serait dic­tée par une idéo­lo­gie poli­tique. Ce serait évi­dem­ment exces­sif. Mais il est deve­nu très dif­fi­cile de nier qu’une par­tie de la magis­tra­ture fran­çaise baigne dans un envi­ron­ne­ment idéo­lo­gique très mar­qué, sou­vent à gauche, notam­ment sur les sujets liés à l’immigration, à l’antiracisme, à l’identité ou à la sécu­ri­té.

Quand cer­tains syn­di­cats ou cer­taines orga­ni­sa­tions de magis­trats affichent publi­que­ment des posi­tions poli­tiques, il est légi­time de s’interroger sur l’impact que cela peut avoir dans cer­taines affaires.

Dans mon cas, il est dif­fi­cile de ne pas avoir ce sen­ti­ment. J’ai été vic­time d’une agres­sion, mon affaire a été clas­sée sans suite, et quelques années plus tard, c’est moi qui suis condam­née. La jus­tice est deve­nue plus laxiste avec les délin­quants immi­grés qu’avec ceux qui les dénoncent.

Si vous pou­viez reve­nir sur le pla­teau de télé­vi­sion où tout a com­men­cé, sachant ce qui allait suivre, diriez-vous aujourd’­hui quelque chose de dif­fé­rent ?

Non.

Je sais qu’en France, cer­taines phrases coûtent très cher lorsqu’elles touchent à l’immigration, j’aurais pu peut-être choi­sir une for­mu­la­tion plus pru­dente, sim­ple­ment pour évi­ter qu’on me cari­ca­ture. Mais ce serait jus­te­ment le piège : nous pous­ser à par­ler dans une langue tel­le­ment neu­tra­li­sée, tel­le­ment asep­ti­sée, qu’elle ne dit plus rien de la réa­li­té.

Ce que j’ai vou­lu expri­mer ce jour-là, je le pense tou­jours. Je ne renie pas mes pro­pos. Je ne regrette pas d’avoir par­lé. Ce que je regrette, c’est de vivre dans un pays où une femme doit craindre davan­tage les consé­quences judi­ciaires de sa parole que l’homme qui l’a agres­sée.

S’il y a une leçon à tirer de cette affaire, c’est qu’il faut conti­nuer à par­ler, mais avec encore plus de cou­rage, parce que le silence est pré­ci­sé­ment ce que ce sys­tème cherche à obte­nir.

Pro­pos recueillis par Dimi­tri Fon­ta­na

Dimitri Fontana
Dimitri Fontana

Dimitri Fontana est un observateur des grands enjeux contemporains. Il s’intéresse particulièrement aux questions de société, aux mutations politiques européennes et aux dynamiques géopolitiques à l’œuvre en Europe de l’Est. Ses travaux portent sur les rapports de force culturels, identitaires et stratégiques qui traversent le continent.

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