« Mon affaire est devenue un symbole bien au-delà de la France » : grand entretien avec Thaïs d’Escufon
La condamnation de Thaïs d'Escufon n'est pas seulement une décision de justice. Elle constitue un symptôme supplémentaire de la politisation d'une partie de la magistrature française, dont plusieurs organisations représentatives affichent ouvertement leurs engagements idéologiques.
Condamnée en première instance le 18 juin à 1 000 euros d’amende pour des propos tenus sur la chaîne BFMTV en 2023 où elle déclarait que « le principal danger pour les femmes, ce sont les hommes immigrés africains, noirs et arabes », Thaïs d’Escufon est devenue en quelques jours l’une des figures les plus médiatisées du débat sur la liberté d’expression en France.
L’ancienne porte-parole de Génération identitaire conteste sa condamnation et dénonce une justice qu’elle estime de plus en plus idéologisée. Une analyse partagée par nombre de ses soutiens, qui voient dans cette affaire l’illustration d’une magistrature engagée politiquement et prompte à sanctionner certaines opinions lorsqu’elles touchent à l’immigration ou à l’identité. Relayée bien au-delà des frontières françaises, l’affaire a été reprise par plusieurs médias étrangers, de nombreux influenceurs anglophones et jusqu’à Elon Musk sur le réseau X.
Une question traverse toute cette affaire : comment en est-on arrivé à une situation où la victime présumée d’une agression sexuelle se retrouve sur le banc des accusés pour avoir parlé publiquement de ce qu’elle a subi ?
Quelques jours après le jugement, Thaïs d’Escufon a bien voulu répondre à nos questions sur sa condamnation, les suites de la procédure, le soutien dont elle bénéficie à l’international et l’état de la liberté d’expression dans la France de 2026.
Entretien
Vous avez souvent expliqué que cette affaire trouve son origine dans une agression sexuelle dont vous avez vous-même été victime. Pouvez-vous revenir sur les circonstances de cette agression ?
En 2022, en pleine journée, vers 11 heures du matin, alors que je rentrais de la salle de sport, un migrant tunisien s’introduit chez moi, dans mon appartement du premier arrondissement de Lyon, au moment où j’ouvrais ma porte.
J’habitais alors un logement en rez-de-chaussée, dont l’entrée donnait directement sur la rue. Il a poussé la porte derrière moi, l’a refermée, m’a pris mon téléphone des mains et m’a expliqué, dans un français approximatif, qu’il était “poursuivi”, que je ne devais pas faire de bruit ni appeler la police.
Je me suis retrouvée seule, enfermée chez moi avec cet homme, sans téléphone, sans moyen réel d’appeler à l’aide, dans un appartement où le réseau passait très mal et dans une rue absolument pas passante. Sur le moment, j’étais en état de sidération totale. Je comprenais que tout pouvait arriver et que personne ne le saurait.
Il est resté environ une demi-heure chez moi. Pendant tout ce temps, j’ai essayé de garder mon calme, de ne pas l’énerver, de gagner du temps, de paraître coopérative, c’est la stratégie de survie que j’ai trouvée. Enfin, face à mon insistance pour qu’il parte, au bout de 30 minutes, il finit enfin par se lever, mon cœur s’accélère, cela va-t-il enfin se terminer ? Je m’approche de la porte, prête à la refermer sur lui sitôt qu’il en aurait franchi le pas. Mais alors qu’il se dirige vers moi, met la clé dans la serrure… Il dit : « Avant de partir, juste… Tu peux me faire un bisou ? » D’abord, je refuse, il insiste. Je me dis que peut-être qu’il me laissera tranquille, alors honteusement, je lui demande : « Sur la joue alors. » Et me voilà, embrassant timidement sur la joue cet homme qui me séquestre déjà depuis une demi-heure. C’est humiliant. « Bon, maintenant il faut que vous partiez ! J’ai été gentille ! »
Il me prend les poignets, mon sang se glace. Je recule complètement paniquée. « Un dernier truc… » J’ai envie de hurler, de partir en courant, mais je ne sens plus aucun muscle, c’est comme si tout s’était relâché. Mes jambes se dérobent sous moi. Il m’assoit sur un pouf se trouvant derrière. « Calme-toi, arrête de pleurer, juste, tu peux me sucer, steuplait ? »
Je suis dans un cauchemar. Je vais me réveiller. Les larmes coulent sur mes joues. Je le supplie. « Non, S’il vous plait, j’ai fait tout ce que vous m’avez demandé, j’ai été gentille, s’il vous plait, je veux pas.
À ma grande stupéfaction, il me lâche les poignets. Je ne sais comment j’arrive à me lever. Il s’enfuit dans la rue. J’appelle la police et ce calvaire prend fin.
Ce qui a ajouté au traumatisme, c’est que l’affaire a ensuite été classée sans suite, alors même que j’avais reconnu mon agresseur sur des images de vidéosurveillance. C’est aussi ce sentiment d’abandon qui m’a marquée : avoir identifié l’homme qui s’était introduit chez moi, et voir finalement l’affaire disparaître administrativement.
Donc oui, lorsque je commente ensuite le viol, je ne parle pas depuis une abstraction idéologique ou depuis un simple débat télévisé. Je parle aussi depuis une expérience vécue, depuis la peur, depuis la sidération, et depuis le sentiment très concret que certaines femmes peuvent être agressées, parler, identifier leur agresseur, et malgré tout se retrouver seules face à ce qu’elles ont subi.
À quel moment avez-vous décidé de témoigner publiquement de cette expérience ?
J’en ai parlé très vite, dès le lendemain des faits, sur les réseaux sociaux. J’étais encore sous le choc, mais surtout révoltée.
Quand on tient le discours que je tiens depuis des années, on explique souvent que ce genre de drame peut arriver à n’importe quelle femme : votre sœur, votre épouse, votre fille, votre amie. Mais malgré tout, on ne s’imagine jamais vraiment que cela peut vous arriver à vous, chez vous, en pleine journée, dans votre propre appartement.
Ce qui m’a profondément mise en colère, c’est aussi le sentiment que la justice de mon pays laissait ce type d’individu en liberté, et que j’en avais fait directement les frais. J’avais reconnu mon agresseur sur des images de vidéosurveillance, et pourtant l’affaire a été classée sans suite. Pour moi, c’était incompréhensible.
À partir du moment où j’ai parlé, j’ai aussi été accusée de mentir. On m’a dit, en substance, que cette histoire tombait trop bien, qu’elle servait trop parfaitement le discours que je portais depuis plusieurs années. Mais précisément, à mes yeux, elle ne venait pas inventer un problème : elle venait confirmer, dans ma chair et dans ma vie, la réalité concrète d’un combat que nous menions déjà.
On m’a aussi reproché de mentionner l’origine de mon agresseur, comme si le simple fait de dire ce que j’avais vu et vécu relevait déjà d’une faute morale. Mais pourquoi faudrait-il occulter une partie de la réalité lorsqu’elle est vraie ? Pourquoi certaines caractéristiques devraient-elles être nommables, et d’autres immédiatement interdites au nom du politiquement correct ?
Moins de deux ans plus tard, j’ai été invitée sur BFMTV pour commenter une affaire de viol. Cette affaire m’a particulièrement marquée parce que le mode opératoire ressemblait beaucoup à ce que j’avais moi-même vécu : un homme qui s’introduit dans le domicile d’une femme, puis qui formule une demande sexuelle explicite. Simplement, l’autre jeune femme a eu moins de chance que moi.
C’est dans ce contexte, encore traversée par l’émotion et par le souvenir de ma propre agression, que j’ai prononcé la phrase qui m’a ensuite valu d’être poursuivie en justice. Je ne l’ai pas dite depuis une froide stratégie politique. Je l’ai dite depuis une expérience traumatique, depuis une colère, et depuis la conviction que certains faits ne devraient pas être tus simplement parce qu’ils dérangent.
Le tribunal considère que vos propos constituent une « injure publique à raison de l’origine, l’ethnie, de la nation, la race ou la religion ». Que répondez-vous à cette qualification ?
Je réponds que cette qualification me paraît profondément injuste et qu’elle produit, surtout, un effet d’intimidation politique.
Ce type de décision envoie un message très clair aux victimes : si ce que vous avez vécu touche à l’immigration, alors pesez chaque mot, taisez une partie de la réalité, ou préparez-vous à en subir les conséquences. C’est extrêmement grave.
J’ai exprimé, à partir d’une expérience personnelle et d’un débat public plus large, une inquiétude politique et sécuritaire appuyée par l’expérience de milliers d’autres jeunes femmes avant moi, de statistiques très concrètes. 63 % des agressions sexuelles dans les transports en commun d’IDF sont le fait d’étrangers. Pas même de descendants d’immigrés, d’étrangers. Ce chiffre même est donc sous-estimé.
On peut contester mes mots, les juger trop durs, me répondre publiquement, mais les transformer en infraction pénale est une attaque aux fondements idéologiques très clairs.
Ce qui me choque, c’est que cette logique semble toujours aller dans le même sens : elle protège un récit idéologique sur l’immigration, au détriment de la parole des victimes. On demande aux femmes de parler, mais à condition qu’elles parlent dans les termes acceptés par le discours dominant. Dès qu’elles nomment une réalité qui dérange, elles deviennent suspectes.
Moi, je ne me tairai pas. J’ai la chance d’avoir une voix, une audience, des gens qui me suivent et me soutiennent. Beaucoup d’autres femmes n’ont pas cette possibilité. Beaucoup restent seules avec ce qu’elles ont vécu, parfois par peur d’être accusées, caricaturées ou abandonnées.
Je veux aussi parler pour elles.
Vous avez été condamnée pour des mots. Selon vous, à partir de quel moment un constat ou une analyse deviennent-ils, aux yeux de la justice française, un délit ?
Je crois qu’en France, un constat ou une analyse deviennent un délit à partir du moment où ils franchissent certaines frontières idéologiques.
Officiellement, bien sûr, la liberté d’expression existe. Mais dans les faits, elle est conditionnelle. On peut parler de beaucoup de choses, parfois même de manière très violente, tant que l’on reste dans le cadre moral accepté par le discours dominant. En revanche, dès que l’on touche à l’immigration, à l’identité, à l’insécurité ou à certaines réalités ethno-culturelles, le débat cesse d’être un débat : il devient potentiellement une affaire judiciaire car on touche à l’un des dogmes du gauchisme ambiant.
On m’a condamnée pour une phrase politique, prononcée dans un débat public, à partir d’une expérience vécue et d’une inquiétude réelle. Donc oui, la liberté d’expression en France est très largement théorique.
Avez-vous eu le sentiment d’être jugée pour ce que vous avez dit ou pour ce que vous représentez politiquement ?
J’ai eu le sentiment d’être jugée autant, sinon davantage, pour ce que je représente politiquement que pour les mots précis que j’ai prononcés.
Je suis une ancienne porte-parole de Génération identitaire, un mouvement qui a été dissous, et je sais très bien ce que cette étiquette provoque dans une partie du monde médiatique, politique et judiciaire. À partir du moment où vous avez incarné ce combat, vous devenez un symbole à neutraliser. Je crois que c’est aussi ce qui explique l’acharnement autour de certaines figures issues de cette mouvance comme Damien Rieu. Nous avons été efficaces. Nous avons eu une portée. Nous avons réussi à mettre certains sujets au centre du débat public, et j’ai le sentiment qu’il existe une volonté de terminer le travail : nous démoraliser, nous ruiner socialement, économiquement, psychologiquement, pour que plus personne n’ait envie de reprendre le flambeau.
Il y a aussi une dimension plus profonde, presque civilisationnelle, dans ce que je représente malgré moi. Je suis une jeune femme française, issue du peuple historique de ce pays, je fais partie du peuple que l’on remplace et qui refuse de disparaître. Ça dérange.
Une autre personne, avec un autre profil, tenant des propos autrement formulés mais dans une direction idéologique plus acceptable, n’aurait probablement pas été traitée de la même manière.
Quelques heures après votre condamnation, votre affaire commençait à circuler dans le monde entier. Vous attendiez-vous à un tel retentissement ?
Non, pas du tout. Pour être honnête, lorsque j’ai posté ma première vidéo après la condamnation, je l’ai fait dans un état d’épuisement et de désillusion assez profond.
Ce type de procédure ne se résume jamais à une simple amende. Il y a tout ce qui l’entoure : la pression médiatique, le coût financier, l’atteinte à la réputation, l’incertitude judiciaire, l’épuisement mental. C’est une forme de sanction globale. Cela vous use à la fin.
Cette pression avait commencé à avoir raison de moi. On se demande si cela vaut encore la peine de continuer à parler. Quand j’ai publié cette vidéo, je m’attendais surtout à recevoir un peu d’aide de mon audience, un peu de soutien moral et financier, peut-être une portée modeste.
Le lendemain matin, sur les conseils de Martin Sellner, un militant identitaire autrichien très engagé, j’ai publié un résumé de l’affaire en anglais. Et là, tout a pris une ampleur que je n’avais absolument pas anticipée.
L’affaire a commencé à circuler à l’international. On en a parlé aux États-Unis, en Amérique du Sud, jusqu’au Japon. Je crois que beaucoup de gens, à l’étranger, ont été frappés par l’absurdité de la situation.
Ce soutien mondial m’a profondément touchée. Je ressens beaucoup de gratitude : le soutien financier reçu sur Patreon m’a redonné de la force, parce qu’il m’a rappelé que je n’étais pas seule.
Et cela m’a redonné l’énergie de continuer à me battre.
Comment expliquez-vous que votre dossier ait suscité davantage de réactions aux États-Unis que certaines affaires comparables en France ? Avez-vous mesuré concrètement l’impact de cette exposition mondiale ?
Je pense que cela tient d’abord à leur rapport très différent à la liberté d’expression. Elle est au cœur de leur culture politique, inscrite dans leur premier amendement, presque sacré. Les Américains sont forcément choqués à l’idée qu’une femme, victime d’une agression sexuelle, se retrouve condamnée pour de simples propos tenus dans le cadre d’un débat public, alors que son agresseur, lui, n’a pas été condamné : ça a mis le feu aux poudres.
En France, nous nous sommes presque habitués à ce climat. Les militants identitaires, les journalistes ou les personnalités qui abordent ces sujets sont régulièrement poursuivis, convoqués, condamnés, mis sous pression. À force, cela devient presque routinier. On ne s’en indigne même plus autant qu’on le devrait.
Mais lorsque l’on change de paradigme, lorsque l’on regarde la France depuis l’extérieur, on mesure à quel point notre situation est inquiétante.
Votre condamnation intervient dans un contexte où plusieurs militants, journalistes ou personnalités politiques sont régulièrement poursuivis pour leurs opinions. Le cas d’Erik Tegnér, du magazine Frontières, est très proche du vôtre. Nous pensons aussi à Jean-Eudes Gannat. Voyez-vous un phénomène plus large ?
Oui, je vois clairement un phénomène plus large.
Les attaques contre les militants, les journalistes ou les personnalités qui abordent ces sujets redoublent d’intensité précisément parce que les conséquences de l’immigration de masse deviennent de plus en plus difficiles à dissimuler. Pendant longtemps, il était encore possible de traiter ces alertes comme des fantasmes, des obsessions ou des exagérations militantes. Aujourd’hui, les faits s’accumulent, les drames se multiplient, et de plus en plus de Français constatent dans leur vie quotidienne ce que nous dénoncions depuis des années.
On essaie de nous faire nous accoutumer aux nuisances et aux dangers que cause l’immigration. Face à cela, ceux qui nomment le problème deviennent eux-mêmes le problème.
Le cas d’Erik Tegnér, celui de Jean-Eudes Gannat, le mien, et beaucoup d’autres, participent de ce même climat.
Une partie de la magistrature française affiche ouvertement des engagements idéologiques. Pensez-vous que cela influence certaines décisions de justice ?
Oui, évidemment. Éric Zemmour a été l’un des premiers à populariser l’expression de “justice rouge”, et je pense que beaucoup de Français comprennent aujourd’hui ce qu’elle signifie.
Il ne s’agit pas de dire que tous les magistrats seraient militants, ni que chaque décision de justice serait dictée par une idéologie politique. Ce serait évidemment excessif. Mais il est devenu très difficile de nier qu’une partie de la magistrature française baigne dans un environnement idéologique très marqué, souvent à gauche, notamment sur les sujets liés à l’immigration, à l’antiracisme, à l’identité ou à la sécurité.
Quand certains syndicats ou certaines organisations de magistrats affichent publiquement des positions politiques, il est légitime de s’interroger sur l’impact que cela peut avoir dans certaines affaires.
Dans mon cas, il est difficile de ne pas avoir ce sentiment. J’ai été victime d’une agression, mon affaire a été classée sans suite, et quelques années plus tard, c’est moi qui suis condamnée. La justice est devenue plus laxiste avec les délinquants immigrés qu’avec ceux qui les dénoncent.
Si vous pouviez revenir sur le plateau de télévision où tout a commencé, sachant ce qui allait suivre, diriez-vous aujourd’hui quelque chose de différent ?
Non.
Je sais qu’en France, certaines phrases coûtent très cher lorsqu’elles touchent à l’immigration, j’aurais pu peut-être choisir une formulation plus prudente, simplement pour éviter qu’on me caricature. Mais ce serait justement le piège : nous pousser à parler dans une langue tellement neutralisée, tellement aseptisée, qu’elle ne dit plus rien de la réalité.
Ce que j’ai voulu exprimer ce jour-là, je le pense toujours. Je ne renie pas mes propos. Je ne regrette pas d’avoir parlé. Ce que je regrette, c’est de vivre dans un pays où une femme doit craindre davantage les conséquences judiciaires de sa parole que l’homme qui l’a agressée.
S’il y a une leçon à tirer de cette affaire, c’est qu’il faut continuer à parler, mais avec encore plus de courage, parce que le silence est précisément ce que ce système cherche à obtenir.
Propos recueillis par Dimitri Fontana