Meurtre d’Ann Widdecombe : la piste terroriste au cœur de l’enquête, la BBC sous le feu des critiques
La mort violente d’Ann Widdecombe, ancienne ministre conservatrice et figure de Reform UK, est désormais examinée par la police antiterroriste. Alors que les enquêteurs cherchent encore à établir le mobile de cette « attaque ciblée », des propos tenus sur la BBC et les réseaux sociaux ont provoqué une vive indignation au Royaume-Uni.
Ann Widdecombe n’aurait pas été victime d’un cambriolage qui aurait mal tourné ni d’une violence fortuite. La police britannique parle désormais d’une « attaque ciblée », préparée à l’avance, même si le meurtre n’a pas encore été formellement qualifié d’attentat.
L’ancienne ministre, âgée de 78 ans, a été retrouvée morte jeudi 9 juillet à son domicile de Haytor, dans le Devon, en bordure du parc national du Dartmoor. Elle présentait de graves blessures. Les enquêteurs estiment qu’elle a été tuée la veille, peu après midi.
Un suspect arrêté sous le régime antiterroriste
Un homme blanc de nationalité britannique, âgé de 28 ans et domicilié à Rotherham, dans le Yorkshire du Sud, a été interpellé samedi 11 juillet. D’abord arrêté pour meurtre, il a ensuite été placé en garde à vue pour des faits présumés relevant de la « commission, préparation ou instigation d’actes de terrorisme ».
La police antiterroriste du sud-est de l’Angleterre a pris la direction de l’enquête après la découverte de « nouvelles informations et de nouveaux éléments de preuve ». Laurence Taylor, chef de la police antiterroriste britannique, a indiqué que plusieurs pistes étaient étudiées afin de déterminer le mobile et l’ampleur de la préparation.
Les policiers ont obtenu sept jours supplémentaires pour interroger le suspect. Des éléments attestant d’une planification auraient été découverts lors des perquisitions, sans que leur nature ait été rendue publique. Selon les images de vidéosurveillance rapportées par la presse britannique, le jeune homme aurait quitté une adresse liée à son domicile le matin du 8 juillet, avant de prendre la route vers le sud. Des voisins disent l’avoir vu charger dans une voiture rouge un objet ressemblant à une perche ou à un manche en bois.
Ce tournant tranche avec les premières déclarations de la police du Devon et des Cornouailles. Dimanche encore, celle-ci affirmait ne disposer d’aucun élément permettant de privilégier un mobile politique ou terroriste. L’arrivée de nouvelles preuves a conduit les services spécialisés à reprendre le dossier.
Les autorités restent toutefois prudentes. La police antiterroriste dirige l’enquête et le suspect est détenu en vertu de la législation sur le terrorisme, mais le meurtre n’a pas encore été officiellement désigné comme un attentat. Son mobile exact demeure inconnu.
Sur la BBC, le sectarisme de gauche jusque devant un cadavre
Pour une certaine gauche, le seul bon opposant reste un opposant mort. L’assassinat d’Ann Widdecombe venait à peine d’être annoncé que, déjà, le recueillement et la simple décence s’effaçaient devant le tribunal idéologique.
Invitée sur le plateau de Politics Live sur la BBC, Daze Aghaji, militante écologiste de 26 ans, a rapidement plié l’exercice des condoléances. Un service minimum (qualifier ce meurtre d’« absolument affreux ») avant d’entrer dans le vif du sujet : le procès à charge de la défunte. Selon elle, « beaucoup de gens ne pleureront pas » l’ancienne ministre conservatrice.
Son crime ? Avoir combattu l’avortement, voté contre les revendications LGBT et tenu des propos jugés “inacceptables” au moment de la tempête Weinstein. Daze Aghaji, qui se définit comme queer, a tranquillement expliqué que les positions de l’ancienne ministre menaçaient directement ses droits. Comprendre : l’assassinat est regrettable, certes, mais la victime l’a un peu cherché.
La vraie faute ici n’est pas tant dans le fiel de la militante que dans la complaisance de la BBC. Une femme vient d’être sauvagement tuée chez elle. Quelques heures plus tard, le service public britannique offre un micro à une activiste venue expliquer pourquoi cette mort ne mérite pas de larmes.
Ce n’est plus du pluralisme, c’est de l’indécence éditoriale. Pourquoi tendre le micro, dans le chaud de l’effroi, à quelqu’un uniquement préoccupé par son inventaire idéologique ? Ce réflexe trahit la boussole morale d’une partie de la gauche : il y a les morts qui exigent l’indignation collective, et celles qui autorisent les « oui, mais » et les nuances de comptoir. Ann Widdecombe n’est pas encore sous terre que son verdict est déjà rendu.
« J’espère qu’elle a hurlé de douleur »
D’autres réactions ont montré que la séquence de la BBC n’était pas un simple dérapage isolé. Heather Herbert, ancienne candidate du Parti travailliste et employée de l’université d’Aberdeen, a fait l’objet de vérifications policières après la publication de messages d’une violence autrement plus explicite.
Elle aurait notamment écrit qu’elle espérait qu’Ann Widdecombe avait « hurlé de douleur » et connu une mort particulièrement pénible. L’université d’Aberdeen a ouvert une enquête interne. Ces messages avaient certes été publiés avant que la police ne confirme officiellement qu’elle traitait le décès comme un meurtre présumé. Ils n’en révélaient pas moins une jubilation devant la mort d’une adversaire politique.
Entre la froideur policée de l’une et la haine ouverte de l’autre, la différence tient surtout au ton. Le fond demeure le même : la disparition d’une femme de droite devient l’occasion de solder les comptes, de rappeler ses « fautes » et, dans le cas le plus extrême, de se réjouir de ses souffrances.
Une figure du conservatisme britannique
Députée conservatrice de 1987 à 2010, Ann Widdecombe avait occupé plusieurs fonctions ministérielles sous John Major, notamment au ministère de l’Intérieur. Après son départ de la Chambre des communes, elle était restée très présente dans les médias britanniques.
Eurosceptique de longue date, elle avait rejoint le Brexit Party de Nigel Farage et siégé brièvement au Parlement européen jusqu’à la sortie effective du Royaume-Uni de l’Union européenne. Elle avait ensuite rallié Reform UK en 2023, dont elle était devenue l’une des porte-parole les plus reconnaissables.
Son meurtre ravive le souvenir de deux attaques qui ont durablement marqué la vie politique britannique : celui de la députée travailliste Jo Cox en 2016 et celui du député conservateur David Amess en 2021.