Logement social aux Pays-Bas : les réfugiés d’abord, les jeunes Néerlandais chez leurs parents
Interrogée sur la priorité accordée aux réfugiés dans le logement social, la ministre néerlandaise du Logement a répondu que beaucoup de jeunes pouvaient « heureusement » rester chez leurs parents. La veille, une étude montrait que l’asile absorbe presque toute la croissance du parc social.
Le 13 octobre, Elanor Boekholt-O’Sullivan, ministre du Logement (D66, libéraux de gauche), devait expliquer dans un entretien vidéo au Telegraaf pourquoi un réfugié reconnu, titulaire d’un permis de séjour, passe devant les jeunes Néerlandais inscrits sur les listes d’attente. Sans cette priorité, a-t-elle plaidé, les réfugiés resteraient en centre d’accueil ou finiraient à la rue, voire sur un bateau de croisière, alors que beaucoup de jeunes peuvent « heureusement – pas idéalement, mais heureusement » rester vivre chez leurs parents.
Un choix assumé jusque dans la coalition
Le lendemain, le député Jurgen Nobel, dont le parti VVD siège pourtant au gouvernement, lui a réclamé des excuses en plein débat ; elle a répondu qu’elle appliquait l’accord de coalition, qui prévoit la faculté laissée provisoirement aux communes d’accorder cette priorité. En mars, elle avait retiré le projet de loi par lequel Mona Keijzer, qui l’avait précédée au ministère, voulait interdire cette priorité, tout en reconnaissant que celle-ci pénalisait de plus en plus les autres demandeurs. Quant à l’accord signé le 16 octobre avec les communes et les bailleurs sociaux, il ne prévoit de solutions de rechange que pour 20 % des réfugiés à loger et renvoie l’interdiction à une loi encore « en préparation ». Le gouvernement a donc tranché : ce sont les autres demandeurs qui attendront.
Le trompe-l’œil des 7 %
Un chiffre a longtemps clos le débat : les réfugiés ne recevraient qu’environ 7 % des logements sociaux attribués chaque année. L’étude publiée le 12 octobre par l’Institut économique de la construction (EIB) ( PDF) démonte ce calcul, qui mêle les nouveaux ménages aux locataires qui changent de logement social et en libèrent un au passage. Sur quelque 140 000 attributions annuelles, 40 000 seulement vont à des nouveaux entrants, et l’office de la statistique (CBS) chiffre lui-même à 20 % la part des ménages de réfugiés parmi ces nouveaux locataires en 2023. Rapportée à l’offre réelle, la part grimpe encore : presque tous les 13 000 logements qui s’ajoutent chaque année au parc social sont nécessaires pour loger des réfugiés, et encore un tiers des 34 000 logements disponibles si l’on compte ceux que libèrent les décès et les entrées en maison de retraite. Le CBS, dont l’économiste en chef jugeait en janvier 2024 « non fondée sur des faits » l’idée d’une pénurie aggravée par l’asile, admet désormais par la voix d’un chercheur pouvoir se rallier aux conclusions de l’EIB.
environ 140 000 logements, déménagements internes compris – le chiffre souvent cité
environ 40 000 par an, ménages qui entrent pour la première fois dans le parc
environ 34 000 par an : constructions nettes et logements libérés par un décès ou un départ en maison de retraite
environ 13 000 par an, croissance nette du parc
Une demande appelée à grossir
Ces ménages restent : cinq ans après l’obtention de leur permis, seuls 5 à 7 % des réfugiés ont quitté les Pays-Bas, contre 50 à 70 % des migrants venus travailler ou étudier. Leurs besoins grandissent même à mesure que les enfants quittent le foyer ; or plus de 40 % des titulaires d’un permis sortis des centres depuis 2015 étaient enregistrés comme enfants vivant chez leurs parents, majeurs compris. C’est ce que pointe la commentatrice Eva Vlaardingerbroek en dénonçant sur X le cas d’un Syrien de 25 ans arrivé avec ses parents, qui passerait devant un Néerlandais du même âge condamné à plus de dix ans d’attente. Même si la priorité est en principe réservée aux réfugiés qui sortent des centres, au titre du contingent assigné à chaque commune, ces jeunes rejoindront la file des Néerlandais ; l’EIB prévoit, si les arrivées se maintiennent, 150 000 logements supplémentaires pour l’asile d’ici à 2034.
Talking about systemic racism: Young Dutch people can barely find a place to live, because migration drove 60% of the housing demand since 2015, regular prices are insane, and migrants get PRIORITY for the affordable social housing.
And not just the “new” newcomers. A 25-year-old Syrian who came here with his parents years ago jumps the queue for a home when he decides he wants to live on his own. Meaning a 25 year-old white Dutch guy can forget about getting his own place and ends up on waiting lists for 10+ years.
But according to our minister of housing that’s fine because they can just continue to “live with their parents.”
Putting the interests of foreigners above the interests of the native population, needs to end.
That’s why with the @SaveEuropeAct, apart from demanding closed borders and Remigration, we also demand Removing social welfare incentives and benefits that function as pull factors for migration.
— Eva Vlaardingerbroek (@EvaVlaar) October 13, 2026
Un avertissement pour la Confédération
En Suisse, le taux de logements vacants est tombé à 0,93 % pour l’ensemble du pays et à 0,31 % à Genève au 1er juin, et la Confédération a déjà connu sa version du dilemme néerlandais, avec le congé donné en 2023 à 49 habitants de Windisch pour loger une centaine de requérants d’asile placés par le canton d’Argovie. Après le rejet de l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions », le 14 juin, même le président du Centre, Philipp Matthias Bregy, jugeait le défi de la croissance « un vrai problème ». Les Néerlandais ont mis des années à admettre qu’un pourcentage rapporté au mauvais total masquait l’essentiel ; en Suisse, ce sont d’emblée les logements réellement disponibles qu’il faudra compter.
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