dimanche 19 juillet 2026
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Hongrie : le président Tamás Sulyok évincé par le gouvernement Magyar, avec l’aval de Bruxelles

Sans procédure, sans juge, sans grief juridique, le gouvernement de Péter Magyar a rayé de la Constitution le mandat du président Tamás Sulyok, interdit d'élections le chef de l'opposition Viktor Orbán et écarté du Parlement la moitié de ses adversaires. Bruxelles, qui gelait les fonds européens au nom de l'État de droit, vient de verser 16 milliards d'euros au nouveau pouvoir.

Les Observateurs (la rédaction)
4 min de lecture

Le 18 juillet 2026, dans un mes­sage vidéo enre­gis­tré au palais Sán­dor, Tamás Sulyok a pris congé des Hon­grois. Le pré­sident venait de signer le dix-sep­tième amen­de­ment consti­tu­tion­nel, un texte rédi­gé par le gou­ver­ne­ment Magyar dans un seul but : mettre fin à son man­dat. Ni démis­sion, ni des­ti­tu­tion – la fonc­tion lui a été reti­rée par révi­sion de la Consti­tu­tion, du jamais-vu dans un État membre de l’U­nion. « La sou­ve­rai­ne­té de la Hon­grie a dis­pa­ru. Nous sommes deve­nus une colo­nie », a réagi Balázs Orbán, ancien direc­teur poli­tique de Vik­tor Orbán.

Un précédent inédit en Europe

La Consti­tu­tion hon­groise pré­voyait pour­tant un méca­nisme pour écar­ter un pré­sident : une pro­cé­dure d’im­peach­ment enga­gée par les dépu­tés, tran­chée par la Cour consti­tu­tion­nelle à la majo­ri­té des deux tiers si le chef de l’É­tat a vio­lé la Consti­tu­tion ou la loi. La Litua­nie a des­ti­tué son pré­sident de cette manière en 2004, dans les formes.

Rien de tel ici. Le gou­ver­ne­ment Magyar n’a enga­gé aucune pro­cé­dure, n’a for­mu­lé aucun grief juri­dique, n’a sai­si aucune juri­dic­tion. Il a sim­ple­ment réécrit la Consti­tu­tion pour mettre fin, d’un trait de plume, au man­dat d’un pré­sident élu – un juriste de car­rière, ancien pré­sident de la Cour consti­tu­tion­nelle, qui n’a jamais été un homme de par­ti. Même la presse finan­cière anglo-saxonne, peu sus­pecte de sym­pa­thies pour l’an­cienne majo­ri­té, décrit un pré­sident contraint de « s’in­cli­ner devant le nou­veau gou­ver­ne­ment » (Bloom­berg).

Verrouiller le champ politique

Cette révi­sion consti­tu­tion­nelle ne se limite pas à la pré­si­dence. Elle intro­duit une limite rétro­ac­tive de douze ans de man­dat pour les dépu­tés – dis­po­si­tion sans équi­valent dans l’U­nion euro­péenne. L’ef­fet est méca­nique : elle déca­pite la moi­tié de l’op­po­si­tion actuelle, com­po­sée de for­ma­tions actives depuis 1989, dont les élus ont été recon­duits man­dat après man­dat par leurs élec­teurs. Les par­le­men­taires de la nou­velle majo­ri­té, eux, entrent presque tous au Par­le­ment pour la pre­mière fois : la règle ne les touche pas.

Enfin, par une légis­la­tion à la fois per­son­nelle et rétro­ac­tive – deux carac­té­ris­tiques que tout État de droit réprouve –, le chef de l’op­po­si­tion, Vik­tor Orbán, se voit inter­dire de se pré­sen­ter aux pro­chaines élec­tions. Ceux-là mêmes qui ont pas­sé quinze ans à dénon­cer un pré­ten­du « auto­crate » à Buda­pest éli­minent leur adver­saire non par les urnes, mais par la loi.

Bruxelles paie, Bruxelles approuve

Selon Balázs Orbán, le nou­veau Pre­mier ministre a lui-même recon­nu que la mise à l’é­cart du pré­sident s’é­tait faite « avec l’ap­pro­ba­tion de Ber­lin et de Bruxelles ». La Com­mis­sion euro­péenne ne s’est d’ailleurs pas conten­tée d’ap­prou­ver : elle a payé. Seize mil­liards d’eu­ros de fonds euro­péens – ceux-là mêmes qui étaient gelés au nom de l’« État de droit » sous le gou­ver­ne­ment pré­cé­dent – ont été déblo­qués au pro­fit d’une majo­ri­té qui sup­prime la fonc­tion pré­si­den­tielle par amen­de­ment, res­treint l’é­li­gi­bi­li­té de ses oppo­sants et légi­fère rétro­ac­ti­ve­ment contre une per­sonne nom­mée.

Dans le voca­bu­laire bruxel­lois, l’É­tat de droit ne désigne donc pas un ensemble de règles mais un ali­gne­ment poli­tique. Quand Buda­pest résis­tait, les fonds étaient cou­pés ; Buda­pest obéit, ils sont rou­verts. « L’U­nion euro­péenne se com­porte de plus en plus comme un empire auto­ri­taire libé­ral, déci­dé à dire aux peuples ce qu’ils peuvent dire, ce qu’ils doivent faire, et même pour qui ils ont le droit de voter », accuse Balázs Orbán.

Un pays qui ne consent pas

Dans la rue, la contes­ta­tion s’or­ga­nise. Le 10 juillet, une foule mas­sive s’est ras­sem­blée à Buda­pest sous le mot d’ordre #StopÖn­ké­ny (« Halte à l’ar­bi­traire »), dra­peaux natio­naux au vent : « Nous ne vou­lons pas de la migra­tion, nous ne vou­lons pas de l’i­déo­lo­gie LGBTQ, nous ne vou­lons pas de guerres. »

Le gou­ver­ne­ment Magyar, lui, déroule son pro­gramme éco­no­mique : sup­pres­sion des avan­tages fis­caux qui avaient atti­ré les grands inves­tis­seurs indus­triels, alour­dis­se­ment de la fis­ca­li­té éco­lo­gique – un tour­nant qui inquiète jus­qu’aux milieux d’af­faires.

Ce qui s’est pro­duit en Pologne après 2023 se répète en Hon­grie, en plus bru­tal. Et le pré­cé­dent vaut pour tous : si un gou­ver­ne­ment peut, avec la béné­dic­tion et l’argent de Bruxelles, effa­cer un pré­sident et ban­nir son oppo­si­tion, quel État membre peut encore se dire sou­ve­rain ?

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