Hongrie : le président Tamás Sulyok évincé par le gouvernement Magyar, avec l’aval de Bruxelles
Sans procédure, sans juge, sans grief juridique, le gouvernement de Péter Magyar a rayé de la Constitution le mandat du président Tamás Sulyok, interdit d'élections le chef de l'opposition Viktor Orbán et écarté du Parlement la moitié de ses adversaires. Bruxelles, qui gelait les fonds européens au nom de l'État de droit, vient de verser 16 milliards d'euros au nouveau pouvoir.
Le 18 juillet 2026, dans un message vidéo enregistré au palais Sándor, Tamás Sulyok a pris congé des Hongrois. Le président venait de signer le dix-septième amendement constitutionnel, un texte rédigé par le gouvernement Magyar dans un seul but : mettre fin à son mandat. Ni démission, ni destitution – la fonction lui a été retirée par révision de la Constitution, du jamais-vu dans un État membre de l’Union. « La souveraineté de la Hongrie a disparu. Nous sommes devenus une colonie », a réagi Balázs Orbán, ancien directeur politique de Viktor Orbán.
Un précédent inédit en Europe
La Constitution hongroise prévoyait pourtant un mécanisme pour écarter un président : une procédure d’impeachment engagée par les députés, tranchée par la Cour constitutionnelle à la majorité des deux tiers si le chef de l’État a violé la Constitution ou la loi. La Lituanie a destitué son président de cette manière en 2004, dans les formes.
Rien de tel ici. Le gouvernement Magyar n’a engagé aucune procédure, n’a formulé aucun grief juridique, n’a saisi aucune juridiction. Il a simplement réécrit la Constitution pour mettre fin, d’un trait de plume, au mandat d’un président élu – un juriste de carrière, ancien président de la Cour constitutionnelle, qui n’a jamais été un homme de parti. Même la presse financière anglo-saxonne, peu suspecte de sympathies pour l’ancienne majorité, décrit un président contraint de « s’incliner devant le nouveau gouvernement » (Bloomberg).
Verrouiller le champ politique
Cette révision constitutionnelle ne se limite pas à la présidence. Elle introduit une limite rétroactive de douze ans de mandat pour les députés – disposition sans équivalent dans l’Union européenne. L’effet est mécanique : elle décapite la moitié de l’opposition actuelle, composée de formations actives depuis 1989, dont les élus ont été reconduits mandat après mandat par leurs électeurs. Les parlementaires de la nouvelle majorité, eux, entrent presque tous au Parlement pour la première fois : la règle ne les touche pas.
Enfin, par une législation à la fois personnelle et rétroactive – deux caractéristiques que tout État de droit réprouve –, le chef de l’opposition, Viktor Orbán, se voit interdire de se présenter aux prochaines élections. Ceux-là mêmes qui ont passé quinze ans à dénoncer un prétendu « autocrate » à Budapest éliminent leur adversaire non par les urnes, mais par la loi.
Bruxelles paie, Bruxelles approuve
Selon Balázs Orbán, le nouveau Premier ministre a lui-même reconnu que la mise à l’écart du président s’était faite « avec l’approbation de Berlin et de Bruxelles ». La Commission européenne ne s’est d’ailleurs pas contentée d’approuver : elle a payé. Seize milliards d’euros de fonds européens – ceux-là mêmes qui étaient gelés au nom de l’« État de droit » sous le gouvernement précédent – ont été débloqués au profit d’une majorité qui supprime la fonction présidentielle par amendement, restreint l’éligibilité de ses opposants et légifère rétroactivement contre une personne nommée.
Dans le vocabulaire bruxellois, l’État de droit ne désigne donc pas un ensemble de règles mais un alignement politique. Quand Budapest résistait, les fonds étaient coupés ; Budapest obéit, ils sont rouverts. « L’Union européenne se comporte de plus en plus comme un empire autoritaire libéral, décidé à dire aux peuples ce qu’ils peuvent dire, ce qu’ils doivent faire, et même pour qui ils ont le droit de voter », accuse Balázs Orbán.
Un pays qui ne consent pas
Dans la rue, la contestation s’organise. Le 10 juillet, une foule massive s’est rassemblée à Budapest sous le mot d’ordre #StopÖnkény (« Halte à l’arbitraire »), drapeaux nationaux au vent : « Nous ne voulons pas de la migration, nous ne voulons pas de l’idéologie LGBTQ, nous ne voulons pas de guerres. »
Le gouvernement Magyar, lui, déroule son programme économique : suppression des avantages fiscaux qui avaient attiré les grands investisseurs industriels, alourdissement de la fiscalité écologique – un tournant qui inquiète jusqu’aux milieux d’affaires.
Ce qui s’est produit en Pologne après 2023 se répète en Hongrie, en plus brutal. Et le précédent vaut pour tous : si un gouvernement peut, avec la bénédiction et l’argent de Bruxelles, effacer un président et bannir son opposition, quel État membre peut encore se dire souverain ?