Criminalité en Suisse : l’enquête qui révèle la face cachée des statistiques officielles
En Suisse, la proportion de personnes déclarant avoir subi une escroquerie a presque doublé entre l’enquête de victimisation de 2022 et celle de 2025. Pourtant, les dernières statistiques policières affichent une baisse des infractions. Deux méthodes, deux réalités.
En Suisse, 15,9 % des personnes interrogées en 2025 déclarent avoir subi une escroquerie au cours des douze mois précédents, contre 8,4 % lors de la précédente enquête, en 2022. C’est le principal enseignement du Crime Survey 2025, réalisé par la ZHAW et l’Université de Saint-Gall, et il contredit en apparence les statistiques policières de la criminalité publiées par l’OFS (PDF), qui font état d’une baisse de 5,1 % des infractions d’escroquerie enregistrées entre 2024 et 2025, de 34 392 à 32 622.
La contradiction tient d’abord à ce que les deux sources ne comptent pas la même chose. L’OFS recense les infractions portées à la connaissance de la police, classées selon leur qualification pénale, tandis que le Crime Survey a interrogé 13 499 résidents âgés de 16 à 80 ans sur ce qu’ils ont vécu : une enquête de victimisation mesure la part de la population ayant subi au moins une escroquerie, et non le nombre de délits. Les périodes ne coïncident pas davantage, puisque les participants ont été questionnés sur les douze mois précédant l’enquête, c’est-à-dire pour l’essentiel sur l’année 2024, alors que le recul constaté par la police porte sur l’ensemble de 2025.
Ce que l’enquête apporte de plus que les chiffres administratifs, c’est une mesure du « chiffre noir », cette part de la criminalité qui n’est jamais signalée. Seuls 16 % des derniers épisodes d’escroquerie rapportés par les sondés ont été dénoncés à la police, une proportion à peine supérieure aux 14,8 % de 2022, ce qui laisse plus de huit épisodes sur dix en dehors des statistiques policières. Il faut toutefois lire ce chiffre en gardant à l’esprit que l’enquête retient toutes les tentatives, y compris celles qui n’ont rien coûté à leur cible : 36,4 % seulement des derniers épisodes rapportés ont entraîné une perte financière, ce qui explique une bonne part de l’écart entre le vécu déclaré et les plaintes déposées. Internet et les réseaux sociaux sont le théâtre de 72,1 % de ces épisodes.
Les chercheurs relèvent aussi une progression des atteintes aux biens, sans hausse significative des violences sexuelles, et un recul du sentiment de sécurité : 83,1 % des sondés se disent en sécurité lorsqu’ils se trouvent seuls dans leur quartier après la tombée de la nuit, contre 87,6 % trois ans plus tôt.
Une enquête de ce type repose sur des déclarations, avec les biais que cela suppose, et elle ne remplace pas la statistique policière ; elle en montre les limites. Les chiffres de l’OFS décrivent la criminalité que les autorités connaissent, et une baisse des escroqueries enregistrées peut fort bien coexister avec une hausse des escroqueries subies, dès lors que les victimes renoncent à porter plainte.
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