Ceuta : l’Europe verrouille, Berne somnole
L’Italie a suspendu Schengen avec l’Espagne. Rome a fermé depuis samedi, et pour un mois, ses accès aériens et maritimes aux ressortissants extra-européens en provenance du territoire espagnol. Une décision « inévitable » selon le chef de la diplomatie Antonio Tajani, qui invoque la sécurité des citoyens italiens et la défense des frontières du continent. Paris n’est pas en reste : les effectifs policiers postés à la frontière franco-espagnole sont quintuplés, pour atteindre 334 hommes.
En cause, la ruée migratoire sur Ceuta, où plus de 60 000 personnes ont franchi la frontière de l’enclave espagnole. Près de 50 000 d’entre elles sont depuis reparties vers le Maroc, d’après la RTS ; le reste demeure à la charge de l’Espagne.
Et la Suisse ? Silence radio. Dans un communiqué au vitriol, l’UDC s’étonne de l’apathie du Conseil fédéral et du socialiste Beat Jans, responsable du dossier migratoire, qui paraît déconnecté du réel : structures d’accueil pleines à craquer, facture de l’asile qui s’alourdit, cantons et communes qui n’en peuvent plus. Pire, Berne dégarnit l’Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières en y biffant des postes, quand nos voisins font exactement l’inverse.
Surveiller ses frontières n’a rien d’une lubie idéologique ; c’est le b.a.-ba de tout État digne de ce nom, et Rome comme Paris viennent de le rappeler. Un principe que chaque formation politique suisse gagnerait à faire sien. L’UDC, elle, propose un levier concret avec son initiative pour la protection des frontières. Puisque le gouvernement regarde ailleurs, ce sera au peuple de s’en charger.
« Puisque le gouvernement regarde ailleurs, ce sera au peuple de s’en charger. » Oui, il faudra en arriver là. Mais si le peuple enjoint le Conseil fédéral à se bouger par une initiative, qui dit que cette dernière sera appliquée ? Il y a le précédent de l’initiative contre l’immigration de masse de 2014 qui n’a pas été appliquée ! Nous sommes les victimes d’un Conseil fédéral félon qui n’obéit pas au peuple mais à Bruxelles.