Bulgarie : 104 maisons sans permis près de Varna, l’affaire « Petite Odessa » s’invite dans la présidentielle
Sur une dizaine d’hectares de forêt au nord de Varna, un groupe immobilier ukrainien a bâti 104 maisons et immeubles sans permis. À 5 jours de la présidentielle bulgare, le nationaliste Kostadin Kostadinov en a fait un cheval de bataille.
L’affaire a éclaté fin mai, lorsqu’une opération conjointe de la police et de la mairie de Varna a mis au jour, au lieu-dit Baba Alino, près de la station balnéaire des Sables d’Or, 104 bâtiments résidentiels construits sans qu’aucun permis n’ait été délivré, selon le maire Blagomir Kotsev, qui jugeait un tel chantier difficile à mener sans une « protection à un niveau supérieur ». Le promoteur est le groupe ukrainien KUB, propriété de l’homme d’affaires Oleg Nevzorov, et le lotissement a gagné dans la presse bulgare le surnom de « Petite Odessa ».
Des papiers antidatés
Selon le ministre du Développement régional, Ivan Shishkov, la mairie de Varna a délivré à la mi-2023 de nombreux « certificats de tolérance », un document réservé aux constructions antérieures à 2001 qui les met à l’abri de la démolition, pour des bâtiments dont les travaux n’ont en réalité commencé qu’en 2023 et 2024 ; le ministre évoque un « groupe organisé » impliquant plusieurs institutions, tandis que le maire assure que ces constructions précèdent son élection. Les maisons ont ensuite été inscrites au cadastre et vendues devant notaire.
De son côté, le groupe rejette toute faute : ses documents seraient authentiques et les abattages imputables à des tiers ; il dénonce une « attaque politique ».
Une justice qui piétine drôlement. Vous avez dit corruption ?
En juillet, le ministre de l’Intérieur Ivan Demerdzhiev annonçait neuf procédures pénales et 25 gardes à vue. Mi-septembre, le ministre de la Justice évoquait douze notaires sous inspection, dont deux visés par une procédure disciplinaire, ainsi que des vérifications pour blanchiment, mais une seule personne a été renvoyée devant un tribunal, pour avoir entravé un contrôle. Début septembre, le député de Vazrajdane Kosta Stoyanov relevait qu’aucune condamnation n’avait été prononcée et se demandait s’il existait une protection politique pour le groupe et son dirigeant.
Les accusations de Kostadinov
Dans un entretien accordé il y a un an au site Eagle Eye Explore, Kostadinov affirmait que ces logements étaient destinés à des combattants des unités ukrainiennes les plus radicales et à leurs familles, que le groupe serait chargé d’évacuer en cas de défaite de l’Ukraine, que ce même groupe blanchissait 100 millions d’euros par mois via des banques bulgares, et qu’il n’était « pas difficile de deviner » que des politiciens bulgares avaient touché de fortes sommes, en s’appuyant sur un rapport de renseignement qu’il ne nommait pas. Fin mai, il ajoutait que le groupe disposait d’une « aile de force organisée », faite de jeunes Ukrainiens armés chargés de faire pression sur les propriétaires réticents à vendre, et que des personnes liées au projet, expulsées pour des raisons de sécurité nationale, étaient revenues dans le pays. Sur ce dernier point, la télévision publique BNT confirme la signature, le 3 juillet 2025, d’un ordre d’expulsion visant Oleg Nevzorov par la DANS, l’agence de sécurité de l’État, ordre retiré deux semaines plus tard sans explication publique ; pour le reste, Kostadinov n’a rendu publique aucune preuve.
Pour lui, l’affaire relève d’un abandon plus large de souveraineté, dont participerait l’usine d’obus détenue à 51 % par Rheinmetall (« le risque est pour nous, le profit pour eux »), un accord que le gouvernement Radev veut renégocier, jugeant les intérêts bulgares trop peu protégés.
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